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Discours d’Alain Trautmann lors de l’Assemblée Générale du 9 mars 2004

le 10 mars 2004

Chers Collègues,

Je pense traduire un sentiment assez général en disant que nous ressentons aujourd’hui un sentiment mêlé de fierté et d’un peu d’inquiétude. De fierté devant le chemin parcouru ensemble ces dernières semaines. D’inquiétude en nous demandant : allons-nous être à la hauteur de la situation ? Les évènements sont allés si vite ces dernières semaines qu’il est nécessaire de faire d’abord tranquillement le point.

Cela fait des années que nous savons tous que le système de recherche français ne fonctionne pas comme il le devrait. Nous déplorons les lourdeurs administratives auxquelles nous avons à faire face, nous n’approuvons pas le pilotage excessif, la multiplicité des pilotes et leur instabilité, nous constatons que les moyens dont nous disposons ont stagné, se sont érodés, au même moment ou ceux offerts à certains de nos collègues et compétiteurs à l’étranger ne cessaient de progresser. Ces difficultés étaient déjà très sensibles sous le gouvernement précédent, mais ils ont pris un tour catastrophique avec le gouvernement actuel.

L’année 2003 a été pour la recherche française une année noire. Les mesures prises fin 2003, en particulier pour l’emploi des jeunes, devenaient insupportables. Et pourtant nous étions encore comme des agneaux que l’on mène à l’abattoir. Nous protestions vaguement, faiblement, tout en courbant l’échine. Et nos concitoyens s’en moquaient éperdument, chacun ses problèmes. Mais le gouvernement est allé trop loin, jusqu’à en être humiliant. Il a eu tort. Nous nous sommes redressés et nous avons dit : ça suffit !

Nous pouvons être fiers du chemin parcouru ensemble depuis deux mois. Il y a d’abord eu l’appel "Sauvons la Recherche". C’est un texte qui a des imperfections et des lacunes. Mais globalement c’est un très bon texte, dont la qualité vient de ce qu’il a été élaboré sur plus de 10 jours par de nombreux chercheurs. Il a été, discuté, corrigé, poli. C’est un beau travail collectif. Ce fut le premier des travaux du Collectif.

L’analyse était juste, restait à trouver un moyen de pression. N’étant ni camionneurs ni buralistes, nous avons imaginé de mettre dans la balance une prise de risque personnelle par les directeurs de labo signataires de l’appel. Les premiers démissionnaires ont pris des risques indéniables, à la mesure du désespoir qu’ils traduisaient. Lorsqu’ils n’étaient que quelques dizaines, qui n’étaient pas du tout certains d’être rejoints par des milliers d’autres pétitionnaires, ils prenaient le risque d’être bien seuls, quelques semaines plus tard, à devoir démissionner devant un pouvoir intransigeant qui avait réussi à mater bien d’autres luttes dans les mois précédents. Ceux-là risquaient réellement de perdre leur poste de direction.

Et puis il s’est passé quelque chose que personne ne pouvait prévoir, quelque chose qui a dépassé nos espérances. Les labos se sont soudés, et l’analyse proposée a été partagée par l’immense majorité de ceux qui travaillaient dans les laboratoires, qu’ils soient chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, qu’ils soient jeunes doctorants ou directeurs de labo grisonnants. Et puis les médias sont entrés dans la danse. Ils ont puissamment relayé nos inquiétudes et nos demandes. Des comités locaux se sont créés, qui se sont mis à prendre leur propres initiatives locales, tout en utilisant abondamment Internet pour échanger leurs expériences, leurs interrogations. Dans l’opinion publique, l’image du chercheur un peu savant Cosinus, les pieds pas vraiment sur terre, a changé elle aussi. Nos concitoyens ont vu dans la rue des centaines de chercheurs de tous les âges. Ils ont vu ces jeunes en colère qui leur parlaient, qui leur faisaient signer des pétitions, qui leur expliquaient leur désespoir devant un avenir bouché. Ils les ont vus faire des die-in, c’est à dire des moments où, sur une place bien choisie, tous se couchent par terre, restent quelques minutes immobiles et silencieux comme des cadavres. Puis se redresser, faire sonner les tambours, rebaptiser la station Pasteur La Rage. Ils ont vu et presque toucher du doigt que la recherche n’était pas une activité de savants poussiéreux, mais aussi celle d’une partie de la jeunesse de ce pays. Le résultat de ce bouillonnement, on le voit dans le sondage paru ce matin dans la Croix : 77% des Français trouvent qe le gvt n’en fait pas assez, et même 73% de électeurs de droite pensent ainsi !

Rien que pour cela, pour ce changement de l’image de la recherche que nous avons réussi à faire passer en quelques semaines, nous pouvons être fiers, car elle augure bien de la suite.

Grâce à tous ces efforts, en plus de cette nouvelle image de la recherche, qu’avons-nous obtenu ? D’abord, un changement de discours du gouvernement. Début janvier, Claudie Haigneré considérait que notre mouvement était décalé, et JP Raffarin nous disait de ne pas nous inquiéter, que tout allait bien puisque Jacques Chirac considérait la recherche comme une priorité nationale, et qu’en 2010, 3% du PIB y serait consacré. Chacune des déclarations lénifiantes d’un membre du gouvernement a provoqué une flambée immédiate du nombre de signataires de l’appel "Sauvons la Recherche", au point qu’il leur a bien fallu changer de discours, et Claudie Haigneré considérait encore hier soir que nos inquiétudes étaient légitimes.

Mais je repose la question : qu’avons-nous obtenu de concret ? Nous avons gagné le fait qu’une partie des crédits 2002 qui auraient dû être versés en 2005 devraient l’être dès cette année. Après bien des hésitations, le gvt a fini par reconnaitre que cette somme nous était bien due et devait être versée au plus tôt. Ce n’est encore qu’un engagement, sans date de versement effectif. Si c’est en novembre 2004, ce sera exactement comme si c’était en 2005.

Nous avons également obtenu le déblocage de 120 emplois statutaires, ingénieurs et chercheurs, dont 35 pour l’Inserm et 50 pour le CNRS (on ne sait pas où iront les 35 restants). Ces 120 postes ne sont pas rien. En particulier, pour l’Inserm, cela permet de faire passer le nombre de postes au concours des chargés de recherche de 30 à 65. Il faut souligner que ces 35 postes à l’Inserm n’ont pas été généreusement offerts par le gvt ni par C Bréchot. Ils n’ont pas non plus été obtenus par la seule action des directeurs de labo Inserm. Ils ont été arrachés par la lutte de milliers de personnes travaillant dans tous les secteurs de la recherche, que ce soit à à l’Université, à l’Inserm, au CNRS, ou dans d’autres organismes. Ces 35 postes à l’Inserm, que l’on peut considérer comme acquis, ne peuvent être considérés isolément mais uniquement dans une perspective plus générale.

Je rappelle que c’est la première fois depuis la Libération que l’on assiste à une baisse de l’emploi statutaire dans la recherche. La baisse initiale portait sur 550 postes, elles concerne maintenant 430 postes. Cela reste une baisse très nette, qui risque fort de s’accentuer dans les années qui viennent, c’est à dire dans une période où l’on sait qu’une augmentation globale de l’effort de recherche est absolument indispensable, y compris en termes de postes. Dans la réponse qui nous est faite, l’orientation indiquée par le gvt est clairement celle d’une recherche où, à terme, l’essentiel de l’emploi serait précaire. Nous sommes tous favorables, je pense, à une augmentation des propositions de CDDs pour des post-docs. Mais il ne faut pas se leurrer, les organismes de recherche comme le CNRS, qui contribuent à garder un certain nombre de jeunes brillants en France malgré des salaires peu attractifs, qui attire aussi un nombre croissant de jeunes chercheurs étrangers, qui fait en sorte qu’il soit plus facile à des femmes d’être à la fois chercheuses et mères que dans tous les autres pays, et ce, avant 39 ans, si possible, ce système est dans la ligne de mire du gvt actuel. Cette intention se traduit de façon très claire par sa réticence à répondre plus franchement à nos demandes.

Quant à notre demande concernant la création de postes à l’Université, elle est restée sans réponse. Cela signifie que le gvt envisage d’augmenter l’offre d’enseignement (liée en particulier à la réforme LMD) à effectifs d’enseignants-chercheurs constants, c’està dire, avec une charge d’enseignement individuelle accrue. Une des questions auxquelles nous devons répondre aujourd’hui est de savoir si nous considérons les réponses gouvernementales comme satisfaisantes, c’est à dire si nous approuvons ou non la tendance forte à la diminution de l’emploi statutaire dans les organismes et à l’alourdissement des charges d’enseignement à l’Université.

Nous avons aussi obtenu que se tiennent dans les mois qui viennent des Etats Généraux de la Recherche. Nous les avions inscrits dans nos priorités dès le début, dans le texte de l’appel "Sauvons la Recherche". Le gvt s’est apparemment rallié à cette idée. En réalité, tout en affichant sa volonté de lancer un tel débat, le gvt a balancé une ... peau de banane sous nos pieds en annonçant ses propres Assises Nationales, en parallèle avec nos Etats Généraux. Comme il était plus que probable que la loi de programmation se serait inspirée des conclusions des Assises gvtales et non pas de celles de nos Etats Généraux, ces Assises parallèles constituaient une opération de sabotage des Etats Généraux. L’initiative d’Etienne Baulieu et Edouard Brézin, proposant que ce soit eux qui prennent l’initiative de ces Etats Généraux avec un comité dans lequel le Collectif "Sauvons la Recherche" serait largement représenté a permis un extraordinaire retournement de situation où un seul débat devenait possible, dans lequel nous pourrions largement nous faire entendre et avancer nos propositions.

Voilà où nous en sommes. Après deux mois de lutte, un changement d’image majeur pour la recherche en France, une réponse gouvernementale réelle, mais très insuffisante, et qui ne dissipe absolument pas nos inquitéudes pour l’avenir, car nous sentons bien qu’il est parfaitement possible à ce gvt de reprendre bientôt d’une main ce qu’il lui faut aujourd’hui lâcher de l’autre.

Nous sommes là en grande partie pour répondre à cette question grave : allons-nous démissionner de nos fonctions administratives ? Et si nous démissionnons, que va-t-il se passer après ? N’allons-nous pas déclencher un cataclysme, qui mettra le système de recherche encore plus à mal qu’il n’est aujourd’hui ? Est-ce que la démission n’est pas une attitude irresponsable, car, en général, un responsable ne devrait pas démissionner lorsque la situation est difficile, n’est-ce pas ?

Laissez-moi vous répondre comme ceci. Je ressens un souffle puissant, un grand mouvement, qui commence avec ces deux mois de lutte et qui continue avec les Etats Généraux qui vont s’ouvrir et durer pendant peut-être 6 mois. Je sens ce souffle, cette continuité entre la mobilisation contre une politique insupportable, et la mobilisation pour travailler à faire les analyses nécessaires et des propositions pour l’avenir. Nous savons déjà ce qui va se passer cet automne : nous remettrons au gouvernement des recommandations fortes sur ce que devrait être la place de la recherche dans notre société pour les 5 ou 10 ans à venir, sur les moyens globaux qu’il faudrait y affecter, dans le cadre d’un plan pluriannuel.

Nous ferons des propositions pour que beaucoup plus de souplesse puisse être introduite dans les fonctions qu’une même personne pourra remplir au cours de sa carrière, pour que, tout en restant dans la fonction publique, on ne soit pas nécessairement chercheur à vie ou enseignant-chercheur à vie, mais qu’on puisse évoluer, y compris vers des fonctions d’ingénieur ou d’administratif. Nous proposerons donc d’introduire dans l’emploi une souplesse qui ne rime pas avec précarité. Il faudra que cela se fasse grâce à un système d’évaluation exigeant et transparent. Nous ferons des propositions pour que la recherche européenne puisse être réappopriée par les chercheurs et ne reste pas contrôlée par un maquis administratif opaque, parlant une langue que nous ne comprenons pas. Nous travaillerons pour trouver les conditions qui feront que la recherche privée ait envie de s’établir autour de forts pôles de recherche publique en France, au lieu d’aller se délocaliser aux USA. La liste de tels travaux n’est pas close.

Il importe non seulement de réfléchir à ces propositions, mais aux conditions qui feront que ces propositions puissent être prises en compte dans un texte de loi de programmation et un plan pluriannuel. Une des conditions consiste à ce que le Parlement y soit associé dès que posssible. C’est pour cela que nous avons demandé et obtenu le parrainage de l’OPECST. Une autre condition sera d’obtenir le meileur rapport de forces possible. Cela veut dire maintenir une mobilisation de la communauté scientifique, et autour d’elle, de nos concitoyens, pour faire en sorte que notre discours ne puisse être ignoré. C’est ainsi que doit s’établir une continuité entre la mobilisation actuelle contre la politique gvtale sur la recherche, et la mobilisation pour le chantier qui s’ouvre.

Je souhaiterais vous faire partager le sentiment que j’ai, de ce souffle puissant qui est né au cours de ces deux mois, et doit continuer à souffler dans les mois qui viennent, en associant un maximum d’acteurs possibles, qu’ils soient dans le monde de la recherche ou autour de ce monde, et que dans les labos il s’agisse de signataires de l’appel ou de non signataires qui partagent nos analyses. Si nous voulons arriver à quelque chose, tous doivent se retrouver dans ce chantier. De ce point de vue, la démission des fonctions administratives ne constitue pas une fin, ni un arrêt. Elle constituent un passage obligé. Nous nous sommes engagés à démissionner si les réponses gvtales n’étaient pas satisfaisantes. Comme elles ne le sont pas, ni dans leur réalité, ni dans les intentions affichées, nous n’avons pas d’autre choix que de tenir parole.

On me dira : mais la démission comporte des risques importants, est-ce bien raisonnable de les encourir, alors que nous avons obtenu des résultats ? Je dis que le risque principal, aujourd’hui, est de faire éclater la solidarité entre les différents secteurs de la recherche, entre les jeunes hors-statut et ceux qui ont un emploi statutaire. Ne pas tenir notre parole serait à tous les coups perçu par les plus jeunes comme un abandon, pour ne pas dire pis. Ce sentiment aurait des conséquences désastreuses aussi bien pour le travail ordinaire dans les laboratoires que pour la préparation des Etats Généraux et pour le travail sur les réformes que nous souhaitons continuer à élaborer.

On insistera encore en disant : mais la démission comporte tout de même des risques sérieux ! J’ai dit tout à l’heure que les premiers démissionnaires avaient en effet pris des risques réels. Et puis est arrivé cette situation historiquement unique, de la démission annoncée de centaines de directeurs de labo, une situation que les directions des organismes n’ont jamais eu à gérer auparavant. Ces directions ont annoncé qu’elles ne les gèreraient pas au cas par cas, mais collectivement. La seule interprétation raisonnable de cette position est le refus des démissions. En effet, la mise en place de centaines de directeurs intérimaires parait impossible, d’abord parce qu’elle ne constituerait plus une réponse globale, à laquelle les directeurs d’organismes se sont engagés. Ensuite, ces directeurs intérimaires, s’ils étaient très laborieusement trouvés, auraient le plus grand mal à exercer leurs fonctions dans le climat de mobilisation actuel. Par ailleurs, aucun directeur d’organisme responsable ne pourra prendre la décision de fermer des centaines de laboratoires (ce qui aurait été le cas si les démissions étaient acceptées, sans intérim). Le refus de démission est donc hautement probable, et la démission simple sans conséquence immédiate.

Mais, me dira-t-on, s’il n’y a pas de conséquence immédiate de ces démissions, que ferons-nous demain ? N’aurons-nous pas l’air un peu ridicules ? D’abord on n’est pas ridicule quand on tient un engagement. Ensuite, il faut se placer dans une double perspective. L’une d’entre elles, je l’ai déjà évoqué, est de se lancer dans ces Etats Généraux dans les meilleures conditions possibles, c’est à dire en ayant maintenu la cohésion des signataires de l’appel, et, je le répète, sans en exclure les non signataires (qui d’ailleurs, peuvent se joindre à nous et envoyer par courrier des lettres de démission dans les jours qui viennent). Ensuite, nous allons continuer à faire savoir que nous ne sommes pas satisfaits des réponses gvtales. Nous ne serons pas seuls à le faire savoir. Le 12 mars sera une journée d’action nationale de défense de l’enseignement et de la recherche. Je pense qu’il est important que nous y soyons largement présents. Les chercheurs ne sont pas très nombreux dans ce pays, mais ils ont appris ces dernières semaines à se faire entendre. L’imagination et la vitalité des jeunes chercheurs, les banderoles, les chants, les tambours et les mots d’ordre humoristiques seront dans la rue le 12 mars. Par ailleurs, dans les Universités, les étudiants comprennent de mieux en mieux les enjeux. Même ceux qui ne destinent pas à la recherche comprennent que s’ils souhaitent un enseignement du meilleur niveau, il faut que la recherche à l’Université soit également une recherche d’excellence. Quant aux sections du CNRS et aux commissions scientifiques de l’Inserm, elles ont décidé et mis en place une grève des évaluations qui va rapidement faire sentir ses effets.

Au nom du Collectif, j’appelle les laboratoires à se déclarer désormais labos en lutte, tant que la réponse gouvernementale ne sera pas plus satisfaisante. Etre un labo en lutte ne signifie pas arrêter tout travail : ce serait irréaliste et déraisonnable. Cela signifie multiplier des actions qui soient compatibles avec un certain maintien de l’activité de recherche. En particulier, nous appelons à couper toute relation avec le Ministère de la Recherche, par exemple à refuser toute évaluation des ACI. Nous devons continuer à faire signer la pétition, en étant visibles dans les rues. Je rappelle que lors de la journée Science en Berne du 3 mars à Paris, nous avons recueilli 36 000 signatures en un seul jour. Pour les Parisiens, faire un die-in tous les deux jours place du Panthéon et y faire signer la pétition entre midi et deux n’implique pas qu’on arrête de travailler, mais que l’on fait ce qu’il faut pour rappeler sans relâche au gvt que nous sommes mobilisés et déterminés. Je sais que les Strasbourgeois ont aussi prévu un rassemblement régulier sur la place Kléber ou sur une autre place.

J’annonce ici et je rappellerai dans la conférence de presse que le Collectif met une nouvelle date butoir le vendredi 19 mars. Si à cette date, le gouvernement n’a pas annoncé de propositions substantielles, nous organiserons à travers le pays une nouvelle journée d’action de soutien à la recherche. Nous y appellerons non seulement les chercheurs mais les citoyens qui soutiennent notre action. Par ailleurs, puisque nous nous situons toujours dans cette autre perspective de travail sur les Etats Généraux, nous proposons qu’une partie de la journée du 19 soit consacrée à des assemblées générales dans les laboratoires, consacrées à recueillir une première série de propositions pour les Etats Généraux, une synthèse de ces propositions devant ensuite être transmise aux membres du Collectif qui feront partie du Comité d’organisation de ces Etats Généraux.

Je pense avoir montré que, dans la situation actuelle, la démission de nos fonctions administratives constitue une décision réfléchie et responsable, qui constitue un moment dans un grand mouvement. Lorsqu’on analyse soigneusement la situation et les rapports de force, on constate que la démission ne signifiera pas la paralysie de nos laboratoires. Elle n’impliquera pas non plus que nous soyons ensuite désarmés.

La réponse que nous allons donner, elle est attendue par des milliers de collègues qui travaillent dans les les laboratoires que nous dirigeons, ou qui sont en post-doc à l’étranger. Elle est attendue par les dizaines de milliers de non-chercheurs qui ont signé la pétition citoyenne. Elle est attendue par les millions de français qui, selon le sondage paru aujourd’hui dans la Croix, considèrent que notre lutte est justifiée et que le gvt ne fait pas assez par la recherche. Cette réponse, elle est aussi attendue par les scientifiques étrangers qui ont signé une lettre de soutien aux objectifs de "Sauvons la Recherche", et en particulier par les collègues européens qui souhaitent voir se bâtir une recherche européenne plus forte, et espèrent que la lutte des chercheurs français permettra aussi de faire avancer la recherche européenne.

Loin d’arrêter un mouvement, elles permettront que ce mouvement continue. Loin d’être un cataclysme, ces démissions permettront de préserver l’avenir.