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PAF ! le postdoc aux US

ou pourquoi la recherche aux Etats-Unis est attractive et en pointe.

Par Olivier, le 2 mars 2004

"Faites un postdoc aux Etats-Unis, vous verrez comment on fait de la vraie recherche". C’est ce qu’on m’avait dit, mais j’etais pourtant neutre, voire sceptique, lorsque je me suis envole pour la Californie en mai dernier. 10 mois ont passe, et je dois avouer que, pour moi, la recherche Francaise a tout a apprendre du systeme Americain. Americain, cela ne veut pas dire competition et excellence, mais beaucoup plus simplement et pragmatiquement, "motivation a tous les echelons".

Commencons par le point de vue de l’etudiant Americain :
- dans son Universite, il y a un prix Nobel, un satellite de recherche spatiale, ou tout simplement quelqu’un de qui on parle aux actualites. Il n’est pas a l’Universite, il est dans la societe, parce que la societe s’interesse a la science.
- il va en cours avec son poly powerpoint que lui a envoye son prof par email. Ensuite, s’il a une question, il peut rencontrer le prof, toujours disponible (il y a des etudiants en permanence dans mon labo qui viennent discuter avec les profs. Ce n’est pas ce que j’ai vu dans les Universites Francaises).
- il n’attend pas la these pour prendre en charge un projet de recherche : en licence (ou meme avant), il integre une equipe de recherche, et apprend sur le tas, au lieu de faire des travaux pratiques couteux et sans reel objectif.

Resultat : l’etudiant apprend
- mieux (grace a la haute frequence des discussions dans un contexte 1 etudiant - 1 encadrant),
- de facon indelebile (demandez a un etudiant francais ce qu’il a retenu des techniques apprises en TP...),
- et plus vite (quand on a un projet de recherche, on se donne les moyens de repondre aux questions rapidement). Il est vrai il doit payer (cher) ses etudes. Il serait bon que l’Europe, et la France en particulier, reprenne l’initiative en copiant ce qui est bon chez les Americains, tout en le democratisant. Ce ne devrait pas etre trop difficile : Le systeme americain est originellement issu du systeme allemand, cree a la fin du 19eme siecle.

Du cote du candidat a un poste de chercheur : Le candidat sur le marche du travail Americain visite des labos, donne un seminaire et discute avec tous les membres des instituts/universites dans un rapport un-a-un, comme un chercheur-invite. Si la place lui est offerte, il sait que c’est sa demarche, son projet, sa personnalite qui ont ete appreciees. En France, on a le vieux systeme du concours avec un jury de 20-30 personnes qui ne discutent pas avec le candidat, mais ecoutent 7 minutes d’oral. Cela a l’etonnante propriete de produire :
- le chercheur aigri, qui a ete refoule au profit d’un candidat local,
- et le chercheur demotivable et/ou peu confiant dans ses capacites, parce que recrute sur une base hautement discutable.

Que faire : recruter sur un projet et non sur un diplome. Arretons les questions de type DEUG quand il s’agit de recruter un chercheur ! En France, on est recrute quand on a le savoir sans l’energie (le diplome), aux US, on est recrute quand on a l’energie. Le savoir, on l’acquiert toujours par l’experience (voir plus haut l’etudiant).

Du cote du chercheur : Le chercheur Americain a des etudiants dans son labo qui s’interesse a son cours (cf les nombreuses visites et discussions) et qui font vivre son labo. L’Etat participe activement au financement de sa recherche, et la societe est attentive aux progres de la recherche. Reconnaissance de ses pairs, de ses etudiants, de la societe, que demander de mieux ? Et les charges administratives ? reduit a la redaction de projet pour les fondations de recherche, et la mise en place de plateforme de collaborations. Le recrutement des chercheurs : ce n’est pas une charge, c’est un seminaire, et l’eventualite de futures collaborations. La peur du controle, de l’evaluation bisannuelle ? Quasi absente, bien sur, puisque c’est l’auto-evaluation ou l’evaluation sur un projet qui domine, et non un bilan sur le passe. Enfin, le contenu scientifique est nettement plus stimulant qu’en Europe, pour une raison culturelle : Les Americains travaillent sur des sujets de "frontiere" alors que les Europeens financent abondament les sujets de "contexte". Par exemple, en biologie, les projets de screen de mutants, de genomique globale sont finances dans le cadre des Excellence Network europeens, les bourses Marie Curie, etc. alors que de tels projets, a quelques exceptions pres, font tres mauvaise impression dans une grant pour le NIH ou NSF Americain. Par contre, une recherche sur les papillons gynandromorphes trouvera un financement parce que c’est un modele de developpement nouveau et encore peu explore.

Bilan : En France, nous sommes figes dans un systeme qui auto-sterilement recrute les membres de son propre labo, et n’a toujours pas realise la vivacite de la competition internationale (entre autres, on peut encore publier des articles de recherche en Francais en 2004 !...). Dans l’avenir, c’est l’Inde, Singapour, la Coree, la Chine qui seront des leaders de premier plan dans le domaine de la recherche. Le systeme Francais va dans le mur depuis plus de 50 ans. Maintenant que nous y sommes, il est temps de faire le "Big Bang", et de repenser completement notre systeme, et pour commencer :
- plus de confiance et de liberte pour des projets exotiques/innovants et aux frontieres
- plus de confiance et de motivation pour les etudiants en leur donnant de reels projets de recherche tres tot dans leur cursus
- plus de science dans la societe : remettons les universites scientifiques dans les centre-ville, de la science dans les Universites litteraires, et la science dans l’actualite.
- plus de budget : le politique est le phare du peuple. Si le politique ne prend pas l’initiative d’un vrai projet pour la Recherche Francaise, alors c’est une recherche expatriee qui survivra seulement. En bref, inspirons-nous du systeme americain (qui a fait et fait ses preuves aux US et dans les pays emergeants) en l’amenageant dans un cadre europeen social, ethique, et democratique.