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Quand la recherche était une république

La recherche scientifique à la Libération

Par Colette Anné, le 23 novembre 2012

Quand la recherche était une république, Michel Blay. éd. Armand Colin/Comité pour l’histoire du CNRS, Paris 2011.

Cet ouvrage présente des compte-rendus de réunions et séances de travail qui se sont tenues au lendemain de la Libération de Paris, soit du 1er septembre 1944 au 21 juin 1946. Elles avaient pour mission de définir une nouvelle organisation de la recherche. En effet le 20 août 1944, Frédéric Joliot est nommé directeur du CNRS. Celui-ci s’engage rapidement dans une reconstruction d’un organisme qui doit être à la fois performant, républicain et démocratique.

À l’heure où les les réformes se succèdent et brouillent les repères, la lecture de ces textes a quelque chose d’éclairant.

Retrouver l’esprit de solidarité et de reconstruction de cette époque est plus que jamais d’actualité en cette période d’après sarkozysme.

Prenons l’exemple de l’évaluation. Dès les premières réunions, présidées par Frédéric Joliot, sous le nom de comité directeur on reconnait ce qui deviendra plus tard le Comité National. Son rôle est de participer à la direction (dans une république de la recherche) : chaque section aura la responsabilité du fonctionnement, de l’orientation, du développement du domaine de sa compétence (Exposé de F Joliot, 1945),.. leur rôle essentiel devrait être de nature purement scientifique et s’étendrait au recrutement des travailleurs, à leur perfectionnement, à leur documentation, à la répartition des travaux et à l’exécution des recherches, à l’examen de leurs progrès (réorganisation du CNRS, réunion restreinte, 7/9/1944).

On retiendra

  1. la responsabilité scientifique du comité national,
  2. le suivi des chercheurs assuré par ce comité.

Bien au contraire, de nos jours, la mission de l’Aeres est de fournir des outils à la prise de décision (répartition des crédits), outils conçus comme objectifs puisque l’agence ne présente aucune autre prospective ou orientation de la recherche.

La question des ITA (aides-techniques dans le texte) est abordée dans l’intervention de Georges Teissier (devenu directeur du centre après la nomination de Joliot à la tête du CEA), le 21 juin 1946, devant l’Union française universitaire : L’institution des aides techniques n’a fait que généraliser et systématiser une méthode de travail qui, employée trop rarement dans les laboratoires de recherches, avait fait largement ses preuves dans les laboratoires industriels. Nous en avons beaucoup augmenté le nombre [...] Nous avons également transformé radicalement leur statut.

Et on apprend que, déjà, de tous les services de l’Éducation nationale, le CNRS est pratiquement le seul qui puisse disposer d’aides-techniques. Aussi certains services, musées, bibliothèques qui manquaient du personnel indispensable à leur fonctionnement, ont-ils demandé et souvent obtenu qu’on leur accordât des aides-techniques.

De nos jours, le problème est redevenu crucial, la recherche sur projet ayant multiplié les actes administratifs compliqués, bien-sûr sans création de postes !

Voici enfin, un projet qui n’a pas vu le jour tel quel, mais dont il pourrait être judicieux de s’inspirer, celui de l’enseignement préparatoire à la recherche. Au cours d’une première année, l’élève fréquentera successivement plusieurs laboratoires où, sous la direction de chercheurs qualifiés, il pratiquera les diverses techniques en usage [...] ils suivront des cours d’un niveau très élevé [...] Ces cours seront publics [...]mis à jour chaque année et publiés par les soins du CNRS. Une deuxième année d’enseignement est prévue pendant laquelle les élèves chercheurs fréquenteront des laboratoires étrangers. [...]Les élèves de l’enseignement préparatoire à la recherche recevront une allocation (F. Joliot, 1945 exposé devant la Commission générale d’organisation scientifique du travail).