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(Nice-Matin) Les chercheurs dans la rue à Nice

le 10 mars 2004

Près de deux mille manifestants chercheurs, enseignants étudiants, techniciens et personnels administratifs mobilisés hier à Nice pour « sauver la recherche »

La journée d’hier a démarré par une manifestation massive des chercheurs à Paris et en province. Elle s’est achevée par une démission des directeurs d’unités en réponse au manque de moyens alloués à leurs labos. Retour sur ces 24 heures décisives qui ont marqué un tournant dans ce dossier qui oppose depuis des mois chercheurs et gouvernement.

« On n’est pas des manifestants dans l’âme, mais on n’a pas le choix car la recherche est en danger », rappelait hier matin Daniel Aberdam, directeur de recherches INSERM à Nice et signataire de la pétition « Sauvons la recherche », juste avant le départ du cortège massé devant la faculté des sciences de Valrose.

Directeurs d’unité, chefs de laboratoires, techniciens, agents administratifs, enseignants et étudiants : près de 2 000 manifestants disant leurs craintes sous couvert de slogans percutants. Entre autres, "non aux intermittents de la recherche", "plus de blouse, plus de flouz, que du blues".

Aux passants qui les interrogeaient en chemin, ils expliquaient : "on se bat pour votre santé". Entre Valrose et Masséna, ils ont récolté plus de 6 000 signatures de soutien.

550 postes et 20 M€ tout de suite

C’est un malaise, voire un désespoir qui a conduit les chercheurs à déserter leurs labos. " Pour savoir comment on va continuer. On aime notre métier, on n’a pas chômé pour y arriver mais on est épuisé de passer 30 % de notre temps à chercher de l’argent ". Au passage, ils consentent un mea culpa : « on est peutêtre resté trop longtemps passifs, ça fait dix ans que la situation se dégrade. Mais cette fois, c’est le coup de grâce". Ils l’ont répété hier : ils veulent 550 postes en plus et 20 millions d’euros tout de suite. Le ton se durcit : "Le Premier ministre ose parler de 3 milliards d’euros qui seront versés dans quelques années. Cette prise de position est insultante. On sait qu’il faut réformer la recherche publique. Mais ce que propose le gouvernement est inadmissible. On ne peut pas demander à des BAC + 10 d’être sur des CDD de 2 ans".

Des jeunes désespérés

"Il y a trois ans, j’avais plus de 300 étudiants, aujourd’hui, j’en ai entre 150 et 180. Beaucoup de ces jeunes sont tellement désespérés qu’ils quittent les filières", constate Laurent Counillon qui enseigne en Sciences de la vie à Nice. "Plusieurs de mes anciens étudiants, partis en postdoctorat à l’étranger, ont envoyé des mails disant qu’ils ne souhaitaient pas rentrer, alors qu’au départ, ils étaient plutôt motivés pour rester en France".

"Ici, on dépense 4 € par habitant et par an pour la recherche biomédicale, contre 8 € dans les autres pays d’Europe et aux USA", explique un chercheur. Un autre enfonce le clou : "En Suisse, quand il y a récession économique, on dépense plus d’argent pour la recherche".

A 13 heures hier, les premiers échos de l’Assemblée générale, réunissant à Paris 900 chercheurs, commençaient à circuler. Et le mot démission avec.

Isabelle BRETTE - Nice Matin

Vingt trois démissionnaires dans le département

Vingt trois des soixante directeurs de laboratoire du département vont démissionner de leurs fonctions administratives. Dont Patrick Auberger, directeur de l’unité INSERM 526.

"On ne signera plus de bons de commande, plus de papiers officiels, on ne recherchera plus de budgets extérieurs. A plus ou moins long terme, cela signifie la fermeture des laboratoires, ce qui est gravissime" , explique ce chercheur.

Les lettres de démission devraient parvenir à Paris avant la fin de la semaine. Mais encore fautil qu’elles soient acceptées par les directeurs de tutelle. « Si ce n’est pas le cas, le collectif risque de durcir le mouvement. On se bat pour obtenir des postes pour les jeunes chercheurs », rappelle Patrick Auberger.

"On nous annonce 5 000 postes de CDD à 5 ans, mais on ne sait pas quand, comment, ni dans quelles structures. Tout est trop vague".