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9 mars, mode d’emploi

Par Bertrand Monthubert, le 25 février 2004

Les objectifs d’une démission collective
Les directeurs d’unité signataires de l’appel ont déclaré solennellement qu’ils considéraient de leur responsabilité d’agir collectivement contre une destruction programmée de l’appareil de recherche français. En conséquence ils ont formulé deux demandes immédiates concernant les moyens et les postes, et ont réclamé la mise en chantier d’une réflexion à plus long terme pour une refondation de la politique de recherche conservant à notre pays ses chances dans les 10 à 15 prochaines années. Si les réponses du gouvernement ne sont pas recevables, les signataires devront tenir leur engagement, mais auront aussi à coeur de convaincre leurs collègues non signataires de se joindre à eux le 9 mars, pour augmenter encore le nombre de démissionnaires, donnant à cet acte collectif un impact maximum. Le but de cet acte collectif, en interrompant toute relation avec les tutelles administratives, les ministères ou les directions d’organisme, est de forcer le gouvernement à prendre ses responsabilités sans mettre en péril l’outil de recherche. Vous attirerez en particulier l’attention des jeunes sur le fait qu’en aucun cas l’encadrement des thèses ou des stages post-doctoraux ne sera affecté : il n’a jamais été question de mettre en difficulté les jeunes pour lesquels nous nous sommes mobilisés.

Les modalités pratiques de la démission collective
Le gouvernement a engagé des négociations avec le Collectif. Au plus tard dès la première semaine de mars, les propositions du gouvernement seront portées à la connaissance de tous. A ce moment-là, ce sera la responsabilité collective de tous les personnels des laboratoires et de leurs directeurs, que se tiennent partout des assemblées générales de laboratoire, afin de discuter des propositions gouvernementales. Si ces propositions sont jugées insuffisantes, les directeurs de labos signataires prendront la décision à laquelle ils se sont engagés : la démission de leurs fonctions administratives. Il est très important qu’une telle décision puisse être prise dans la clarté et la solidarité avec tous ceux qui travaillent dans les labos.
Tous les directeurs d’unité seront ensuite invités à une assemblée générale, qui se tiendra le 9 mars à Paris. Ceux qui ne pourront s’y rendre se feront représenter par un collègue de confiance. Cette assemblée discutera collectivement de la décision de démission. Après mûre réflexion, il nous apparaît que la décision de démissionner relève in fine de la conviction intime et individuelle de chaque directeur, fort de l’appui qu’il aura reçu dans son laboratoire. Tous les directeurs qui y seront favorables signeront alors sur place leur propre lettre de démission, l’ensemble des lettres étant ensuite porté aux organismes de recherche. Des contacts ont été pris avec les directeurs généraux des organismes pour qu’il soit bien clair (le Collectif y veillera) que les démissions seront traitées collectivement, et non au cas par cas.

La portée des démissions déposées le 9 mars
Rappelons que le fait d’être responsable d’un laboratoire ne donne lieu à aucune augmentation de salaire. Pour la même raison, la démission des fonctions administratives ne donnera pas lieu à une diminution de salaire. Par ailleurs, une telle démission ne prend effet qu’après son acceptation par les directeurs d’organismes. Il n’y aura donc pas de chaos immédiat, le 10 mars, dans les laboratoires. Trois possibilités s’ouvriront alors. (1) Les directeurs d’organisme acceptent les démissions sans prendre d’autre mesure ; cela revient très rapidement à fermer les laboratoires, notamment pour des raisons de sécurité. Aucun directeur d’organisme ne peut prendre une telle responsabilité. (2) Les directeurs d’organismes refusent ces démissions. Ils auront alors à gérer une structure dans laquelle les directeurs sont en majorité démissionnaires et le font régulièrement savoir ; aucune initiative nouvelle ne pourra être prise et l’organisme se trouvera progressivement paralysé. En particulier, les directeurs pourraient alors entamer une grève administrative, qui s’ajoutera à la grève des évaluations décidée par les commissions d’évaluation au CNRS et à l’INSERM (3) Les directeurs d’organismes souhaitent nommer des directeurs intérimaires. Il leur sera très difficile d’y parvenir, dans une situation où la majorité des directeurs adjoints et des chefs d’équipe, également signataires de l’appel, refuseront d’assurer l’intérim. Notre objectif n’est pas de mettre en difficulté les directeurs d’organismes. Ces derniers seront nécessairement amenés à demander à la tutelle gouvernementale de les aider à dénouer une situation qui ne pourra se prolonger longtemps. Ainsi, sans provoquer de chaos immédiat, nous entrerons dans une période où le système de recherche se grippera progressivement. La solidarité au sein des équipes, renforcée par un mouvement dans lequel chacun a su prendre ses responsabilités, mettrait la tutelle gouvernementale dans une situation très difficile, qu’elle serait bien avisée de prévenir.

Une démission le 9 mars aura comme conséquence supplémentaire qu’il ne sera plus possible de s’engager dans les Etats Généraux avec un Comité d’organisation dont la composition aurait été négociée avec le gouvernement. Dans ces conditions, ce sera en toute indépendance, que nous organiserons ces Etats Généraux dans un contexte historiquement exceptionnel, où l’opinion publique aura été fortement sensibilisée à l’enjeu que représente la Recherche. Ce très important chantier, auquel nous nous préparons dès maintenant, sera l’occasion de maintenir une mobilisation soutenue du monde de la recherche. Ainsi, le 9 mars, nous pourrons commencer à écrire une nouvelle page dans l’histoire de la recherche en France. Faisons en sorte d’être le plus nombreux possible à l’écrire, en restant solidaires et responsables, comme nous avons su l’être depuis le lancement de l’appel " Sauvons la Recherche ".

Déroulement de la journée du 9 mars
L’Assemblée Générale des directeurs de laboratoire commencera à 12h le 9 mars dans une grande salle de l’Hotel de Ville à Paris. Notre choix initial s’était porté sur la Sorbonne, mais malgré l’insistance de nos demandes, un refus net nous a été opposé. Nous souhaitions un lieu symbolique, et si la Sorbonne nous est refusée, l’Hotel de Ville a également un sens, en particulier pour l’ouverture d’Etats Généraux qui intéresseront l’ensemble de la nation. A 13h, grand rassemblement de soutien aux directeurs sur la place de l’Hotel de Ville, avec animations et prises de parole. Cette manifestation nationale de soutien à la recherche fera l’objet d’un appel très large à tous nos concitoyens qui, à un titre ou un autre, se sentent concernés par l’avenir de la Recherche en France. Les collègues de province qui le pourront viendront à Paris. Ceux qui ne pourront se déplacer organiseront des rassemblements dans leur villes, au même moment. Entre 14 et 15h : annonce publique de l’ampleur des démissions et du lancement des Etats Généraux, ainsi que des grandes lignes de son organisation. Ces informations seront immédiatement transmises aux rassemblements en province.
Les lettres de démission seront ensuite apportées solennellement en cortège, par la manifestation, au Ministère de la Recherche.

Le Collectif " Sauvons la Recherche ", le 25 février 2004