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Accueil / Des témoignages / Un beau métier

Un beau métier

Par Giuliani, le 10 mars 2004

On dit de la recherche europeenne qu’elle se vend mal, et qu’au bout du compte elle n’a que ce qu’elle merite. Je voudrais la proteger, prendre sa defence en combattant cette idee recue. Ayant travaille en Belgique, en France et enfin en Allemagne, je centrerai mon propos sur une valeur universelle dans le metier : l’amour des recherches rondement menees.

Je suis donc actuellement chercheur au DLR de Cologne. C’est un gros centre allemand de recherche aeronautique et aerospatiale ou plus de 4000 personnes travaillent sur le site, situé sur la rive droite du Rhin, au sud de l’aeroport. Mon bureau donne sur un parc tres boise, tres vert. J’ai aussi vue sur mon laboratoire, situe dans le batiment d’en face ou je me rends en moyenne une fois par jour.

Dans ce labo, il y a du materiel en pagaille, un gros bazar. En hiver il y fait un peu froid. C’est assez poussiereux, et ca pue le kerozene. C’est normal, c’est une installation faite pour analyser l’injection de carburant dans les chambres de combustion de moteur d’avion.

Trois personnes sont directement impliquees dans le labo : il s’agit d’un etudiant en cours d’etudes d’ingenieur, d’un doctorant, et de moi-meme qui en suis "le responsable". Ensuite, il y a l’equipe technique, qui se charge de l’infrastructure (des kilometres de tuyaux, de vannes, de cables en tous genres etc.) ou bien des fournitures. Enfin, il y a ma division, mes collegues et ma hierachie dont je beneficie du conseil, de l’experience, du coup de main voire meme du soutien moral. Le noyeau dur de mon cercle de travail est donc constitue au bas mot d’une trentaine de personnes.

Que fait-on dans ce labo ? L’essentiel du temps : rien. Rien qui en ressorte, du moins. Pour nous, c’est des heures, des jours a faire en sorte qu’un laser passe par la ou l’on veut qu’il passe, ou bien a faire marcher un instrument quelconque qui jusqu’ici marchait mais qui ne veut plus marcher. On va dire qu’avec de l’experience et de la philosophie, 5 pour cent du temps en laboratoire est productif.

Tout ca pourquoi ? Pour comprendre dans mon cas comment faire pour "optimiser" le phenomene d’atomisation de kerosene dans les turbines. Avec en toile de fond les problemes d’environnement et l’epuisement des ressources (les phobies du scientifique) et les contraintes economiques (le sourire de l’industriel).

Une fois passes l’essentiel des 95 pour cent de temps de preparation, on se leve de bonne heure pour faire les experiences le matin, et un depouillement rapide des donnees l’apres-midi pour s’assurer "qu’elles sont bonnes". Il y a des journees pourries ou tout foire. Tel truc a lache. Une souris est alle dormir dans la veine d’essais, et qui meme si elle n’a pas trop souffert et qu’on l’a bien cuite a quand meme bouche la conduite (veridique). Mais il y a la carotte : les 5 pour cent qu’on obtient au cours des "bonnes" journees !

Pour obtenir ces donnees, c’est tout un art, et pour les faire parler aussi. Et c’est ca mon metier. Et c’est un metier que j’aime, tout simplement.

La, je vous ai raconte des histoires de conduites dans lesquelles on se cogne parfois. Les gens qui travaillent sur ordinateur, les gens qui puisent leurs donnees dans des archives ou ceux qui parcourent des kilometres de terrain vous le diront : il y a une vraie passion dans le metier de la recherche, quelle qu’elle soit.

En conclusion je crois sincerement, en toute modestie, que nous autres chercheurs sommes tout simplement indispensables. Pourvu que ceux qui ont droit de vie et de mort sur la recherche s’en rendent compte, et vite.

Fabrice Giuliani

PS : Je suis tenu de rajouter la phrase suivante "Ces propos n’engagent que l’auteur et ne refletent pas necessairement la politique du laboratoire."