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Plaidoyer pour la seule politique de La Recherche possible

Quelle recherche sauver ? Mais toute La Recherche !

Par Armel Le Bail, le 15 février 2004

Dans son numéro 2228 (semaine du 12 au 18 février 2004, pages 82-85), le Nouvel Observateur titre "Rech. politique de la recherche, désespérément", et résume : "l’urgence n’est pas tant de sauver la recherche que de trouver une politique en prise sur le monde d’aujourd’hui où public et privé s’appuieraient l’un sur l’autre, de la recherche fondamentale aux brevets de la technoscience."

Si l’auteur manque d’exemples montrant que public et privé s’appuient l’un sur l’autre, ils sont pourtant pléthore. Un seul exemple suffit. A quelle vitesse avancerait la science aujourd’hui sans les micro-ordinateurs du privé ? Les processeurs modernes auraient-ils vu le jour aussi rapidement sans la recherche publique ?

La seule politique à mener, me semble-t-il, est celle de l’universalité, de l’encyclopédie, de tous les savoirs. Nous sommes au pays de Diderot et ne devons pas l’oublier. On peut objecter que l’universalité ne peut plus être atteinte dans un pays qui ne représente que 1% de la population mondiale et dont le nombre de "savants" (au sens d’aujourd’hui : des personnes qui savent presque tout sur presque rien, des spécialistes, des experts) se réduit à, disons 200000 individus. Mais cette réduction est absurde. Là où les politiciens ont échoué à réaliser une Europe unifiée autrement que par une monnaie commune, là où "mondialisation" est synonyme de profits par déplacement des zones de production dans ces lieux où l’on peut encore exploiter les êtres humains, les vrais "savants" sont parvenus, eux, à réaliser une unification quasi planétaire autour de la quête du savoir. En effet, les concepts scientifiques sont confrontés et discutés à l’échelle de la planète dans des revues scientifiques ouvertes internationalement aux auteurs. La plupart des disciplines scientifiques d’importance sont structurées autour d’unions internationales regroupant des associations nationales dont les représentants sont le plus souvent élus démocratiquement, et qui organisent périodiquement des congrès internationaux sur les cinq continents, qui se chargent de l’édition et de la publication de journaux scientifiques que l’on peut consulter dans les bibliothèques universitaires du monde entier. L’internet ne fait encore qu’accélérer les contacts entre scientifiques de toute origine.

On se demande alors qui doit prendre exemple sur qui. Nos politiciens nationaux qualifiés récemment de "boutiquiers" cherchent tout naturellement à transformer la recherche du savoir en "recherche du savoir rentable", une recherche planifiée. Peut-on canaliser l’innovation en éliminant toute générosité ? Souhaite-t-on en (re)venir à un verrouillage nationaliste de bribes de connaissance mises aux enchères et vendues secrètement au plus offrant et en priorité aux entreprises nationales ? Ce serait figer l’évolution des connaissances, le chemin le plus court pour un retour à l’obscurantisme.

"Sauvons la Recherche" signifie restons au meilleur niveau international de la quête de la connaissance universelle. Cela signifie que les chercheurs ne croient pas que des intérêts privés soient capables de cette générosité indispensable à un réel partage du savoir qui est le seul moyen d’aller plus haut dans la connaissance, et plus vite. Cela veut dire que, tant qu’il y aura des nations, l’effort de recherche du savoir d’une nation doit s’aligner sur l’effort des nations les plus généreuses. Cela veut dire que la recherche de la connaissance ne doit pas être orientée par une autre recherche, celle du pouvoir et de l’argent. Sauvons La Recherche, c’est avec un grand L et un grand R. Cette Recherche ne peut-être que Publique avec un grand P, c’est une évidence première.

"Sauver la recherche, soit, mais quelle recherche et pour quoi faire ?" persiste et signe Michel de Pracontal dans cet article du Nouvel Observateur. Mais c’est pourtant clair. Quelle recherche ? Toute La Recherche, dans tous les domaines du Savoir, sans limitation, afin de pouvoir tout faire, car c’est dans l’ignorance que l’on est impuissant. C’est dans les Universités et les centres de recherche associés que ce Savoir est produit, et laissé à disposition du Public y compris des entrepreneurs, depuis des siècles.

Que nos politiciens s’occupent d’accélérer un processus d’égalité des nations. Qu’ils s’occupent de faire disparaître les frontières géographiques comme les scientifiques sont parvenus à faire disparaître les frontières entre scientifiques. Et alors c’est le nombre de politiciens qui pourra décroitre tandis que le nombre de scientifiques pourra augmenter du fait de la diminution des efforts de guerre.

Armel Le Bail