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Mr. Raffarin, comment faut-il vous l’expliquer avant qu’il ne soit trop tard ?

Par Jean-Pierre de VILLARTAY, le 7 mars 2004

Monsieur le Premier Ministre,

Vous ne semblez pas apprécier l’urgence face à la situation délicate de la recherche publique française. Laissez-moi tenter de vous en convaincre à l’aide d’une simple parabole.

Vous avez peut-être eu des enfants, ou avez-vous même des petits-enfants. Si l’un d’entre eux se présente à vous avec une fièvre à 40°C, il vous semblera sans doute raisonnable d’adopter l’attitude suivante :

1) Vous lui donnez un bain à environ 2°C sous sa température corporelle, soit 38°C.

2) Vous lui administrez sans tarder un anti-pyrétique (ie contre la fièvre).

3) Une fois sa situation stabilisée, vous réfléchissez au fait qu’il n’était sans doute pas très prudent de l’envoyer à l’école en espadrilles (exemple purement imaginaire) quand il fait -5° dehors.

Si vous ne démontrez pas une telle volonté parentale (ou grand parentale) de soulager votre (petit)-enfant, vous risquez la convulsion hyper pyrétique et il est, vous en conviendrez, de mon devoir de dénoncer ce comportement irresponsable (au sens étymologique).

Allez, maintenant on reprend toutes les cartes mais, comme dans le jeu des 7 familles, on change de thème.

Tous les rapports récents publiés en France et au sein de la commission européenne s’accordent pour diagnostiquer un état fiévreux (pour ne pas dire fébrile) du système de recherche (et de l’université) français. Que faites-vous ?

1) Après de longs mois de silence, vous décidez finalement le dégel (le terme est parfait dans cet exemple non ?) des crédits bloqués au cours des années 2002 et 2003. C’est un début et l’on se sent déjà un peu mieux. Mais….

2) Vous nous proposez d’attendre 2005 pour envisager de nouvelles mesures budgétaires. C’est criminel. Rappelez-vous, les anti-pyrétiques c’est tout de suite. Le maintien de 550 postes de jeunes chercheurs statutaires en 2004 représentent déjà sans doute une posologie à minima en deçà de laquelle l’effet thérapeutique serait nul.

3) Vous proposez de réfléchir sur les causes du mal avant que la fièvre tombe. J’attire votre attention sur le fait que la question des espadrilles évoquées plus haut risque d’être caduque si votre (petit)-enfant succombe à sa fièvre.

Il me semble que dans ce scénario, vous ne démontrez pas, Monsieur le Premier Ministre, une volonté politique (ou grande politique) de sauver notre système public de recherche et vous comprendrez qu’il est de notre devoir de citoyens responsables (toujours au sens étymologique) d’alerter nos congénères, nos voisins, et vous-même de cette attitude dangereuse.

La démission historique des Directeurs de laboratoires et chefs d’équipe, si elle avait lieu mardi prochain, serait un nième et ultime cri d’alarme. Entendez-le avant qu’il ne soit trop tard et alors, nous réfléchirons ensemble, au cours des Etats Généraux de la recherche que nous mettons en place, à la meilleure façon de chausser un enfant qui part à l’école par -5°C pour lui éviter de prendre froid…..