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Chercheur : Un métier à durée déterminée.

Par Pascal Descamps, le 26 mars 2004

Depuis quelques mois est apparu une expression nouvelle qui revêt également une notion jusqu’alors inconnue que le chercheur est le premier à expérimenter, celle de "chercheur à vie".

Arretons-nous quelques instants pour tenter de réfléchir au sens profond de ces mots mis côte à côte.

Dans nos sociétés contemporaines, la place de chacun est déterminée principalement par le rapport qu’il entretient à trois fondamentaux : métier/emploi/fonction. Le système éducatif va aider l’individu à se former à un métier qu’il aura choisi d’exercer dans sa vie d’adulte. A ce métier pourra correspondre un ou plusieurs emplois qui lui permettront de pratiquer le métier pour lequel il s’est (il a été ?) formé. L’emploi est donc le moyen par lequel un métier pourra s’exercer. Sa durée peut être plus ou moins longue contrairement au métier qui lui est acquis pour la vie. La fonction, quant-à elle, a une vocation essentiellement provisoire et précaire. Elle n’est ni un métier ni un emploi. Elle ne necessite aucune formation particulière.

Au regard de ces quelques réflexions, nous pouvons maintenant tenter de répondre à la question de savoir ce qu’est un chercheur aujourd’hui ? Est-ce un métier, un emploi ou une fonction ? Cette question, aussi saugrenue qu’elle puisse paraître est en fait celle qui est posée par l’usage de l’expression "chercheur à vie". Jusqu’à présent être chercheur représentait avant tout un métier pour lequel on était formé, tout autant qu’être enseignant, médecin ou maçon. La simple adjonction d’un qualificatif temporel brouille considérablement cette représentation. Car si le chercheur ne doit plus être un chercheur "à vie", alors que doit-il être ? doit-il être un chercheur "à la petite semaine" ou un chercheur "du dimanche" ? Nous avons vu que les seules possibilités de réponses qui restent et qui sont par nature limitées dans le temps sont la fonction et l’emploi. Peut-il donc être possible qu’être chercheur se résume en définitive à occuper un emploi ou à exercer une fonction ? Si nous en sommes réellement arrivé là, le chercheur peut réellement s’inquiéter de son avenir dans la société. La Recherche serait donc une activité à court terme et à courte vue à contractualiser. Chercheur serait donc un non-métier ou au mieux un métier à durée déterminée.

Qu’attendent donc ceux qui singularisent ainsi le chercheur ? Est-ce simplement la remise en question d’une fonctionarisation du métier, le souci de promouvoir la mobilité vers le privé ou l’enseignement supérieur ? Sans doute, mais pas seulement. Comme tout métier, celui de chercheur a ses pratiques spécifiques et ses responsabilités au sein de la société. La diffusion des connaissances en fait partie et est déjà pratiquée par nombre de chercheurs sans pour autant qu’ils soient appelés enseignant-chercheur. On peut certes améliorer les choses, les statuts pour faciliter encore ces mouvements. Le transfert de compétences est également de fait déjà une réalité du système scientifique francais. En effet, comment appeler autrement la perte définitive de nombre de jeunes, formés à la recherche, qui bien souvent aprés 8-10 années d’études n’ont d’autres choix que de s’exiler, d’aller vers l’enseignement ou vers le privé ? Il faudrait plutôt chercher les moyens de conserver ces compétences gâchées (ainsi que ces vies) pour lesquels tant d’investissements (publics et humains) ont été consentis.

Alors pourquoi cherche-t-on ainsi à singulariser ainsi le chercheur à l’isoler au sein de notre société si, comme nous venons de le voir, les principales justifications avancées sont déjà une réalité de notre système ? Le métier de chercheur peut paraître en effet assez singulier voire bizarre. Le chercheur a pour rôle essentiellement de chercher. D’ailleurs l’évaluation des chercheurs a pour objectif principal de constater qu’il cherche. le principal critère d’évaluation étant le nombre de publications témoin de son activité de recherche. En fait derrière le qualificatif "à vie" se profile sournoisement l’idée qu’il serait bien temps que le chercheur soit utile à la société. "Utile" devant être compris d’un point de vue économique. L’important maintenant en quelques sortes pour le chercheur serait moins de chercher que de trouver. Or cette nuance sémantique est fondamentale dans l’appréciation que la société doit avoir du chercheur. Elle implique la négation pure et simple du métier de chercheur. Dans ce métier, il ne peut plus y avoir de place au hasard, aux errements, aux hésitations, à l’intuition qui s’aiguise lentement, au fil des années et pour laquelle il n’existe aucune formation, aucune règle particulière. La grande incertitude de l’activité de recherche est niée, ringardisée. Elle nie également la diversité d’activité du chercheur rappelant les vieilles images d’épinale du savant cosinus. Le chercheur doit maintenant devenir productif. Il doit produire de la connaissance dans le temps qui lui sera donné. Ce sera sa fonction, son rôle. Il assumera donc cette fonction dans le cadre d’un emploi limité dans le temps.

Finalement le fait même que nombre de chercheurs acceptent sans sourciller cette notion totalement inédite, et jamais appliquée à aucun autre métier, de "chercheur à vie" révèle l’ampleur du malaise du chercheur qui peine à trouver sa place dans une société uniquement tournée vers le rentable à court terme, l’économie de moyens. Le rêve n’est plus permis, ni même toléré car c’est inefficace. Le combat des chercheurs est donc celui pour un certain type de société. Que les chercheurs se rappellent qu’ils SONT chercheurs sans qu’il soit nécessaire maintenant de rajouter "à vie". Comme pour tout autre métier, ils ont suivi une formation spécifique, même si depuis une dizaine d’années on s’est mis à parler petit à petit de formation PAR la recherche, histoire de ne pas trop décourager les prétendants à la course d’obstacle mais également du fait sans doute d’un sentiment confus d’"inutilité" et de malaise grandissant.

En définitive à travers les assises nationales il s’agira de répondre à ces deux questions fondamentales : Comment la société conçoit-elle la place du chercheur en son sein et comment le chercheur, à son tour, voit-il sa place au sein de la société ? Si les états généraux de la Recherhe réussissent à répondre de manière unique à ces deux questions, alors ils auront réellement ouvert une perspective nouvelle non seulement pour notre système de recherche mais plus généralement pour notre société.

Pascal Descamps astronome, Observatoire de Paris