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(Charlie-Hebdo) Article

le 11 février 2004

Sanofi-Synthélabo fait une OPA sur Aventis. Pleines pages de pub dans les journaux : « Il faut sauver des enfants ! » Ou des vieux, ou des femmes, ou des bêtes, bref : SanofiSynthélabo, propriété de Total et de L’Oréal, veut avaler Aventis, propriété du groupe Kuweit Petroleum. Argument de Dehecq, patron de Sanofi : les synergies, la recherche et le développement. Les découvertes. Créer un effet de « masse » pour mieux découvrir les molécules qui vont soigner. Dehecq matraque l’argument à grands coups de pub. Il a raison : la pub représente le plus gros poste de l’industrie pharmaceutique, beaucoup plus que la recherche. La recherche qu’il vante n’en est pas une. C’est du développement. Du test de molécules découvertes par d’autres, des petits labos en général, des labos qui font de la recherche fondamentale sur des humains en bonne santé ou malades, avant homologation des médicaments qui lui feront toucher le jackpot pendant dix ans (dix ans de développement, dix ans d’exploitation, vingt ans au total, la durée du brevet).

Dans le même temps, le budget de l’Inserm est sérieusement amputé. Le budget du National Health Institute, lui, établissement public américain, équivalent de l’lnserm, a doublé ces cinq dernières années.

Sanofi, c’est de la recherche qui plaît à Mer ou à Chirac. De la recherche « utile ». Or, la recherche, c’est le contraire de l’utile. C’est de l’inutile. Du gaspillage. De la dépense pure, somptuaire, magnifique, dont on ne sait ce qu’elle rapportera. Qui pouvait penser qu’en investissant en 1980 dans un programme militaire appelé Arpanet on inventerait, vingt ans plus tard, Amazon.com ou E.Bay ?

Qui pouvait penser que les travaux de Turing, dans les années 1930, ou ceux de von Neumann donneraient, soixante ans plus tard, votre ordinateur portable ?

Que demande un chercheur ? Un peu d’argent (là, ça va, les chercheurs français sont très mal payés) et des conditions de travail. Et puis qu’on leur foute la paix. Les chercheurs français sont toujours allés aux Etats-Unis, où ils ont toujours été bien accueillis. En général, ils reviennent. Ils préfèrent vivre en France. Ils ont apporté quelque chose, et ramènent quelque chose. C’est ce qu’il y a de merveilleux dans la recherche : on apporte sans rien perdre, on ramène sans rien prendre.

Maintenant, à 50 %, ils restent aux ÉtatsUnis. Parce qu’ils sont mieux payés et qu’ils ont, évidemment, des conditions de sécurité d’emploi. Impossible pour des crétins comme Raffarin de le comprendre. On lit (on se frotte les yeux, mais on lit) que les restrictions de crédit « vont obliger les chercheurs à faire des efforts de productivité ». Ben, tiens Et que la précarité de leur statut annoncée (plus de cinq cents postes fixes remplacés par des CDD) va aller dans le même sens. C’est même pas la vision épicière de la recherche, c’est la vision débile : « Paiele moins et tu vas voir qu’il va se remuer le cul, supprimelui la stabilité du travail et tu vas voir qu’il va être efficace ! »

La droite au pouvoir a toujours, sans exception, diminué les crédits de recherche. C’est normal. La droite n’aime ni les intermittents ni les chercheurs, qui sont un peu des intermittents, des gens qui n’apportent pas leur tonne de charbon bien mesurable tous les soirs. La recherche française est peu productive, ditelle. 8 % des publications européennes reconnues internatiosont britanniques, 7 % allemandes, et 5,2 % françaises. Exact. Les Français ont sans doute le handicap de la langue. Tiens : ils sont toujours les meilleurs en maths, devant les Anglais et les Allemands. De quelle recherche parle t-on ?

Bien évidemment, il faut retrouver des niveaux décents de financement, atteindre les 4,5 % du PIB de la Suède ou les 5 % de la Finlande, pourquoi pas. Mais, en masse, la recherche française ne sera jamais suffisante par rapport aux masses dégagées par les Américains dans le civil et le militaire. Or la masse fait le rendement. La question clé est donc l’accueil : être bien, pour un chercheur étranger, dans un labo ou une université française. Avoir un bureau, de bonnes conditions de travail. Le reste suivra. Le gouvernement envisage d’utiliser les futures recettes de privatisation pour financer la recherche privée : c’est comme baisser les impôts des entreprises pour qu’elles n’embauchent pas. Là, on leur donnera de l’argent pour qu’elles ne cherchent pas. En fait, le but est de casser la recherche publique et pourtant la recherche publique, c’est largement la recherche CEA, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle très « appliquée » , que Mer trouve trop élevée.

Méthode : les rapports successifs de la Cour des comptes sur « l’efficacité » de la recherche. Il y a six mois, la Cour, dans sa sagesse, proposait d’abandonner des disciplines « marginales ». Aujourd’hui, la Cour découvre que ce ne sont pas les chercheurs qui sont en cause, mais leur ministère de tutelle, totalement incapable d’une politique cohérente et suivie, particulièrement lorsque la droite est au pouvoir. Avec Haigneré, Mer et Raffarin, ne cherchez plus, vendez.

ONCLE BERNAR