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Par Benjamin Boutrel

Les forces vives de la recherche américaine.

le 10 mars 2004

La mobilisation des jeunes chercheurs expatriés (principalement aux Etats Unis et en Allemagne à en croire les témoignages retenus dans les medias français) semble d’autant plus justifiée aujourd’hui que l’actualité médiatique les auréole sans pour autant expressément les nommer. S’il est bien compréhensible que nos hommes politiques ne percent dans l’opinion publique qu’au travers de leurs petites phrases, force est de reconnaître que tous ne brillent pas par la même aptitude rhétoricienne. J’en veux pour preuve la tentative de saillis médiatique d’un de notre sinistre (Devedjian pour le nommer) qui reflète bien tristement l’ignorance crasse de la droite française à l’encontre de notre corporation. Là où justement elle se veut jouer l’équité face au contribuable lamba en prétextant un dilettantisme franco-français, la droite conservatrice exprime ici l’étendue de son ignorance. Non, les chercheurs français ne gaspillent pas l’argent public en signant des pétitions inutiles. Non, les chercheurs français ne déméritent pas vis-à-vis de leurs confrères américains...

Si les chercheurs américains récoltent des prix Nobel, c’est justement que l’énergie de la jeunesse du monde entier vient se déverser dans leurs laboratoires. Seul les parlementaires les plus incultes en la matière peuvent avancer l’idée que les chercheurs américains sont des travailleurs acharnés, voire de brillantissimes têtes pensantes, qui publient leurs résultats à la seule force de leur géniale réflexion. Que ce soit dit une fois pour toute, les pontes américains sont des managers, qui se battent pour récolter des fonds tout autant qu’ils se battent pour imposer leurs idées. Et dans cette magnifique démocratie, le meilleur moyen d’imposer ses idées reste encore de bloquer le financement de ses adversaires. Tel est leur but pour la plupart, et pareille aspiration ne s’accommode que très rarement d’un travail de paillasse acharné …

La recherche américaine se repose sur une population docile de jeunes chercheurs qui profitent de moyens matériels confortables pour étayer leurs hypothèses de travail. L’association symbiotique labo américain-jeunes post-doc n’a de sens que si le jeune chercheur peut rentrer dans son pays d’origine et lui faire bénéficier de l’accroissement de son domaine d’expertise comme de l’élargissement de son réseau de connaissance. Le collectif Sauvons la recherche s’insurge, à juste titre, contre une réalité absurde, l’excellence de la formation française ne profite pas au rayonnement scientifique du pays, mais au contraire creuse l’écart par rapport à une recherche outre-atlantique que l’on veut bien lui comparer. L’adhésion du grand public, abasourdi devant pareil constat, se veut l’écho du profond sentiment de révolte citoyenne ; il est temps que la France jouisse de l’aura scientifique qu’elle mérite, il est temps que l’investissement du contribuable français se traduise par des retombées significatives, que même nos parlementaires les plus (abs)cons ne pourront réfuter. En un mot, il est grand temps de ramener nos jeunes chercheurs en France afin que leurs efforts ne profitent à personne d’autre qu’à eux-mêmes … Pour connaître le fonctionnement du plus gros institut privé de recherche aux Etats Unis (www.scripps.edu), je peux dire que la plupart des jeunes chercheurs américains ne brillent pas par l’étendu de leur connaissance, ni par la pertinence de leur raisonnement. Bien au contraire, et pour une raison simple, la médecine et le droit sont garants de revenus bien plus confortables, et l’industrie privée propose des salaires mirifiques. De faite, la recherche scientifique n’ameute pas les foules, et les jeunes chercheurs les plus prometteurs effectuent des post-doc de 3 à 5 ans dans la recherche académique dans le seul but de se faire recruter par la suite afin d’arrondir grassement leur fin de mois.

Certes, il y a de brillants mandarins aux Etats-Unis, certes, leur relève est assurée, mais la pérennité de leur activité repose bien davantage sur l’effort et la réflexion des jeunes chercheurs du monde entier que sur leur seule aptitude à trouver de l’argent et à élaborer des concepts novateurs. Donnez-lui de l’argent, mais privez-la de mains d’œuvre étrangère, et la recherche américaine plongera dans les abîmes de la « récession scientifique » …