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A propos des post-docs et autres CDD

Par Jean-Paul Herman, le 1er mars 2004

A l’occasion des décisions gouvernementales récentes (création des fameux 550 CDD mais aussi l’instauration homéopathique, il y a deux ans, des post-docs dans les EPST) on reparle beaucoup des post-docs et des CDD dans la recherche Visiblement, le gouvernement aimerait généraliser un système de ce type en France (et d’ailleurs pas uniquement dans la recherche, voir les fameux contrats de projet qu’envisage d’instaurer Fillon). A la base, il y a un raisonnement simple (simpliste ?) tenu par les buraucrates et les politiques : La recherche scientifique est plus efficace aux Etats-Unis qu’en Europe. Les laboratoires américains ont un fonctionnement basé sur un chercheur statutaire entouré d’une multitude de thésards et de post-docs. On fait le lien et on décide que la clé de la revitalisation de la science française -et européenne- passe par l’instauration de ce système chez nous. Du point de vue logique ca ne tient évidemment pas très bien. Toutefois, il semble difficile d’éviter qu’une certaine dose de ce système ne soit pas imposé. Et, si on veut être honnête, il faut avouer que bon nombre d’entre nous -et j’en suis, malgré mon attachement profond pour le service public de la recherche- pense que le manque de réactivité et d’efficacité de notre système pourrait être atténué s’il y avait un système intelligent de post-docs en France et en Europe. Le problème est que la société française ne fonctionne pas comme l’américaine. Il faut donc réfléchir aux conditions générales permettant d’envisager une telle solution. J’en vois quatre (mais d’autres en verront certainement d’autres). Le premier est que l’instauration d’un tel systèmes ne peut marcher que si les laboratoires ont la maîtrise de la gestion. Cela implique une modification des règles de gestions financières et humaines dans le sens de la décentralisation (Raffarin aimera). Ainsi, il faut que les laboratoires aient la maîtrise de la gestion financière, donc qu’il y ait attribution d’un financement d’au moins trois ans (moins n’a pas beaucoup de sens), permettant autant au laboratoire qu’au post-doc une prévision effective et pérenne. Ca implique aussi que le laboratoire ait la maîtrise du choix de la personne, c’est à dire qu’il n’y ait pas de répartition centralisée, avec concours etc. Evidement, un tel système nécessite, si on veut éviter les magouilles et auto-recrutements, des règles du jeu claires, mais ceci n’est peut-être pas le plus difficile à inventer. Deuxième condition est le niveau de salaire. C’est une évidence que les salaires actuellement proposés aux jeunes scientifiques (ou d’ailleurs même aux moins jeunes, mais passons…) sont ridicules au vue d’une formation qui s’étend sur huit à dix ans après le bac. (Les salaires proposés actuellement permettent à peine -ou souvent pas du tout- de trouver un logement décent dans la plupart des grandes villes françaises !) Si on veut que des jeunes s’engagent dans une carrière scientifique incertaine, il faut que les salaires proposés soient un tant soit peu compétitifs par rapport aux salaires offerts ailleurs et par rapport aux risques de carrière. Troisièmement, il faut que les post-docs qui, n’ayant pas réussi à décrocher une titularisation ou choisissant librement d’arrêter la recherche, sortent du système vers 40 ans puissent trouver un débouché qui ne soit pas ridicule (en terme de salaire aussi bien qu’en terme d’intérêt) compte tenu de leur formation et de leur expériences professionnelles. Or, là il y a un problème majeur, puisque chez nous de tels débouchés n’existent pas. Ni dans l’industrie -qui préfère, pour le peu de scientifique qu’elle embauche, les embaucher jeunes pour les former à son moule-, ni dans le secteur public, où pourtant ces scientifiques auraient des compétences précieuses à apporter, que ce soit dans l’éducation, la culture ou même dans l’administration. L’industrie étant imperméable aux injonctions de l’Etat, il faut donc que ce dernier aménage les passerelles qui permettent au jeunes scientifiques d’envisager dix ans ou plus de post-docs sans avoir peur de se retrouver après comme caissier ou caissière dans un supermarché. Le dernier aspects est d’instaurer des conditions permettant une mobilité des personnes, mobilité qui est à la base même du système post-docs. Or, dans notre pays la mobilité géographique -à l’inverse des Etats-Unis- a toujours été considérée comme un pis-aller et une exception, et rien dans les règles administratives ou même dans la société ne la facilite. Pas de fluidité du marché du logement, rigidité des règles de scolarisation des enfants, difficulté pour le conjoint de retrouver un emploi. Ce dernier aspects est certainement le pire, car dans une société où les mentalités ont été façonnées par trente ans de chômage massif et où le taux de chômage frôle les 10%, on ne voit pas très bien comment un conjoint de post-docs pourrait envisager de quitter son emploi pour la plus grande gloire de la recherche française. Donc à moins d’exiger le célibat absolu des jeunes scientifiques -ce que personne n’a encore osé proposer-, il y là une réflexions à avoir pour les pouvoirs publiques, qui doivent inventer des modalités favorisant l’emplois des conjoints de post-docs en mobilité. A défaut, les jeunes ne s’engageront pas dans cette voie (ils le font d’ailleurs de moins en moins, et on les comprend).