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Le CEA Tech : sera-t-il un partenaire loyal pour les laboratoires de l’INSIS ?

le 21 février 2013

La vague de nominations de recteurs d’académie en ce début d’année 2013 s’est soldée pour l’INSIS par le départ inopiné de sa directrice scientifique. Cette « promotion » républicaine intervient à un moment où la communauté des sciences pour l’ingénieur du CNRS se doit de gérer le déploiement du CEA Tech dans bientôt 4 régions. L’affaire est orchestrée au plus haut sommet de l’Etat avec l’aval appuyé des exécutifs régionaux qui voient dans l’arrivée du CEA une opportunité pour dupliquer chez eux la réussite du fameux « écosystème grenoblois ». L’objectif est ainsi de « convertir la connaissance scientifique en produit industriel innovant, fiable et compétitif » comme l’a spécifié récemment à Toulouse*, Jean Therme, le directeur de la recherche technologique du CEA. Un tel discours promettant des réalisations immédiates ne peut que séduire les décideurs politiques. Or en créant en 1975, le département « Sciences Physiques pour l’Ingénieur », le CNRS souhaitait « développer une recherche fondamentale susceptible de répondre aux problèmes posés par les industriels ». Deux époques, deux styles de communication, mais des complémentarités évidentes. Sur le site web de Minatec, le complexe scientifique fondé à Grenoble par Jean Therme, on peut lire : le « CEA Tech à la conquête du Grand Ouest ». Au dépend des laboratoires de l’INSIS et de ses personnels ? Patrick Monfort, secrétaire général du SNCS-FSU

Les scientifiques qui ont relancé le CNRS en 1944 se sont très tôt souciés de marier recherche fondamentale et recherche appliquée [1]. Pendant la période gaullienne, le CNRS a toujours été impliqué dans les grandes avancées industrielles françaises : l’aéronautique, les télécommunications, l’informatique, l’industrie du verre. Le premier choc pétrolier, en 1973, plonge les pays occidentalisés dans une crise économique majeure. Lutte contre le chômage et nouveau modèle énergétique sont les maitres mots de l’époque. Avec le soutien d’Hubert Curien, alors à la DGRST [2], Robert Chabbal, directeur du département Mathématique et physique de base du CNRS, lance un séminaire sur la recherche et les sciences de transfert. Par sciences de transfert, on entend « les échelons intermédiaires entre la science cognitive et le développement industriel, cette couche qui assure le continuum entre la recherche fondamentale et le développement technologique ». Deux ans plus tard, se crée au CNRS le département « Sciences physiques pour l’ingénieur », rebaptisé « Sciences pour l’ingénieur » en 1991 puis Institut des Sciences de l’Ingénierie et des Systèmes (INSIS) en 2009. Un département au carrefour des disciplines : physique, mathématique, chimie, biologie, sciences de l’homme entre autres…

A son démarrage, le SPI tout en structurant ses activités autour de domaines tels que le traitement de l’information, la mécanique ou encore les industries de transformation s’impliqua aussi fortement au sein du programme interdisciplinaire de recherche pour le développement de l’énergie solaire. Conforté par la venue de la gauche au pouvoir en 1981, le SPI a initié des laboratoires communs avec des partenaires industriels (informatique, électronique) et porté des programmes de collaboration fructueux dans les domaines de l’automobile, de l’agroalimentaire, de l’eau, de l’optique et de la microélectronique. La conception du TGV, fleuron de l’industrie française, s’est appuyée sur les modélisations numériques développées en aérodynamique stationnaire et en aéroacoustique. Des succès, fruits de la réactivité de ses différentes directions scientifiques et de la qualité internationalement reconnue de ses chercheurs. Maitrise scientifique qui exige du temps et de la confiance ! Tout le contraire de l’urgence médiatico-politique d’aujourd’hui.

Le cas de la microélectronique, où sont impliqués, d’ailleurs, de nombreux laboratoires de l’INSIS, en est le symbole typique. Le lancement, avec le CEA en 1983, du groupement Circuits intégrés silicium a permis l’émergence d’une réelle communauté de scientifiques et d’industriels français unanimement saluée, aujourd’hui, à l’échelon mondial. Un des symboles de cette réussite est le complexe de recherche européen Minatec, basé à Grenoble et fondé par Jean Therme alors directeur du CEA-LETI [3]. Une sorte d’IRT [4] avant l’heure dans un environnement scientifique et universitaire exceptionnel marqué par la concentration sur un même site de l’European Synchrotron Radiation Facility, de l’Institut Laue Langevin, du Laboratoire européen de biologie moléculaire et de l’Institut Néel du CNRS. Un succès, reposant sur plus de 20 ans de partenariat équilibré entre les acteurs locaux, mais médiatiquement incarné aujourd’hui par le seul CEA dont une proche collaboratrice est aujourd’hui notre ministre de tutelle.

L’ « exemple grenoblois » suscite ainsi aujourd’hui l’intérêt des décideurs publics jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Les régions qui ont œuvré activement pour accueillir des plateformes du CEA Tech peuvent-elles espérer accroître significativement et rapidement le développement technologique de leurs territoires ? Et comment pourront se positionner au côté du CEA Tech les structures publiques locales déjà présentes, dont les laboratoires de l’INSIS ? Le déploiement vers l’ouest du CEA Tech suit aujourd’hui pas à pas l’implantation des tous nouveaux IRTs et SATTs [5] et, au final, les missions de ces trois acteurs se confondent peu ou prou. Il est plus que nécessaire que les pouvoirs publics remettent de la cohérence dans ce schéma ô combien complexifié tout en respectant les spécificités et complémentarités de chacun. Le CEA Tech, aussi conquérant soit-il, ne dispose pas de la compétence scientifique que l’INSIS a construite sur la durée. Ce savoir-faire demeure, aujourd’hui, au sein des unités de l’INSIS. Cet institut voit, lui, ses marges de développement scientifique limitées faute de ressources financières internes décentes. Et le discours officiel du gouvernement, nous le savons, est au tout technologique ! Pour le moment, il est nécessaire que le CNRS réaffirme pleinement son soutien à l’INSIS, exemplaire pour sa culture de l’interdisciplinarité et plus que jamais en lien avec les préoccupations sociétales relevant de la santé, de l’environnement et de l’énergie. La force de l’institut réside bien dans sa capacité à proposer les nouvelles sciences pour l’ingénieur qui permettront de résoudre les problèmes socio-économiques de demain toujours plus complexes, et non d’appliquer simplement des technologies existantes ! Le nouveau directeur scientifique de l’INSIS devra faire valoir la légitimité scientifique incontestable de cet institut. Le SNCS-FSU y veillera.

* Inauguration de la plateforme CEA Tech de Toulouse – 25 janvier 2013. http://proxy-pubminefi.diffusion.fi...

aussi disponible en ligne ici : http://sncs.fr/article.php3?id_arti...

[1] (Cf. Michel Blay, Quand la recherche était une république, Armand Colin, Paris, 2011)

[2] (Direction Générale de la Recherche Scientifique et Technique)

[3] (Laboratoire d’Électronique et des Technologies de l’Information)

[4] (Institut de Recherche Technologique)

[5] (Société d’Accélération du Transfert de Technologie)