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Pour un monde multipolaire ?

Par Karim Berkani, le 20 février 2004

Je prend la plume pour réagir à la réponse de « Dialogue & Initiative » à « l’appel contre la guerre à l’intelligence ». Le titre de cette réponse est « l’immobilisme n’est pas une solution ! ».

L’évidence de ce propos cache de nombreuses choses. L’immobilisme est un jugement par un observateur de l’absence de mouvement d’un objet. Ce jugement se fait à partir d’un filtre des informations provenant de l’objet. Nous pouvons constater l’immobilisme si les informations récoltées dans plus de deux temps différents sont différentes. Nous remarquons que le filtre joue un rôle central et sa définition est un problème. En effet, deux filtres peuvent donner des résultats différents : par exemple, dans un cas il y a immobilisme et dans l’autre pas. La définition du filtre est donc un problème difficile. Ma compréhension de la réponse apportée par « Dialogue & Initiative » serait que le filtre est pour eux en fait « la réalité ». Ils n’ont cependant pas précisé de manière complète quelle est cette réalité particulière. Pourquoi est-ce que j’abaisse leur réalité à une situation particulière ? Je le fais car s’il existait une unique réalité, nous aurions conscience de tout et donc tous les problèmes seraient résolus. De plus, il n’est pas possible de nier que la subjectivité participe à la définition d’une réalité. « Dialogue & Initiative » présente dix vérités et nous permettent ainsi de mieux comprendre leur réalité. Le premier point nous indique que « seule l’économie de marché permet de créer des richesses ». L’économie de marché et la richesse sont-elles apparues en même temps ? Là, je ne comprends pas. Le mot richesse n’est pas défini. Aussi, je fais confiance aux historiens pour éclaircir mes idées sur ce sujet. Mais, j’avoue que je doute fortement de l’universalité de ce propos.

De plus, je suis heureux de voir que les valeurs de la république soient mises en valeur dans les propos de « dialogue & initiative ». Cependant, je me pose la question naïve suivante : en quoi les actions du gouvernement respectent-elles les valeurs de la république ? La difficulté n’est, en effet, pas de prétendre un résultat mais de vérifier sa véracité. Pour cette raison, je viens en aide à ce gouvernement en lui proposant de changer sa méthode. Il faut apprendre à cerner raisonnablement les limites d’un programme politique. Il est nécessaire d’avoir des observateurs qui jugent pour assurer pour le mieux la légitimité d’une affirmation. Je pense ainsi qu’il est tout à fait normal que les intellectuels ne soient pas d’accord sur la méthode et sur la qualité du résultat du gouvernement. Il est tout à fait normal qu’ils opposent leurs réalités à la réalité du gouvernement. Le filtre de leurs pensées participe au progrès. La qualité même de leurs travaux est de s’intéresser à divers problèmes. Ils offrent ainsi de nombreuses observations et solutions aux questions qu’une société peut se poser. Ils donnent, par exemple, des repères aux citoyens pour évoluer dans sa propre existence et s’ouvrir à d’autres mondes. Si les réalités des intellectuels sont « immobilistes » cela signifie que la réalité de « Dialogue & Initiative » l’est encore plus !

La place dans la société que les intellectuels occupent n’est pas suffisamment mise en valeur dans le champ de l’espace public. Par exemple, il n’y a pas assez d’émissions à la télévision, à des heures de grande écoute, faisant la promotion du savoir, et en particulier de la recherche et de l’enseignement. De plus, Il est certain que la suppression des postes dans l’enseignement et la recherche ne permettra pas de facilité la diffusion du savoir, le partage de l’intelligence et de toujours offrir la possibilité à tous les citoyens de pouvoir exprimer leur créativité. Et donc, il est fort probable que les fractures sociales s’accentuent.

Enfin, je voudrais rappeler au gouvernement qu’il ne doit pas oublier que la recherche fait partie entière de la république. Elle constitue un de ses membres, une partie de son cerveau et de ses sens. Et, il me paraît raisonnable d’avoir un niveau de conscience important de ses membres pour pouvoir avancer dans le sens de la raison !

Cordialement.