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Appel du collectif des jeunes chercheurs pour fédérer les doctorants et post-doctorants

le 7 mai 2003

Sont actuellement représentés dans ce collectif des jeunes chercheurs issus de différents sites (Institut Cochin, Institut Pasteur, Institut Curie, Muséum d’Histoire Naturelle, Ecole Normale Supérieure, Saint-Louis)

Les récentes coupes budgétaires dans le financement de la recherche publique (décret n° 2003-226 du 14 mars 2003) ont soulevé une vive inquiétude des laboratoires de recherche, qui voient mal comment maintenir une recherche publique de qualité dans ce contexte.

Les doctorants et post-doctorants du collectif des jeunes chercheurs souhaitent inscrire leur mouvement de contestation dans un cadre plus large. En effet, cette nouvelle coupe de crédits, frappant par son ampleur malgré le récent recul gouvernemental, a révélé une volonté politique de privatisation de la recherche de notre pays : depuis plusieurs années, dans les budgets des laboratoires, la part des investissements privés ne cesse de croître tandis que celle des investissements publics diminue. Il est à craindre que ces décisions budgétaires ne soient pas simplement conjoncturelles mais marquent une ambition politique plus profonde. Ce désengagement de l’Etat va forcer plus avant nombre de laboratoires à se tourner vers les investisseurs privés et les associations caritatives pour survivre et maintenir leur niveau de recherche à l’aide de contrats. En conséquence, la recherche scientifique se thématisera inévitablement autour de pôles porteurs de marchés, étouffant progressivement toute possibilité d’une recherche publique libre, et à terme la Science dans notre pays. La Science, outil de liberté pour l’homme, s’exerce en effet par la recherche fondamentale, qui permet d’accroître les connaissances et la compréhension du monde, sans a priori. Cette recherche fondamentale est le terreau indispensable à une recherche appliquée de qualité. Une recherche libre et diversifiée est la garantie de l’indépendance intellectuelle de notre société. Témoin de cette orientation politique, le 6ème programme cadre de recherche et développement (PCRD) européen, dont l’un des objectifs est : « d’améliorer la propension à orienter la recherche vers des innovations utiles et valorisables commercialement » (page 9 du document http://europa.eu.int/comm/research/...).

Aujourd’hui, nous refusons cette logique de privatisation.

Le désengagement de l’état se traduit également au niveau des recrutements des chercheurs. L’accroissement du potentiel chercheurs a été nul entre 1991 et 1999, et la question des départs massifs à la retraite à l’horizon 2010 n’est pas réglée. C’est pourtant près de la moitié du potentiel humain qu’il faudra renouveler à cette date. Un rapport mandaté par le Commissariat Général au Plan et paru en avril 2001 intitulé « recherche et innovation : la France dans la compétition mondiale » fait état d’un vieillissement inquiétant de la recherche publique et met en garde sur le fait que « la simple correction des équilibres démographiques à venir par le seul jeu des remplacements des départs à la retraite risque d’hypothéquer à terme la qualité de l’appareil scientifique national ». Ce manque de recrutement est à mettre en parallèle avec le poids des doctorants et post-doctorants dans l’effort de recherche (48% de la recherche selon l’Observatoire des Sciences et des Techniques). Chacun doit alors s’interroger sur cette situation dans laquelle la recherche publique sait avoir besoin de nous en tant que « chercheur intérimaire », sans se donner les moyens de nous recruter par la suite et d’assurer ainsi sa pérennité.

Le désengagement de l’Etat touche directement les doctorants (BAC +5) et post-doctorants (à partir de BAC +8), qui représentent plus du tiers du personnel des laboratoires. Ils sont confrontés à une situation précaire à plusieurs titres :

SMIC pour 75% des doctorants rémunérés (Biologie). Choquante en soi, cette situation est encore pire dans d’autres disciplines.

Financements courts et aléatoires pour les post-doctorants : contrats allant de 2 à 24 mois, la majorité sous forme de bourses n’offrant aucune protection sociale, ce qui constitue un travail au noir légalisé. Perspectives d’emploi inexistantes : 4 ans après leur thèse, 39% des jeunes docteurs formés dans les laboratoires de l’INSERM sont sans emploi (source INSERM). Ils n’ont alors souvent pas accès au chômage, n’ayant pas cotisé durant leur précédent contrat.

Face à cette situation, il n’est pas étonnant que les jeunes générations se refusent à entreprendre des études scientifiques, et encore moins doctorales, ou décident d’exiler leur savoir.

Nous réclamons donc :

1-Un plan pluriannuel du ministère exposant clairement les orientations de la politique de recherche en France à court et à long terme. Cet exposé devrait apporter une transparence sur les questions suivantes :

Liberté de la recherche : thématisation de la recherche ou liberté préservée. Financement de la recherche publique : les évolutions budgétaires souhaitées. Recrutement et statuts des personnels de recherche.

2-La création d’un statut pour tous les doctorants et post-doctorants. Ce statut leur permettrait : de cotiser à l’assurance chômage, afin d’être couvert en fin de contrat, de cotiser pour les retraites, leurs études s’allongeant et la durée de cotisation aussi, d’être reconnus et recensés, leur raison sociale étant souvent peu lisible.

3-Une politique de recrutement à même d’augmenter les effectifs et de redynamiser les laboratoires.

4-Un budget permettant aux équipes qui le désirent de réaliser une recherche fondamentale en toute autonomie, et de garantir la pérennité du haut niveau scientifique de la recherche publique.

Nous proposons de venir débattre, partout où cela est possible, de la place que la société veut donner à une Recherche Libre. Nous considérons que la transmission de nos savoirs est une de nos obligations, et nous nous mettons à disposition des citoyens pour restituer à tous les acquis de la recherche. Nous appelons les doctorants et post-doctorants à se fédérer sur leur lieu de travail, à entamer une réflexion sur la situation actuelle de la recherche publique en France, à partager leurs expériences, toutes disciplines confondues, et enfin, à réagir et proposer des solutions pour remédier à cet état de fait. Nous les engageons à informer les citoyens autour d’eux, les politiques, et les médias, pour que chacun comprenne l’intérêt d’une recherche publique libre, forte, et dynamique.

Le collectif des jeunes chercheurs.

NOUS VOUS APPELONS A NOUS REJOINDRE !

POUR NOUS CONTACTER : doctorantspostdocs@free.fr