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Les chercheurs ont-ils le droit de chercher où est l’argent ?

Par Virasolvy André, le 8 mars 2004

André Virasolvy citoyen chercheur sur les problèmes socio-économiques

Dans notre société, comme chacun d’entre nous, les chercheurs ont besoin d’argent pour vivre. Ils en ont également besoin pour faire évoluer leurs recherches en recevant les moyens d’améliorer leurs conditions de travail, sous forme de locaux, laboratoires, matériels, documents, etc. Ces moyens devraient normalement progresser en fonction des progrès techniques et scientifiques, puisque cela entraîne un enrichissement collectif qui devrait bénéficier à tout le monde. Bien que certains chercheurs soient soumis à des évaluations périodiques, il est clair que l’organisation de la recherche publique ne les oblige pas forcément à des obligations de résultats financiers, moyen de mesurer une forme d’enrichissement basée sur l’argent. Pourtant, nul ne peut nier qu’ils participent indirectement à cet enrichissement par l’intermédiaire d’entreprises privées qui exploitent des résultats de leurs recherches dans différentes applications. Dans ces conditions, il faut bien admettre que la progression du nombre de chercheurs est une nécessité incontestable.

Dans notre système économique actuel fondé sur l’inégalité des droits, les dirigeants, qu’ils soient à la tête de l’Etat ou des entreprises ont la fâcheuse habitude de dire continuellement qu’ils n’ont pas d’argent pour revaloriser les salaires, investir dans la santé publique, dans l’éducation nationale, dans le logement, dans les transports collectifs, dans la recherche, dans l’administration judiciaire, etc. et surtout dans la création d’emplois, seul moyen de faire reculer le chômage et la misère. Pourtant, notre société devient de plus en plus riche, et n’importe lequel d’entre nous est en droit de se demander où est l’argent ?

Poser la question, c’est déjà commencer à y répondre nous dit un vieil adage, alors cherchons ! A bien réfléchir, sur l’argent, l’éducation nationale n’a jamais enseigné comment il se créait, se répartissait, circulait et s’accumulait, car il s’accumule forcément quelque part, puisque tous ceux qui ont la responsabilité de le gérer et de le répartir ne cessent de répéter qu’ils n’en ont jamais assez. Résultat, déficit croissant de l’Etat, trou de la sécurité sociale, financement incertain des retraites, diminution ou suppression des allocations chômage, faillites d’entreprises, progression de l’endettement et de l’appauvrissement des ménages, et finalement dégradation progressive de la société. Tout cela, parce que personne ne cherche à savoir où est l’argent ?

Pour sortir de cet engrenage infernal de la dégradation, chacune des personnalités politiques se contente de nous dire : votez pour moi et tout ira mieux. Si les politiques avaient les capacités de rechercher où est l’argent et de trouver la solution pour arrêter la dégradation sociale, cela se saurait depuis longtemps. Il est donc inutile de compter sur eux pour résoudre les problèmes d’argent, donc de société. C’est donc à nous tous, de nous poser la question - à quoi ça sert l’argent et où est-il ? Les plus perspicaces répondront qu’il représente une unité de mesure conventionnelle inventée par l’homme, et que ce moyen de mesure est nécessaire pour donner une valeur à toute chose et faciliter les échanges en circulant continuellement. Sans argent, c’est le troc avec d’arbitraires évaluations, et pas de commerce équitable. De ce fait, tout échange conventionnel entraîne la création automatique de l’argent et une fois créé, il ne peut plus disparaître. Lorsque l’un le dépense, un autre le reçoit. Cette observation oblige à approfondir la réflexion. Dans l’organisation de la nature, il n’y a pas que l’argent qui circule en réalisant des échanges ce qui permet d’effectuer des mesures et d’établir des comptes. Il y a les vents, l’eau, et bien sûr le sang dans notre organisme qui conditionne notre existence. Poursuivons la réflexion sur la circulation du sang.

Dans l’organisme d’un être humain adulte, il y a environ 6 litres de sang qui circule continuellement. En 1 heure au niveau du c ?ur, il passe environ 250 litres de sang, en 1 jour 6.000, et sur un an 2.190.000 l. En multipliant les comptages et le nombre de comptes, cerveau, reins, foie, etc. nous obtenons une progression infinie des chiffres, mais cela ne changera jamais la réalité des 6 litres de sang qui sont suffisants pour assurer le bon fonctionnement d’un organisme humain.

A ce jour, en France, 5 milliards d’euros suffisent au bon fonctionnement de l’économie. Cela procure en moyenne, un pouvoir d’achat de 83,3 euros par jour pour chacun des 60 millions de Français, soit sur un mois, 2.499 euros et pour une famille de 4 personnes 9.996 euros ou, 65.569 F de pouvoir d’achat par mois. Ce bon fonctionnement de l’économie est possible à condition que ces 5 milliards d’euros restent dans les circuits de l’économie en circulant chaque jour. Il est évident que ces 5 milliards en circulation apparaîtront sur les comptes pour 150 milliards sur 1 mois et sur l’année, 1.825 milliards d’euros ou, 11.971 milliards de Francs. Ces chiffres ne seront que les résultats de 5 milliards d’euros en circulation continuelle pour réaliser les échanges économiques. Les dirigeants nous rabâchent qu’il n’y a pas d’argent, qu’il faut réduire les dépenses, que le coût du travail est trop élevé, que dans les autres pays cela va beaucoup mieux qu’en France, qu’il est nécessaire de délocaliser les entreprises et que les jeunes chercheurs doivent aller à l’étranger pour exercer leurs talents. Mais nous ne sommes pas obligés de croire ces balivernes. Au contraire, nous sommes en droit à pallier leurs déficiences en nous posant des questions élémentaires. Pourquoi l’argent s’échappe-t-il des circuits de l’économie et où va-t-il ?

Nous sommes dans un système économique fondé sur des droits inégaux institués par le pouvoir politique. Que ce soit dans ce système ou dans un autre, le développement d’une société implique de produire continuellement des biens, produits et services nécessaires à notre existence, puis de leur donner une valeur et de les échanger à l’aide de l’argent. L’argent est donc obligé de venir continuellement régénérer sa valeur, sous la forme de résultat du travail dans l’entreprise. L’important c’est le travail, et l’argent ne sert qu’à donner une valeur marchande aux résultats du travail. Du fait que les dirigeants des entreprises peuvent légalement exercer des droits inégaux sur l’argent qui résulte du travail collectif, les plus pervers ne cessent de retirer l’argent des circuits économiques pour l’accumuler et le placer dans la finance, pour en obtenir encore plus en bâtissant des empires financiers. Ce comportement démontre que ceux qui le pratiquent sont sous l’emprise de l’inégalité négative qui enchaîne les raisonnements à des conceptions erronées sur l’argent. Si l’on consulte la liste des plus grandes fortunes, on constate que ceux qui arrivent en tête détiennent plusieurs milliards, c’est à dire de quoi faire fonctionner l’économie française sans aucun problème. De plus, il faut savoir que certains jours, plus de 5 milliards s’échangent dans les différentes bourses financières de France, uniquement pour gagner de l’argent avec de l’argent en spéculant sur les cours, sans produire la moindre richesse. En réalité, nous ne manquons pas d’argent, et il y en a beaucoup plus qu’il n’en faut pour assurer une prospérité généralisée, mais cette évidence ne préoccupe nullement les chercheurs spécialisés sur ce sujet, et encore moins les dirigeants. Il est clair qu’ils sont sous l’emprise de l’inégalité des droits, et qu’en refusant de réfléchir sur la transformation des rapports économiques dans l’entreprise, ils nous dirigent vers le gouffre. Ils ne feront rien pour passer de l’inégalité à l’égalité des droits économiques, dans la répartition de l’enrichissement, et cette absence de réflexion a pour conséquence de perpétuer ces rapports économiques inégaux, ce qui provoque l’accroissement systématique des inégalités.

Pour libérer la société de cette emprise des droits inégaux qui entraînent une progression alarmante des déséquilibres socio-économiques, il faut commencer par mettre les droits inégaux institués en cause, et proposer à tous les travailleurs de revendiquer l’égalité des droits économiques sur les résultats de leur travail. Le jour où les salariés comprendront qu’ils font eux-mêmes leur tort en abandonnant le fruit de leur travail à leur employeur, les dirigeants intelligents commenceront à s’apercevoir qu’il est possible de bâtir une autre société qui assurera le plein emploi et fera disparaître les injustices. Il est important de constater qu’aucun candidat qui sollicite nos suffrages, même ceux d’extrême gauche, ne propose aux salariés d’agir pour obtenir l’égalité des droits économiques sur les résultats de leur travail. Cela signifie que quel que soit le candidat qui parviendra au pouvoir convoité, il n’y aura rien de changé pour les salariés, puisqu’ils continueront de subir les conséquences désastreuses des droits inégaux institués.

Reste à savoir comment réagiront les chercheurs en face d’une explication qui fait référence à une analogie entre la circulation du sang et la circulation de l’argent, pour savoir où est l’argent. Ceux qui désapprouveront cette explication auront-ils véritablement le droit et la liberté d’en rechercher une autre, pour enfin répondre convenablement à cette question. S’ils négligent de faire cette recherche, cela deviendra grave, et pour défendre leurs intérêts légitimes, leur appel ne devra plus se limiter à « Recherche en danger » mais s’étendre à « Humanité en danger », car il me semble que la situation des précaires, chômeurs ou exclus est beaucoup plus dramatique et dangereuse que celle de certains chercheurs qui savent où et comment placer leur argent.

André Virasolvy - Auto-éditeur du livre « Comment mettre fin à l’inégalité des droits ? » a-vira@easyconnect.fr