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Un gouvernement qui hait la jeunesse

Par la rédaction, le 13 janvier 2021

Mise à genoux, tabassée, éborgnée, et maintenant privée d’études, de vie. C’est ainsi que ce gouvernement traite la jeunesse.

Voici la lettre ouverte qu’une jeune étudiante adresse au président de la République Emmanuel Macron

Monsieur le Président,

À dix-neuf ans, j’ai l’impression d’être morte. Pourtant il neige sur Strasbourg aujourd’hui. De jolis flocons virevoltent dans le ciel. Je les observe au chaud dans mon appartement, mais ça ne me fait rien. La neige émerveille quand elle vient habiller les cheveux bruns, atterrir sur les langues des enfants, ou s’écraser sur le manteau d’un passant imprudent. Je souris, nostalgique, mais je n’ai aucune raison de sortir. Je dois travailler. Je n’ai que ça à faire non ? C’est tout ce que l’on me demande, la seule activité qu’on m’autorise. J’ai dix-neuf ans et mon bureau c’est ma chambre. C’est aussi mon lieu de repos, d’appel, de film, et même parfois de cuisine. Tout se confond dans mon esprit. Rentrer chez moi après une journée d’amphithéâtre n’est plus satisfaisant, les cours c’est ma chambre, ma chambre c’est les cours.

La réalité, Monsieur le Président, c’est que je n’ai plus de rêves. Tous mes projets s’écroulent les uns après les autres, au même rythme que mon moral décline. Au début c’était drôle, au début c’était nouveau. Ça ne devait pas être long, nous étions prêts à faire preuve de solidarité malgré notre deuxième semestre qui s’écroulait et nos amitiés qui s’effritaient. Mais là, stop. Il n’y a plus rien d’amusant. Relativiser ça va un temps. Nous ne sommes pas des machines, vous ne pouvez pas nous demander de travailler et de la fermer. J’adore mes études mais je stagne, la productivité est à des années-lumière de moi, j’essaye de me reprendre mais c’est pire chaque jour. Parfois, je pleure devant mon ordinateur. Ma vie n’a aucun sens et mon avenir est bouché. Je ne me projette pas trop loin, pour me protéger, pour tuer l’espoir avant qu’une autre de vos mesures ne viennent le faire à ma place. Si on n’a ni espoir, ni perspective d’avenir à 19 ans, il nous reste quoi ? Pour ma part, un trou noir de « peut-être », et des nœuds dans la tête que les aspirines ne démêlent pas. Je sais que je ne suis pas la seule, et je sais que je fais partie de ceux qui vont bien. Beaucoup sont en décrochage scolaire, en perte d’estime de soi, en souffrance. Ces jeunes qui vont mal, c’est l’avenir du pays Monsieur le Président, et vous le fragilisez, vous le fêlez, vous le négligez. Un étudiant s’est jeté du quatrième étage à Lyon il y a quelques jours. Une information qui passe, simple dommage collatéral d’une pandémie mondiale. Mais si nous les étudiants ne sommes pas mentionnés à la prochaine allocution, si des alternatives ne sont pas trouvées, si personne n’a la décence de nous faire retourner au moins en travaux dirigés, ce sont des centaines d’étudiants que vous retrouverez écrasés sur le bitume. On existe bordel, faut-il qu’on meure pour que vous vous en rendiez compte ? Le paradoxe serait amusant s’il n’était pas meurtrier. La majorité ne sautera pas rassurez-vous, mais la morosité nous aura rongé jusqu’à l’os.

Je suis consciente que la récession creuse son sillon, mais les indicateurs économiques ne sont pas les seuls à devoir être soutenus. Nous ne demandons pas la réouverture des bars et des boîtes de nuit, mais simplement d’aller en cours. Les centres commerciaux sont bondés, les gens se marchent dessus, et on ose nous dire qu’on ne peut pas se rendre en cours, ne serait-ce qu’en demi-groupe dans le respect des mesures barrières ? Ce n’est tout simplement pas entendable, pas acceptable. Si tout ce que je viens de dire ne vous secoue pas, n’oubliez jamais que c’est aussi un pan entier de l’électorat que vous ignorez. Je comprends la difficulté du travail qui est le vôtre, Monsieur le Président. Mais pour une fois je pense à moi, à nous, et je dis merde à la solidarité. On a fait notre part.

Maintenant, rendez-nous un bout de vie.

Bien à vous,

H.S. – Une morte-vivante

Et puis, il y a la violence des forces de l’ordre. À ce sujet, on peut lire l’interview de l’historienne Danielle Tartakowsky sur le site Bastamag :

Q. Pour en rester à la jeunesse, on a vu des images terrifiantes, ces jeunes agenouillés, ces jeunes frappés devant leurs lycées pendant les blocus… Envoyer directement les forces de l’ordre sur des mineurs, c’est nouveau ?

R. Si on met de côté les manifestations interdites pendant la guerre d’Algérie, on pourrait évoquer de nombreuses interpellations aux portes de lycées ou sur le boulevard Saint-Michel lors de distributions de tracts appelant à manifester contre la guerre au Viêt Nam. Les jeunes étaient alors relâchés quelques heures après et il n’y avait pas de risques « physiques ». Depuis la guerre d’Algérie, on n’a jamais assisté à un climat répressif comme celui que nous traversons. C’est très préoccupant. Depuis 2005, la priorité va à l’interpellation, on a clairement basculé dans le corps-à-corps et la provocation.

Et finalement, depuis la tenue des examens en présentiel ce début janvier, la matraque comme remède du gouvernement à la détresse des étudiants comme le titre le journal l’Humanité.