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La Libre Pensée reçue au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

le 25 avril 2013

La Libre Pensée reçue au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Nous avions depuis longtemps demandé audience auprès de Mme Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Le mardi 2 avril à 16 heures, après un premier report de date, nous avons été reçus par MM Jacques Fontanille et Guillaume Houzel, conseillers auprès de la Ministre. Nous avons, bien sur, déploré de ne pouvoir être reçus par la Ministre elle-même.

Notre délégation était composée de Marc Blondel, Claude Burlet, Jean-Sébastien Pierre, David Gozlan et Roger Lepeix. N’ayant jamais encore rencontré ce ministère, il s’agissait d’une prise de contact, au cours de laquelle nous avons pu aborder de nombreux points litigieux. Le cadre général était celui de la liberté de la Recherche Scientifique, dans l’esprit du Manifeste adopté par la Libre Pensée lors de son congrès national, et de la laïcité de l’Enseignement Supérieur.

Nous avons dénoncé le fait que la France soit représentée au Comité d’Ethique Européen par un religieux émanant d’une « université » catholique et par une religieuse de l’ordre des « vierges consacrées » Nous avons soulevé une nouvelle fois la question de l’accord Kouchner / Vatican, habilitant l’Eglise catholique à délivrer des diplômes ce qui est contraire au monopole de la collation des grades. Nous avons rappelé qu’outre la violation de ce principe et de la laïcité en général, le Vatican n’était en rien un Etat. Nous avons également condamné l’organisation annuelle, depuis 2002 d’une réunion institutionnelle entre le Premier Ministre et les représentants mandatés du Vatican en violation de la loi de 1905. Une généralisation de cette pratique à d’autres religions nous conduirait en plein communautarisme.

Nous avons protesté contre le fait que les « universités » catholiques soient désormais traitées comme les autres, sans plus de validation de leur diplômes par l’enseignement public. Nous avons rappelé que le concordat d’Alsace-Moselle – dont nous réclamons toujours l’abolition – ne devrait pas concerner l’Enseignement Supérieur.

Nous avons également exprimé notre inquiétude sur le rôle croissant de l’enseignement privé lucratif, qui ne respecte pas les canons académiques et républicains.

Nous avons ensuite présenté le Manifeste, dont nous avons remis plusieurs exemplaires aux conseillers.

Nous avons rappelé notre principe de liberté totale de la Recherche Scientifique, n’interdisant par principe aucun champ d’investigation, et n’ayant d’autres restrictions que la loi commune. La création du Comité National d’Ethique est un précédent dangereux. Par ailleurs nous avons dénoncé le camouflage « éthique » de multiples pressions idéologiques ou religieuses, et la confusion entretenue savamment entre éthique, morale, déontologie et droit. Dans un récent colloque tenu à l’UNESCO sur l’enseignement de l’éthique dans l’Enseignement Supérieur, les deux seules « universités » présentes étaient celles, catholiques, de Lyon et de Toulouse. Nous avons exprimé notre méfiance envers les soi-disant « lanceurs d’alertes » qui bien souvent ne sont que des militants opposés au développement scientifiques et technologiques. En particulier, la Libre Pensée est effarée par la création de la mission « Science Citoyenne » au CNRS sous la direction de M. Lipinski, militant écologiste connu et engagé. Nous ne pouvons approuver l’intégration volontaire de groupes de pressions, issus de la « société civile » dans les processus de pilotage de la Recherche. La Libre Pensée n’étant ni un parti ni un syndicat ne peut avoir qu’un avis très général sur le projet de loi de Mme Fioraso, mais s’inquiète de la place donnée au nombre et volume des contrats passés avec les firmes privées dans les futures évaluations menées par le Haut Comité devant remplacer l’AERES. Traditionnellement, dans le jugement par les pairs, c’est le résultat des travaux (publications, brevets) qui est évalué. L’incitation à l’insertion des recherches dans le privé peut être contradictoire avec la liberté de la Recherche.

Nos interlocuteurs nous ont écoutés avec attention, et se sont engagés à fournir des réponses détaillées, dans un proche avenir, aux divers points que nous avons abordés. Au cours d’une première phase d’échange, ils nous ont assurés de l’intérêt porté par le ministère à plusieurs des points que nous avons évoqués, et en particulier à la question des accords avec le Vatican. Ils nous ont affirmé les préoccupations laïques du Ministère. Ils nous ont déclaré ne pas assumer tout ce que dit et fait l’UNESCO, nous ont renvoyés au Ministère des Affaires Etrangères pour le problème de la représentation française au Comité Européen d’Ethique, et à la Direction du CNRS pour la question de la mission Lipinski. Ils ont convenu de nous recevoir à nouveau, après lecture détaillée de nos documents, dans un avenir proche mais non encore défini.

L’ensemble de l’entrevue a duré une heure et demie, et nous espérons qu’elle est le prélude à un dialogue durable et approfondi avec ce ministère.

Paris, le 12 avril 2013

Article publié sur le site de mediapart ,ici