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Compte-rendu de la réunion du 23 mars 2004

Avec B. Larrouturou et les directeurs démissionnaires du CNRS

le 24 mars 2004

Le 23 mars a eu lieu dans le grand amphithéâtre, bondé, du Collège de France, une réunion réunissant plusieurs centaines de directeurs de laboratoire démissionnaires et Bernard Larrouturou, Directeur Général du CNRS, entouré des directeurs de départements du CNRS.

Pour la direction du CNRS, seul B. Larrouturou a pris la parole. Côté directeurs, une vingtaine de directeurs se sont exprimés, la position de SLR étant très clairement exposée dans plusieurs interventions de Francis-André Wollman (FAW). Après quelques phrases d’introduction, B. Larrouturou a laissé la parole à la salle.

FAW souligne alors la profondeur de la crise, l’importance de la frustration du monde de la recherche, qui s’est traduite en particulier par le nombre de manifestants le 19 mars (environ deux fois plus que le 9 mars), et l’intensité de la mobilisation des expatriés, qui se sont manifestés dans une cinquantaine de villes sur les cinq continents. Il remet symboliquement à B. Larrouturou deux grandes photos de groupes d’expatriés. FAW s’adresse au collègue scientifique qu’est B. Larrouturou, et lui dit ce que nous attendons de lui : qu’il se positionne aux côtés de ses collègues, et qu’il relaie nos demandes auprès des autorités.

Le débat est donc d’emblée placé sur le terrain d’un appel à prendre position sur les demandes de SLR, et non sur celui de la démission et de ses conséquences. Après plusieurs autres interventions, B. Larrouturou répond une première fois.

Il dit qu’il se sent coincé, ce qui explique "une certaine absence de position jusque là". Il souligne que le nombre de postes de chercheurs offerts au CNRS en 2004 (après que 20 postes supplémentaires aient été dé-gagés) est de 342, chiffre comparable à celui de 2003 (357).

Tout en soulignant que son appréciation de la situation n’est pas identique à celle de SLR, il déclare qu’il y a des problèmes d’emploi dans 3 catégories de personnels. D’abord, il y a un problème avec le nombre de postes offerts aux CR2 en 2004, étant donné que la mesure exceptionnelle sur la limite d’âge (à laquelle il était opposé) a provoqué en 2004 une augmentation exceptionnelle du nombre de candidatures. Par ailleurs, au CNRS, ce sont les recrutements des ITA qui lui "font le plus de souci". Enfin, il "apprécie que le Collectif ait soutenu la demande de postes à l’Université où, c’est vrai, il y a zéro création cette année". Il considère cette dernière demande comme très légitime et il l’a dit au gouvernement. Ainsi, B. Larrouturou considère bien qu’il y a des problèmes sur le nombre de postes de chargés de recherche, d’ITA et d’enseignants chercheurs. Du coup, on voit mal en quoi son analyse diffère de celle de SLR, mais il est clair qu’il ne souhaite pas soutenir explicitement nos demandes en tant que telles.

En réponse à cette première intervention de B. Larrouturou, plusieurs directeurs soulignent alors leur déception devant un soutien aussi mesuré, et tentent d’obtenir une réponse plus tranchée. Au passage, plusieurs directeurs manifestent leur estime pour le DG, soulignant qu’il est dans une position forte où il pourrait se permettre d’adopter une position plus claire. En vain.

Voici un florilège des adresses qui lui furent faites : "Bernard, nous soutiens-tu ?" "Nous attendions que vous nous défendiez, après les attaques lancées par une partie de la presse, par le Medef. Sur ces points, votre silence est assourdissant". "Vous avez trahi les espoirs que nous placions en vous". "Monsieur le DG, que faisons-nous maintenant ? Nous ne pouvons plus gérer la situation actuelle". "Vous êtes en situation de contribuer à la sortie de crise. Aidez-nous, Monsieur le DG". "Adressez-vous directement aux jeunes, car moi, je ne me sens plus de le faire. Je me sens en rupture de contrat par rapport aux jeunes, à cause de la rupture de contrat de l’Etat".

B. Larrouturou campe sur ses positions, tout en laissant entendre son accord sur de nombreux points : "Je sais que votre décision de démission du 9 mars, vous ne l’avez pas prise à la légère" "Je comprends parfaitement votre défaut de confiance par rapport au gouvernement" "La situation actuelle n’est pas satisfaisante. Nous avons de vrais problèmes d’emploi en 2004, en particulier pour les ITA. Il faut que ce message soit mieux entendu." "Après vous avoir écoutés, je relaierai un certain nombre de messages. Je m’expliquerai sur les très grandes difficultés dans lesquelles nous sommes [pour l’emploi 2004]." "Ce souci des jeunes, je le porte avec vous, et devant le gouvernement. Il était important que vous me le rappeliez".

On perçoit dans ces citations en quoi les réponses de B. Larrouturou pouvaient être décevantes, tout en montrant qu’il n’était pas sourd à nos propos. Sur le projet de réforme du CNRS, il a indiqué : "Le CNRS ne va pas adopter en juin un plan stratégique alors que les débats [des Etats-Généraux] seront encore en cours."

Enfin, concernant les démissions : "Je ne vois pas comment je pourrais accepter un nombre de démissions déjà supérieur à 500 et qui continue à augmenter. Je m’oriente vers un refus". Un refus circonstancié sera envoyé aux directeurs démissionnaires par écrit. "Ce qui ne clôt pas le dialogue". Une absence de réponse [à ce refus de démission] équivaudra à une approbation, les directeurs restant alors en place.

La position de SLR a été clairement rappelée par FAW. Tant que la crise avec le gouvernement ne sera pas dénouée (et donc indépendamment du fait que nous aurons ou non déjà reçu le refus écrit du DG d’accepter nos démissions), les directeurs sont invités à se considérer comme démissionnaires (ou en grève sélective) puisque non satisfaits par les réponses gouvernementales à une situation qui est à l’origine de leur démission. Cela signifie que dans cette période ils ne remplissent que les fonctions absolument indispensables au fonctionnement immédiat du laboratoire. Tout ce qui peut être différé de quelques semaines ne doit pas être exécuté. Les directeurs sont invités à ne pas répondre aux invitations de leurs tutelles ou du ministère. Les évaluations (que l’on soit ou non directeur) doivent être faites mais les conclusions retenues jusqu’au dénouement de la crise. Par contre, les demandes de contrat (non différables) peuvent être déposées. Les mêmes règles s’appliquent aux laboratoires purement universitaires. La position rappelée par FAW a ensuite été rediscutée et adoptée par la quasi-unanimité d’une centaine de directeurs qui se sont réunis à l’Institut Henri Poincaré en début d’après-midi, juste après la réunion du Collège de France.

Nous avons franchi une nouvelle étape ce 23 mars. Le DG du CNRS n’a pas donné le soutien net et fort que certains espéraient, mais il a laissé entendre qu’il allait agir auprès du gouvernement dans le même sens que SLR. Pour les démissions, le DG a déclaré publiquement qu’il allait faire ce qu’il avait déjà laissé entendre, à savoir refuser les démissions en bloc. Ceci nous place devant nos responsabilités, et la grève sélective (définie ci-dessus) constitue la réponse la plus logique, et adoptable par tous. Qu’on ne nous dise pas qu’elle pourrait servir de prétexte à une accusation de faute administrative ! Tant que les directeurs restent unis, et pour une cause aussi indiscutable, ils seront inattaquables.

Pour la période qui s’ouvre, les Etats Généraux sont bien lancés. Nous allons y travailler très sérieusement, mais cela ne règle pas les questions d’urgence sur les emplois 2004, qui sont aussi fondamentales pour la confiance nécessaire aux travaux des Etats Généraux. Il nous faut donc fixer de nouveaux objectifs, avec un temps fort ayant un impact symbolique, alliant responsabilité, fermeté et générosité. Le projet qui est prévu (ébauché lors de la réunion à l’Institut Henri Poincaré puis précisé pendant la réunion du Collectif SLR de ce même 23 mars) pourrait consister, dans quelques semaines, à utiliser deux journées entières pour aller à la rencontre de nos concitoyens, pour leur parler à nouveau de nos recherches, de leur intérêt, de la crise actuelle. Le soir du 2e jour, lors d’une action spectaculaire, médiatisée, nous recueillerons les chèques (à l’ordre de l’association "Sauvons la Recherche") correspondant aux salaires de ces deux journées de ce qui n’aura pas été une grève mais un travail particulier. Différentes options ont été envisagées pour l’utilisation de cette somme. L’option retenue actuellement serait l’organisation (voyages payés) d’une grande manifestation en faveur de la recherche européenne. Cette manifestation pourrait avoir lieu une ou deux semaines plus tard, à Strasbourg, avec des délégations de toutes les régions françaises et de tous les pays européens. Ce projet peut encore être amélioré pour augmenter la force de son impact médiatique, national et international.

Par cette action et d’autres, nous maintiendrons la question de la recherche sur le devant de la scène. Au début de notre mouvement, nous avions prévenu le gouvernement : "Aujourd’hui, vous êtes face aux chercheurs ; demain, vous serez face au pays". Cet avertissement n’a pas été pris en compte par un pouvoir trop sûr de lui et de notre essoufflement, qu’il pensait être proche. Mal lui en a pris, si l’on en croit de nombreux commentaires qui font un lien entre les résultats du premier tour des régionales et l’écho rencontré par notre mouvement. Ce n’est pas nous qui avons choisi de placer la question de la recherche sur un terrain politique. C’est le gouvernement qui a choisi de nous ignorer, oubliant que la recherche et l’enseignement supérieur sont des questions relevant de choix politiques fondamentaux. Les régionales ne sont pas les dernières élections de l’année. Le gouvernement aurait tort de continuer à parier sur l’essoufflement du monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Ces Biens Publics sont si mal en point que nous ne risquons pas d’oublier nos conditions de travail et la situation des jeunes ; nous n’avons pas grand chose à perdre, et beaucoup à gagner !