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Compte-rendu par les élus du CS du CNRS des 21-22 mai 2012

le 25 mai 2012

Echange avec Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), accompagnée de la direction du CNRS, et de Yves Levy, son conseiller spécial (Lionel Collet, directeur de cabinet, était retenu à Matignon). Après un premier rendez-vous de 3h avec la CNESER.

Au CS, la ministre ne fera pas d’annonces majeures, qu’elle laisse au premier ministre.

G. Fioraso manifeste « sa volonté d’apaisement, de rupture avec les méthodes » de la période précédente. Elle souligne et reconnaît la violence du discours de N. Sarkozy en janvier 2009, qui avait créé un profond malaise dans la communauté scientifique.

G. Fioraso souligne l’importance de l’hommage rendu le 15 mai par F. Hollande à Marie Curie. Mots clés de ce message : importance de la connaissance, progrès, création d’emplois, grands enjeux sociétaux (santé, alimentation, ressources terrestres limitées).

G. Fioraso dit sa volonté « de renouer le dialogue, de retrouver la confiance ». Indique que la situation financière de la recherche, notamment du CNRS, a des aspects inquiétants, à cause d’engagements qui ont été pris (et seront tenus), mais n’ont pas été budgétés, ce qui laisse présager des discussions serrées avec Bercy.

La ministre souhaite conforter la place de la recherche fondamentale, qui a été « perturbée par une frénésie d’appels d’offres ». A titre d’exemple, elle cite l’importance des travaux de recherche fondamentale du glaciologue Claude Lorius, qui ont ensuite trouvé des applications majeures en climatologie. Elle agira pour le soutien à cette recherche fondamentale, en France comme à l’échelon européen. A propos du rééquilibrage des budgets de l’ANR et des organismes : les missions de l’ANR devront être précisées. Enfin, elle estime que le ratio des innovations incrémentales/ innovations de rupture est de 1 à 8 [comment cela se mesure ? Source ?] et qu’il faut en tenir compte dans les moyens affectés. Enfin, "les missions de l’AERES seront recadrées".

La ministre a rappelé son récent rapport à l’OPECST sur la biologie de synthèse. Mots clés : évaluation des risques / conflits d’intérêts / importance de l’interdisciplinarité.

La ministre estime qu’il faut « se réapproprier les mots d’excellence ou d’innovation, qui ont été détournés dans la période précédente ». Elle estime que « organiser une concurrence effrénée à l’intérieur de nos frontières, c’était tout simplement stupide ». En revanche, ce qui importe, c’est le travail en réseau, la correction des inégalités territoriales actuelles, le rétablissement du socle indispensable que constituent les UMR. Il importe à cet égard de rétablir le CNRS dans son rôle national de pilotage de la recherche, et d’appui à la recherche dans les universités. Il ne devrait pas y avoir d’université sans recherche. Enfin, dans un contexte budgétaire contraint, le ministère devra montrer des signes concernant l’attractivité des filières scientifiques.

G. Fioraso revient brièvement sur ce qu’elle aussi souligné devant le CNESER : travailler à une meilleure reconnaissance du doctorat par le privé (notamment PME/PMI), ainsi que par les administrations publiques. « Etre docteur, c’est aussi faire partie d’un Grand Corps ».

La ministre a sévèrement critiqué les PPP (Partenariats Public-Privé), qualifiés de souvent « absurdes et incohérents » : sur les 5 G€ consacrés aux PPP, seuls 2.2 vont effectivement aux projets. Il sera nécessaire « de regarder de près ces PPP, de les amender, certainement pas de les amplifier ». Ces PPP sont une mauvaise solution d’un point de vue économique, ils ne respectent pas les générations suivantes sur lesquelles la dette de ces PPP est reportée.

Sur les SHS, G. Fioraso estime qu’il y a un projet à préciser ; il faudra une meilleure implication dans des projets interdisciplinaires. Il faudra aussi une meilleure répartition des labos de SHS, qui sont trop concentrés en région parisienne, ce qui ne favorise pas leur communication avec les pôles d’excellence situés en dehors de cette région.

Par rapport aux superstructures récentes (Alliances, structures en –ex), « il faut simplifier sans sacrifier », s’appuyer sur un socle de structures « éprouvées et efficaces, comme les UMR ». Oui aux Alliances comme lieu d’élaboration d’une intelligence collective, non à leur renforcement en tant que structures.

A conclu en annonçant que la première mesure serait le retrait de la circulaire Guéant sur l’emploi des étudiants étrangers, qui a fait honte à notre pays.

Points ajoutés lors des réponses aux questions :

G. Fioraso est convaincue de l’importance de la biologie pour le XXIe siècle. En France, elle la trouve « peut-être un peu dispersée, pas toujours mise en réseau » [quelle réorganisation nous prépare-t-elle ? Attention, big is not always beautiful !]. Convaincue donc qu’il faut y mettre les moyens (en nous comparant à d’autres pays, comme Singapour, où ce pari a été fait).

Estime que le CIR doit être maintenu à son niveau actuel de 5 G€, mais réorienté, et avec plus de contreparties (notamment en termes d’emploi).

Est convaincue que la précarité est une mauvaise chose, y compris pour l’efficacité du système (lorsque les personnes très compétentes, qui sont en CDD, quittent le système). Mais aucun engagement ou même proposition.

Sur les PIA (Programme d’Investissements d’Avenir comme les Idex etc…), une personne du cabinet y travaillera à temps plein. Très critique vis-à-vis des SATT (Société d’Accélération du Transfert Technologique)(« certains des contrats sont en réalité une supercherie »). Plus généralement, « si des conventions ont été établies, au forceps, après avoir été mal préparées, elle auront le plus grand mal à être mises en oeuvre ». Critique spécifiquement l’Idex Saclay, sans transports corrects ni lieux de vie pour favoriser les échanges.

Pour les Assises de l’ESR (elle précise que ce ne seront pas des Etats Généraux), elle recevra les représentants ad hoc dans les 2 semaines qui viennent. Il y aura des arbitrages nécessaires (sous-entendu, avec Bercy), pour lesquels « je compte sur votre soutien ». Les Assises auront lieu non pas en sept mais en octobre novembre, en visant à avoir un effet sur la loi de finances.

Sur les relations entre recherches privée et publique : certes, il faut améliorer les processus de transfert de l’une à l’autre, mais surtout il faut absolument que la recherche privée augmente fortement sa contribution à l’effort national de recherche.

Le Conseil Scientifique a été sensible au fait que la nouvelle ministre ait jugé prioritaire cette visite au CNRS, qu’elle ait tenu à souligner l’importance qu’elle donne à la recherche fondamentale, elle qui était plus connue pour son intérêt pour l’innovation et la valorisation, qu’elle ait pris le temps d’écouter nos remarques et d’y répondre. Le CS est prêt à apporter sa contribution aux réflexions à venir (y compris le groupe de travail qui a étudié la question des relations entre recherche publique et recherche privée). Le CS sera attentif aux décisions qui suivront.

L’intégralité de ce compte-rendu est ici