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L’intelligence de Marilyn Monroe et le corps d’Henry Miller

Par Bruno Andreotti, le 10 mars 2004

Des trois revendications de SLR (les crédits, les postes, les Assises), la mise à plat du système de recherche (EPST ET Universités) par tous les gens de bonne volonté me semble la plus importante car la moins consensuelle. Le mode de fonctionnement de ces futures Assises conditionne en grande partie ce qui pourra en être obtenu.

Notons d’abord que les Assises (comme pour les procès criminels) se sont faites Etats Généraux, depuis que le Clergé est venu rejoindre dans le débat sur la Recherche, le Tiers-Etat et la Noblesse. Et l’on se retrouve face au vieux débat entre démocratie représentative et démocratie directe.

Premier cas, un comité d’experts "représentatifs" composé de représentants du mouvement, de l’industrie, du gouvernement, etc établit un rapport sur l’état de la Recherche, préconisant quelques solutions de bon ton. Second cas, on procède par addition des propositions singulières (AG + propositions électroniques) des 60000 signataires plus des 60000 non-signataires plus celles des industriels et des gouvernants. Cette seconde solution conduirait à une richesse sans commune mesure avec celle que peut offrir la nomination d’un comité "représentatif" du milieu de la Recherche. Il est absolument évident que tous les signataires ne peuvent être "représentés" par une dizaine de personnes - du reste le texte de la pétition ne "représente" pas non plus ses signataires. Ceux-ci peuvent tout au plus servir de délégués pour des mandats précis. Il serait catastrophique que cette libre parole et cette dignité que nous avons retrouvées nous soit maintenant retirées.

Je commence donc mon propre cahier de doléances. J’espère qu’en en adjoignant 100000 autres, nous pourrons reconstruire un système de Recherche viable, libre, joyeux et poétique.

Au fil des réformes des gouvernements successifs, la Recherche a fini par cumuler les pires tares de l’Etatisme ET du libéralisme. Cela me rappelle la vieille blague qui donne son titre à cette contribution :

Marilyn : Avec votre intelligence et mon corps, nous devrions faire un enfant : il toucherait à la perfection. Henry : S’il avait par hasard mon corps et votre intelligence...

Dès lors, il y a de la place pour améliorer le système, quel que soit le gouvernement en place. Je me permets de développer quelques exemples qui, projetés sur l’axe économique Etatisme-Libéralisme, semblent de bords opposés, mais qui essentiellement pointent hors de cet axe :

* Les marchés d’Etats et les systèmes de mise en compétition atteignent des sommets de bureaucratie kafkaïenne. Des crédits blancs (matériel petit ou gros, salaires de post-doctorant, etc…) donneraient une souplesse de gestion que nous n’avons pas.

* Le travail administratif occupe une part croissante de nos emplois du temps. Il me semble urgent de ré-augmenter le ratio entre le nombre de secrétaires, comptables, mécaniciens, techniciens -liste non limitative- et le nombre de chercheurs.

* Pour travailler correctement, il faudrait réinstaller une couche physique du réseau électronique spécifique à la Recherche et à l’Enseignement Supérieur.

* Pour nous autres enseignants-chercheurs, la possibilité de prendre une année sans enseignement tous les quatre ans (trois ans du même cours, cela fait un compte rond) pour faire un an de Recherche pure serait inappréciable.

* Les ACI Jeunes Chercheurs comptent parmi les réussites de ces dernières années. Elles seraient encore plus efficaces si elles permettaient aux Jeunes Enseignants-Chercheurs d’obtenir un détachement de trois ans et l’adjonction de bourses doctorales ou post-doctorales pour tirer pleinement profit de ce système de valorisation des projets innovants.

* Il m’a semblé constater que les succès récents de la Recherche en France se concentrent sur les domaines et les sujets qui nécessitent le moins d’argent (à commencer par les Maths). Si cette tendance "Ecole Russe" se confirmait, ne faudrait-il pas songer à faire des choix douloureux et concentrer quelque peu les moyens.

* Parmi les spécificités de notre système, il y a le partage relativement libre et ouvert des travaux, des techniques, etc, notamment par le système très peu coûteux des GDRs. Cela n’est pas le cas dans les laboratoires Américains que j’ai pu visiter : probablement à cause de la pression sur les " grants ", je n’ai eu droit qu’à des versions lisses, aseptisées et de pure façade de ce qui se faisait en réalité. Il me semble que l’on peut renforcer à peu de frais ce sens du partage et de la collaboration (les GDRs se sont vus octroyer généreusement 5 kE cette année).

* Même les libéraux savent utiliser l’appareil d’Etat lorsqu’il s’agit d’applique le vieil adage : "Collectiviser les pertes, privatiser les bénéfices". Les financements Européens ont été dotés d’une façade bureaucratique dans le vieux style "usine à gaz" qui permet un détournement pur et simple d’argent publique au profit de gros projets industriels. L’Europe me semble une bonne échelle pour lancer des revues de pointe qui fonctionnent sur une autre ligne éditoriale que les revues "à coups", pour nouer des collaborations (des GDR européens ?), peut-être pas pour distribuer des crédits...

* De la même manière, certains laboratoires publiques servent maintenant de laboratoires appliqués pour des entreprises privées : cette " externalisation " permet une grande souplesse de gestion de la masse salariale (les salaires sont payés par l’Etat), des allocations de crédits, tout en permettant une privatisation totale des bénéfices sans obligation d’embauche pour les doctorants. Cela revient à entretenir un flux financier brut des caisses de l’Etat vers celles des Entreprises sous couvert de recherche. Ce flux n’est pas dans le bon sens : peut-on imaginer une agence de financement dont les crédits proviendraient des entreprises (par l’impôt si il le faut) pour pallier leur mollesse à investir dans la recherche fondamentale ?

Entre autres...