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Contribution sur la Recherche en Région, par Claude Mawas

le 6 avril 2004

Contribution sur la Recherche en Région

Sur une Région comme PACA, la Recherche évaluée et compétitive se limite globalement aux villes d’ Aix-Marseille et Nice-Sophia, alors que les Universités sont aussi situées en Avignon, Arles, Toulon et pour Paris VI, Villefranche. La quasi totalité des laboratoires CNRS, INSERM, IRD et INRA sont dans ces villes, même si l’INRA est aussi en Avignon et à Antibes. Le CEA est à Cadarache, et l’impact d’ITER et de ses implications en personnel, déterminant pour l’avenir scientifique et économique de notre Région . Les Universités d’Aix-Marseille accueillent des étudiants, mais bien moins que Montpellier ou Toulouse.(32.000 pour Marseille intra-muros,55000 pour Montpellier et 75.000 pour Toulouse)..et les étudiants du pourtour méditerranéen sont plus nombreux à Lille qu’à Marseille ! Cités universitaires, structures sociales du CROUS, habitat étudiant sont délabrés comme les transports en commun qui manquent cruellement en ville ou entre Aix et Marseille.PACA devrait décidèment mieux faire pour l’accueil de l’enseignement supérieur.

Et pourtant les écoles doctorales de notre Région sont reconnues au plan National pour leurs qualités....dans l’offre de formation ! Et les laboratoires de pointe sont nombreux qui accueillent les doctorants.

En PACA-ouest, nos laboratoires de recherche les plus prestigieux sont schématiquement concentrés pour les Sciences dans Luminy et Marseille-sud (GLM), oasis de qualité et de beauté, seul véritable campus de PACA-ouest, mais souffrant d’être à la fois un site protégé et terriblement enclavé à l’est de cette grande métropole, avec finalement une population étudiante en quantité faible.Le reste se répartit dans 3 universités et plusieurs UFRs, avec une lisibilité faible , y compris pour les Marseillais ! Château-Gombert et Saint Jerome sont pénalisés par l’absence totale ou quasi d elaboratoires des sciences du vivant. Luminy est fragilisé par une chimie minimale mem si de grande qualité ! En sciences humaines, la quasi totalité de la recherche se situe sur Aix, en PACA ouest. Et l’intégration de ces disciplines dans les autres courants disciplinaires peinent de ce fait a se réaliser, malgré des incantations... La pluri-disciplinarité est donc la première victime de l’existence de 3 Universites réparties entre Aix et Marseille pour PACA ouest. PACA-est se sort mieux qualitativement aussi bien en matière Universitaire que de Recherche, le caractère plus récent de son émergence et une exigence de qualité ayant abouti à une concentration d’équipes compétitives et moins de laissés pour compte ! Mais malgré Sophia-Antipolis, véritable campus au sens anglo-saxon du terme, et des sites superbes, PACA-Est souffre de son exiguite, de l’absence de bassins d’emplois et d’un foncier prohibitif comme d’un dispositif scientifique éclaté sur plusieurs sites, distants les uns des autres. Et la encore, les étudiants ne sont pas au rendez-vous de l’offre.

Le tissu industriel traditionnel (Industrie navale, petrochimie, mines de Gardanne, Fos) n’a globalement pas de tradition de R and D, et il a souffert depuis le premier choc pétrolier au point de laisser place à des friches industrielles. Le renouveau passe part des secteurs à haute valeur ajoutée (microélectronique à Rousset, nanotechnologies, industries de l’environnement et de la mer) sans connection certaine,pour l’instant avec le tissu universitaire ou scientifique. L’agro-alimentaire tarde à générer une vraie industrie innovante.

A l’inverse les biotechs installés en PACA sont directement liées à l’excellence des labos de recherche et des équipes académiques, mais leur nombre, faible, ne pèse pas encore au plan économique, comme il le faudrait.

Nous sommes nombreux à savoir que la bonne échelle de l’évaluation de la science (la production scientifique, comme le recrutement des Chercheurs ou des Enseignants, et l’évaluation des plateaux techniques ) ne peut être régionale : seule une évaluation nationale et internationale donne les garanties suffisantes.

Mais pour autant, une politique volontariste en Région doit être possible, afin que la Région prépare son futur à 20 ans d’une part, et que les forces vives de la Recherche en Région reçoivent les concours nécessaires à leurs ambitions justifiées. Une gouvernance régionale de la Recherche se veut un complément nécessaire de la politique nationale et des évaluations internationales que nous considérons le meilleur garant de la qualité au final. Toute nécessaire qu’elle soit, cette gouvernance ne doit pas interférer avec les politiques scientifiques des grands Instituts de notre région, qui devront obtenir au plan National comme européen et ce de façon urgente le label d’excellence, et conserver leur autonomie de réalisation pour le plus grand profit de notre Région.

C’est donc l’objet de ces propositions : n’y voyez pas un quelconque Régionalisme, ni une prime au clientélisme.

Le constat et les pistes ouvertes.

Force est donc de constater que si le tissu de la recherche a bénéficié dans les années 70 de son remarquable développement dans les Sciences sur Luminy en PACA-ouest et sur Sophia-Antipolis dans les années 80 en PACA-Est, la recherche peine dans notre Région autant pour des raisons conjoncturelles nationales (déficit d’investissements dans le secteur depuis 1990 et abandon de la politique de décentralisation) que pour des raisons structurelles propres à nos archaismes régionaux, et l’absence de sites de taille suffisante dédiés à la recherche et la formation à la recherche.

Ménage à trois, convoitise, éparpillements territoriaux

Depuis le milieu des années 80, la politique scientifique en Région est un savant compromis entre le dynamisme des équipes en place ou récemment arrivées, le soutien prédominant des EPSTs nationaux (CNRS et INSERM), et un acteur récent (1981) mais déterminant, la Région depuis les lois de décentralisation de Gaston Defferre : son action a été à la fois directe sur des investissements structurants et par le biais des contrats Etat-Région. Son effet de levier a été d’autant plus perçu que les investissements des EPSTs ont fondu ! PACA-Ouest (CG 13), mais non PACA-Est a de plus bénéficié d’aides significatives du Conseil Général et de la communauté de communes. Par exemple, c’est grâce a la Région que les IFRs se sont implantés en PACA ouest et est depuis 94.

Mais l’Université, même si les unités de recherche sont sur ses campus, a été un faible moteur car, la pauvre, dépourvue de vrais moyens d’action ! Et pour certains UFR , en particulier médicales, l’absence de toute culture scientifique de ses Doyens et cadres, ont compliqué significativement l’aggiornamento necessaire de son environnement !

Ainsi donc devant la réactivité des EPSTs, le dynamisme des acteurs locaux de la recherche, le concubinage salutaire entre les EPSTs et le Conseil Régional, tous les ingrédients de la convoitise étaient présents pour troubler les relations EPST-Université(s) ou UFR(s). Certaines crispations liées à des incompréhensions culturelles (UFR de Médecine et scientifiques des EPSTs) amenant à des divorces temporaires préjudiciables à tout le monde.

L’arrogance toute récente des Universités dans ses relations avec les EPSTs, permise par les cadeaux d’Allègre aux Universités, a de fait aggravé la situation et occulté ce que nous devons tous a la grande qualité de nos écoles doctorales comme a nos enseignants-chercheurs.

L’éparpillement territorial, 3 Universités concurrentes entre elles mais unies contre les EPSTs, ont , avec le chacun pour soi de chaque EPSTs (CNRS ouest, CNRS Est, CSCRI INSERM) assombri la gouverance de la recherche en Région, réduite depuis peu à quasi rien du tout.

S’il n’y avait pas eu ITER, rien d’ambitieux n’eut été programmé pour PACA dans les 4 ans qui viennent !

Faute de moyens, les EPSTs n’ont plus la possibilité de répondre de façon autonome aux sollicitations des plus actifs de leurs chercheurs en Région (devenant ainsi aussi inopérants que les universités. La Région comme les autres collectivités territoriales, est sans moyens officiels de pallier à ce désengagement majeur des moyens de l’etat au travers des EPSTs.

Le DRRT, représentant auprés du Préfet de Région a une fonction virtuelle.

Et ni le CNRS, ni l’INSERM (et pas plus l’INRA ou l’IRD) en Région n’ont une autorité individuelle capable de compenser ce manque cruel de gouvernance !

De plus les collectivités territoriales, conscientes du désengagement de l’Etat en matière de recherche (évident sur les investissements immobiliers, les gros appareils comme les personnels) voient assez mal ces DG d’organismes natioanux qui descendent en Région « faire leur marché », en exigeant la seule évaluation du bien fondé de leurs demandes.

Pas d’autonomie pour les initiatives, sans gouvernance ni autorité : Université, EPST et Région comme les collectivités territoriales sont dans le meme bain.

Comment en sortir par le haut ?

Nous allons essayer de décrire 2 champs d’action susceptibles de modifier en profondeur la capacité de réaction de la Région en matière de développemnt scientifique et d’offre de formation scientifique (ce qui n’est pas l’équivalent de l’offre de formation universitaire).

A) Une gouvernance scientifique et « politique » de la recherche en région ;

B) Une gouvernance pour quoi faire :

a) delimiter les pôles d’excellence existants et en cours d’émergence (Grands thèmes forts de la région et campus ou sites dédiés à la recherche compétitive) ; b) programmation du développement de ces pôles d’excellence (régional, national et européen) . c) articulation de l’offre des écoles doctorales avec les pôles d’excellence et ouverture de cette offre sur le national et l’europe. d) mise en cohérence avzec le développement de l’industrie de la nouvelle économie.

Gouvernance scientifique et « politique »

1) Gouvernance scientifique Les Universités de la Région doivent contribuer à ce débat au travers de leurs écoles doctorales, qui en Région sont excellentes et reconnues comme telles au plan national. Inutile à ce stade de demander aux Institutionnels ou aux divers conseils issus de la Loi Savary de participer directement à la gouvernance de la recherche.

Les chercheurs respectent les écoles doctorales et vice versa. C’est un excellent début.Les écoles doctorales sauront sans aucun doute assurer une representativité aux enseignants chercheurs qui font le gros de leurs écoles.

Pour les EPSTs, leur absence de concertation structurelle en région est préjudiciable à leur autorité, percue au mieux comme une compétition sans grande efficacité au niveau des collectivités territoriales : il faudrait un conseil scientifique Régional unique représentatif des EPSTs en Région, articulé sur les conseils scientifiques nationaux et les EPSTs. Ces conseils devraient être pluri-disciplinaires, et leur autorité acceptée par les collectivités territoriales. Celles-ci pourraient leur soumettre les expertises - en leur demandant de les accompagner dans tous les cas d’expertises nationales et européennes. Ils devraient émaner par élection de l’ensemble des composantes EPSTs en Région, selon des modalites classiques aux EPSTs.

Conseil scientifique représentatif des EPSTs et représentants qualifiés des Ecoles doctorales représenteront la gouvernance scientifique en région (Evaluation, prospectives, veille scientifique ).

2)Gouvernance Politique

Sans gouvernance politique Régionale, un dispositif efficace pour guider les développements scientifiques et les encadrer serait absent. Le Conseil Régional pourrait assumer ce rôle avec efficacité en se dotant d’un Conseil de la Recherche, placé auprès de la Présidence, avec un pôle de rechcrche fondamentale et LMD, et un pôle de valorisation économique.C’est déjà compatible avec les lois de décentralisation : et cela le sera encore plus avec l’évolution programmée de celles-ci ! Il s’appuierait sur le Conseil scientifique des EPST, incluant les écoles doctorales et des représentants des secteurs économiques issus de la valorisation.

Le Préfet de Région et son représentant le DRRT seraient les garants de la conformité aux lois et de l’éxécution de la politique nationale.

Le Président du Conseil de la recherche serait un élu, représentatif des engagements et de la priorisation de la recherche et du développemnt en Région, articulant la politique régionale avec la politique nationale au travers des contrats Etat-Région.

Sur les campus de recherche, dument labélises par le ministère de la Recherche comme par Bruxelles, la gouvernance serait le fait des représentants des EPSTs et des ecoles doctorales (incluant donc les enseignants chercheurs du site, les doctorants comme les post-doctorants) regroupés au sein du conseil de campus. C’est ce dernier qui aura la charge du pilotage des orientations stratégiques du campus, de l’élaboration des besoins en investissements immobiliers , équipements et personnels, comme en fonctionnement. Il déterminera la politique scientifique du campus. Son directeur devrait avoir une légitimité scientifique incontournable. Il n’est pas de notre ressort de suggerer les modalités de sa désignation (conseil de campus, election de son directeur).

Leur intrelocuteur privilégié en Région sera donc le Conseil de recherche du Conseil régional, qui aura recu du Conseil scientifique PACA les expertises nationales et européennes concernant leurs projets.

Définition des Pôles d’excellence et des campus formant dans l’excellence à la recherche.

De la rigueur et du réalisme de cette définition dépendront le succès ou la vanité de l’exercice : je ne crois pas que cet exercice puisse aboutir à partir des seules appréciations émises en Région !

Il s’agit d’un exercice national et européen ! Les gouvernements précédents ne l’ont pas fait... Il devient urgent de soumettre nos projets à une évaluation nationale et européenne (à l’instar de celle réalisée pour les génopoles). C’est urgent, pour pouvoir construire l’espace européen de la recherche et pour pouvoir batir une offre de formation compétitive ouverte sur le national, l’Europe élargie et la Méditerranée. Le Conseil Régional doit piloter avec le gouvernement cette phase essentielle. Sur chaque site, les conseils de campus devront préparer leurs propositions...pour gagner le label !

Les autres grands chantiers

Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, PACA doit se préparer à construire les campus de demain, qui pour une Région comme la notre doivent non seulement accueillir une population étudiante en provenance d’Avignon, Arles, Aix, Toulon et Marseille en PACA -Ouest (voir Nimes et Montpellier), mais aussi de la France entière et de l’Europe élargie comme de la Méditerranée. Il convient donc de construire de nouveaux espaces capables de faire pendant à Silicon Valley et Route 128, afin de se substituer progressivement aux espaces disparates actuels et le plus souvent incompatibles avec de tels objectifs. L’enseignement, la recherche, la valorisation, l’hébergement et les loisirs de ces acteurs doivent être pensés comme un tout avec un urbanisme approprié respectant l’environnement et correspondant au label de durabilité. Faute de faire ces investissements aujourd’hui avec des réserves foncieres adaptées, PACA risque d’être définitivement hors jeu pour les 50 ans à venir !

Un beau challenge...

Claude Mawas