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Lettre aux membres de mon laboratoire

texte intégral suite à la publication d’extraits dans Le Monde du 4.3.04

Par Marc Peschanski, le 4 mars 2004

Le Journal Le Monde a publié en "une" dans son numéro daté du 4 mars 2004 quelques extraits de la lettre que j’avais envoyée la veille aux membres de mon laboratoire pour leur annoncer que je remettrai mardi 9 mars aux autorités toutes mes responsabilités administratives dans la recherche publique. Voici le texte intégral de cette lettre.

Chers Amis,

Mardi prochain, 9 mars, je remettrai à la disposition des autorités l’ensemble de mes responsabilités administratives dans la recherche publique. Je le ferai à l’Hôtel de Ville de Paris, en même temps que des centaines d’autres responsables de laboratoires publics d’Ile de France, et alors que des centaines d’autres le feront en région. La politique de financement de la recherche que le gouvernement mène depuis deux ans conduit au chaos, parce qu’elle retire aux laboratoires les moyens de travailler efficacement, et qu’elle interdit le renouvellement des personnels de la recherche, gage indispensable de son dynamisme et de son originalité. Sans avenir pour les jeunes, il n’y a pas de recherche ; sans recherche, il n’y a pas d’avenir pour notre pays. En démissionnant de nos postes administratifs, nous refusons de prendre, ne serait-ce que par notre silence, une part quelconque de la responsabilité historique qui retombera sur ceux qui obèrent aujourd’hui l’avenir de notre pays. Nous le faisons avec toute la solennité qui doit s’attacher à un tel geste de totale opposition, devant la nation qui nous avait confié la tâche de guider et de promouvoir son effort scientifique. Tout a été écrit au cours de ces derniers mois de mobilisation exceptionnelle du monde de la recherche scientifique française, sur les motifs de notre mouvement. Je voudrais quand même dire ici que la raison essentielle qui me fera mardi prochain aller sans réserve au bout de cette révolte est le sort que ce gouvernement fait aux jeunes des labos. Tout au long des 20 années pendant lesquelles j’ai animé une équipe puis un laboratoire de l’INSERM, la part qui m’a été toujours la plus chère dans cette activité a été la collaboration avec ces jeunes qui, entrant dans la recherche comme dans un match avec la vie, m’ont offert de partager leurs rêves, perpétuant et enrichissant d’autant les miens. Les Ministres de ce gouvernement n’en ont cure, ce sont des briseurs de rêves ; mais en enlevant à la jeunesse l’espoir qui avive sa flamme, ils provoquent aussi une souffrance terrible. Depuis 6 mois qu’un échange scientifique m’a conduit dans une Université anglaise, j’ai pu mesurer le désespoir qui étreint aujourd’hui ces milliers de jeunes chercheurs français d’au-delà des mers, condamnés à l’émigration loin de leur famille et de leurs amis s’ils veulent poursuivre leur travail, condamnés à barrer d’un trait des années d’investissement personnel, et bien plus encore de rêves éveillés de dévouement et de réalisation, s’ils ne parviennent pas à supporter le sort des travailleurs émigrés de la science, dans toute sa précarité, son angoisse et en un mot, je le répète, dans toute sa souffrance. Les jeunes chercheurs français que j’ai rencontrés ces dernières semaines à Southampton m’ont demandé de tenir bon. Leur seul espoir de revenir un jour travailler dans un laboratoire de recherche de notre pays passe par la victoire de notre mouvement, et par la libération des milliers de postes de chercheurs et d’enseignants qui manquent aujourd’hui dans les instituts et dans les universités de notre pays, pour assurer son rang dans le monde scientifique et la qualité de son enseignement supérieur.

Ma démission administrative, qui s’appliquera à compter du 9 mars prochain à l’ensemble des responsabilités que j’occupe dans l’Unité 421, sur le site de Créteil et au niveau de la région administrative régionale INSERM Paris XII, va poser un certain nombre de problèmes techniques (...). Je sais, grâce à la signature massive des membres de l’Unité sur la pétition « sauvons la recherche », et notamment de l’ensemble des chercheurs, que chacun d’entre vous comprend mon geste et le soutient, ce dont je vous remercie. Nous allons vivre ensemble des moments difficiles mais de notre victoire commune dépend qu’ils ne présagent pas pour nous tous, au bout du compte, de moments impossibles.

Marc