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Accueil / Actualités / Fiche Jeunes Chercheurs

réactions à l'article «Fiche Jeunes Chercheurs»

  • Point de vue d’un ancien étudiant

    6 août 2005

    Je souhaite compléter, par mon point de vue d’ancien étudiant, la problématique des jeunes chercheurs telle que présentée dans la première partie de la Fiche Jeunes Chercheurs. Je retrace mon parcours universitaire, cela étant nécessaire à ma démonstration.

    J’ai suivi le cursus universitaire classique jusqu’au DEA, en 2004, en biologie. Depuis la licence, effectuer une carrière d’enseignant-chercheur m’intéressait. Année de licence difficile, suivie par une année de maîtrise que j’ai beaucoup appréciée et qui fut ma meilleure année universitaire (pour la même quantité de travail, je passais à 13/20 de moyenne au contraire des 11/20 de toutes les années précédentes). Le stage de maîtrise me convint à merveille. Je candidate alors à 3 DEA et 2 DESS dans la « droite ligne » de la maîtrise. Surprise : sans aucune explication, mes candidatures (avec projet pour le mémoire) sont rejetées, alors que j’ai pourtant le soutien de mes maîtres de stage de licence et maîtrise qui ont approuvé mon travail, et soutenu mon projet de mémoire.

    C’est ici que je souhaite mettre l’accent sur un fait qui a son importance dans la motivation à faire de la recherche. Je n’ai pas passé 4 années à étudier des disciplines complexes, à faire des efforts, parce que je n’ai rien à faire d’autre. C’est insultant d’être traité de la sorte. J’ai ressenti du mépris envers le statut d’étudiant de 1er et 2ème cycle, surtout quand j’ai eu cette réponse d’une école doctorale : « Du fait de 110 candidatures pour 25 places, votre candidature n’a pas été retenue ». Dans la recherche, il faut tirer les enseignements des échecs, mais cette possibilité ne nous est même pas offerte. Mes résultats n’étaient-ils pas assez élevés, ma motivation insuffisante ? Avec ces questions sans réponse, on remet en question ses compétences, alors que le problème est peut-être ailleurs. C’est à ça que je suis arrivé après quatre années d’étude durant lesquelles les enseignants chercheurs ne montrent aucun intérêt envers l’étudiant, ne cherchent pas à motiver, à donner envie de faire de la recherche, ne parlent jamais de leur métier pendant les cours, TD ou TP.

    Toutefois j’obtins une place dans un DEA, mais non en biologie. C’est génial : j’ai pu travailler, dans le cadre du mémoire, sur une problématique que j’ai élaborée moi-même, avec les conseils de mon directeur de mémoire. Tout se déroule bien. Lors de la soutenance, c’est le monde à l’envers. D’autres enseignants du DEA jugent mon travail à la limite des problématiques du DEA, et même à la limite du travail universitaire (non respect du principe de réplicabilité). On me dit que je suis inapte à faire de la recherche, et l’on ne me questionne même pas sur mon projet de thèse alors que la soutenance était aussi un concours à une allocation de recherche.

    Deuxième point que je veux mettre en lumière : comment est-il possible de dire en septembre, à un étudiant qui a travaillé depuis février sur un thème qui a été approuvé par le directeur du DEA, sur un thème qu’il a mis en place de sa propre initiative (notez que c’est la première occasion de la sorte dans le cursus universitaire), qu’il n’aurait pas du travailler sur ce thème ni de cette façon, et de lui annoncer qu’il n’est pas fait pour la recherche ? Peut-être effectivement que mon travail n’était pas rigoureux, pour un DEA c’est bien normal. Pour les membres du jury, ma motivation également n’a pas été jugée rigoureuse. J’ai eu le sentiment que là encore, ces personnes qui font le métier qui m’intéresse, n’ont aucun souci de me motiver à faire comme eux. Je reste poli, mais permettez-moi de vous dire à vous enseignants-chercheurs que si le monde de la recherche ne paraît pas attractif, votre comportement envers les étudiants n’y est pas étranger. L’atmosphère de froide compétition et de dédain dont votre attitude participe n’est pas pour créer des motivations, ce qui est autant d’esprits originaux qui ne feront pas de la recherche ou qui partiront à juste raison ailleurs qu’en France.

    J’en viens maintenant à la raison pourquoi je suis un ancien étudiant. Je suis allé présenter mon projet de recherche dans une université en Belgique, car il n’existe pas en France d’université appropriée pour le sujet de ma thèse qui est original il est vrai (une approche particulière des problématiques de passage des niveaux d’organisation). Le projet est jugé prometteur par le directeur de l’unité. Pour le financer, je candidate à un poste d’assistant de professeur (poste accessible aux doctorants en Belgique) car étant donné l’originalité du sujet, je ne peux candidater à aucune allocation de recherche. Ma candidature est refusée, une fois encore sans explication, sans même qu’on me propose d’entretien pour que je puisse me présenter en personne ni expliquer mon sujet de thèse. A nouveau, la possibilité de comprendre ce qui me fait défaut ne m’est pas offerte.

    J’ai finalement renoncé à poursuivre une carrière scientifique. Mes diplômes de connaissances théoriques ne me permettant pas de trouver un emploi, je fais maintenant des petits boulots non qualifiés.

    Voici pourquoi la recherche en France n’est pas glorieuse. La recherche, c’est comme tout autre métier. Quant un jeune n’applique pas bien les gestes du métier, il faut lui notifier (les examens remplissent cette fonction). Mais il faut aussi lui donner les moyens de repartir sur de bonnes bases (en lui expliquant pourquoi on le juge négativement, ce que vous enseignants-chercheurs n’avez pas le courage de faire vraisemblablement). Il faut aussi tester de façon méthodique sa motivation et ses possibilités (des outils humains qui vous manquent indubitablement) et le lui dire clairement.
    C’est un engagement auprès des étudiants qui veulent explicitement faire de la recherche leur carrière (ce qui était mon cas). Vous devez vous engager personnellement, sur le plan humain, à accompagner ces étudiants, quitte à les diriger consciemment vers une autre voie si ils ne sont pas faits pour ça, car certains de ces étudiants seront la génération suivante de chercheurs, et ceux-là vous serez content de les avoir comme collègues.
    Plutôt que de parler du salaire du chercheur qui devrait être toujours plus élevé, vous devriez penser à créer une cohésion humaine entre chercheurs et futurs chercheurs, et réfléchir aux méthodes dont il faudra vous doter pour cela. Et si un étudiant vous présente un sujet que vous trouvez prometteur, vous devez vous engager à aider cet étudiant. Si vous n’êtes pas en mesure de guider convenablement un jeune, vous devez vous interroger sur votre aptitude à bien faire votre métier.

    Il est possible que mon cas soit particulier, que je généralise sans preuve. C’est toutefois la réalité du sentiment que j’ai à l’égard des enseignants chercheurs. Bien sur, certains ne sont pas tous comme je les décris, ils sont l’exception qui confirme la règle. ;-)

    Cordialement,

    B. Sorel

    Pour tout commentaire, vous pouvez m’écrire à intbs79@caramail.com (l’objet doit être précisé sinon le mail sera automatiquement supprimé).

    • > Point de vue d’un ancien étudiant

      8 août 2005

      votre témoignage est à faire pleurer.. de honte pour un système qui brise des carrières et des jeunes motivés que l’on met à l’écart après leur avoir donner l’espoir, c’est lamentable et indigne d’un pays dit développé.

    • > Point de vue d’un ancien étudiant

      2 septembre 2005

      Ce témoignage ne me surprends pas du tout. Le classement du DEA est pipeau à cause de toute la politique qui se cache derrière le recrutement des doctorants. Chaque futur directeur de thèse a besoin d’un doctorant pour faire marcher son équipe, pour son évolution de carrière, pour sa prime d’encadrement doctorale donc pour de mauvaises raisons. Alors il y a un certain nombre de magouilles planquées dans les tiroirs qu’on ressort régulièrement. J’ai connu un étudiant qui avait une excellente moyenne en DEA et qui allait décrocher une bourse et un des profs du DEA lui a collé une note éliminatoire pour éviter à son futur doctorant de voir cette bourse lui passer sous le nez. J’ai aussi entendu des témoignages disant que certains profs d’un DEA donnaient à l’examen le sujet de stage de leur étudiant. Généralement, l’étudiant en question cartonnait tandis que tous les autres se vautraient lamentablement, les sujets étant souvent très spécifiques. J’ai d’autres faits tout aussi scandaleux à raconter mais je ne suis pas là pour faire le procès des chercheurs. Nous sommes des scientifiques, nous devons avoir une mentalité de scientifiques c’est à dire nous devons être capable de nous remettre en question. L’intérêt de la recherche c’est l’humanité, les jeunes, l’avenir.

      Il est vrai que donner des cours à des premiers cycles est perçu par beaucoup d’enseignant-chercheurs comme une tarre alors que c’est à ce moment là que les étudiants gagneront leurs motivations et leurs aptitudes. Mais il y a pire, les enseignants préfèrent d’abord les cours magistraux, à la limite des TD mais les TP ça les ennuis à cause de la pondération des heures : 1h de CM équivaut à 1h30, 1h de TD à 1h et 1h de TP à 45min. Ce qui fait que plus un enseignant aura de CM moins il devra effectuer d’heures d’enseignement. C’est vrai qu’il y a une différence au niveau du temps de préparation. Mais je pense que les horraires devraient être mieux réparti car un enseignant qui ne fait que des CM n’a quasiment aucun contact avec les étudiants. Il apparaît assez difficile de faire passer une quelconque envie lorsque vous êtes devant 60 à 200 étudiants voir plus tout le temps. La clé de la réussite pour motiver les étudiants, ce sont les travaux pratiques, les suivis de projet etc. A l’heure actuelle, la plupart des TP sont animés par des jeunes : monitorat, PRAG ou jeune maître de conférence ce qui augmente d’autant plus leur service d’enseignement. Même si il y a moins de préparations, il y a plus de suivi avec les comptes rendus à corriger. Le service d’enseignement devrait prendre en compte ce problème.

      A chaque fois qu’il y a un problème dans la recherche, que fait-on ? on augmente le nombre de bourses de doctorat. C’est ce qui s’est passé en 1993. La situation n’a fait qu’empirer depuis d’autant plus que le service d’enseignement a augmenté considérablement. On nous dit que le nombre d’inscriptions en thèse diminue de plus en plus. Ce doit être récent car depuis 1993, le nombre de doctorants a plus que doublé. Il y a quasiment autant de doctorants que de chercheurs et d’enseignant-chercheurs statutaires. Les doctorants ne sont que de la main-d’oeuvres bon marché ! Une fois formés, on ne sait plus quoi en faire, et on les jette dans la nature sans aucun espoir. voilà la vérité.

      Ça fait deux ans que j’ai soutenu ma thèse de chimie et ça fait deux ans que je me fait refouler partout sans savoir pourquoi. Pourtant j’estime avoir travaillé très dur, largement plus que certaine autres personnes de mon labo. J’ai un dossier plus que correct mais je ne suis pas candidat local (parce qu’il n’y a pas de postes) et malgré mon dossier, je n’arrive pas à décrocher un post doc, autant dire que je n’ai aucune chance dans le public ! Dans le privé, c’est la même chose : on ne me permet pas de m’exprimer, je ne peux rien prouver, c’est frustrant.

      Alors à quoi bon dire aux jeunes de s’orienter dans des fillières qui ne leur offrent aucune perspective d’avenir ? Aujourd’hui lorsqu’on passe des diplômes, c’est pour avoir une formation et pour décrocher un job qui récompense des années de travail et d’éfforts. Je pense franchement qu’avant d’augmenter le nombre de bourses, il faudrait augmenter le nombre de perspectives pour les jeunes docteurs.

      Comment ? La première piste, c’est effectivement la diminution de la part d’enseignement des enseignants-chercheurs qui en France, est l’une des plus importante du monde. Mais je suis persuadé que la recherche a aussi besoin de gens d’expérience et que cette diminution devrait être aussi appliquée aux plus vieux chercheurs qui le désirent. Ceci entraînera forcément l’augmentation du nombre de postes statutaires ouvert au concours.

      Les ATER, les post-docs d’un an sont tout simplement inadaptés pour permettre aux jeunes de faire de la recherche efficacement. Un post-doc unique de trois ans avec la possibilité de faire de l’enseignement permettant non plus aux jeunes d’être dans une situation de transition mais plutôt d’avoir une expérience de mobilité. Un nombre de post-doc supérieur à celui qui existe signifierait plus d’éfficacité pour la recherche. Enfin une très grande partie des post-docs sont réservés à des étrangers, et très peu pour des français.

      Ensuite, une vrai politique de ressource humaine des docteurs doit être mise en place. Parce que nos formations sont très spécialisées et que les gens qui ont les compétences adéquates doivent être mis en contact avec les bonnes personnes aux bons endroits. Ils n’est pas normal de voir que 26% des docteurs un an après leur soutenance soient au chômage. Quel gâchi considérable !
      Le recrutement dans les universités est bancal, il devrait être modifier pour éviter les abus. Quand vous êtes chômeur et que vous devez envoyer 15 dossiers de candidatures à 6 euros pièces rien que pour les frais de postes. Ça fait beaucoup surtout quand on ne vous répond pas !

      Enfin, en ce qui concerne le privé, les entreprises européennes ont plutôt intérêt à avoir des ambitions plus fortes pour l’avenir sinon on risque d’être tous au chômage ou tous aux Etats-Unis !

      Cordialement,
      MC

      • Pondération

        12 septembre 2005, par B. Sorel

        On souhaiterait un monde idéal, où chaque individu serait reconnu à sa juste valeur. Bien sur, cela ne correspond pas à la vie humaine dont l’imperfection est connue depuis ... au moins 2500 ans au bas mot.
        La preuve en est tous ces gens qui ont cherché, et qui sont morts. 150 ans plus tard, leurs travaux sont ressortis, et leur mérite reconnu. Certe ça ne fait pas revenir à la vie ce chercheur méritant, mais il est possible que cela arrive à n’importe qui d’entre nous qui aura pris le temps de développer sa réflexion sur un sujet qui, à notre époque, ne peut pas être compris, et au moins d’en faire une petite publication pour laisser une trace. Peut-être !

        Il ne faut pas se laisser aller à cette négation du monde toutefois. Si l’on est convaincu de la portée de son travail, rien ne nous empêche de dénoncer les abérrations qui nous barrent la route, et aussi rien ne nous empêche de mentir, tricher, faire de vaines promesses, bref : d’utiliser le système à des fins strictement égoïstes. Le plus simple : faire du fayotage, revenir sans cesse à la charge, demander encore et encore, faire jouer le pouvoir hiérarchique pour contourner la secrétaire irritable (ou se la mettre dans la poche).
        Tout plein de stratégies sociales à user et abuser ! C’est ça aussi la vie.

        Personnellement, je n’ai pas le courage de faire ça, mais j’ai connu une personne qui après avoir critiqué ouvertement l’enseignement du DEA (enseignants comme étudiants) en vantant les qualités du modèle suédois, est revenue demander à l’école doctorale une allocation de recherche. Et qui l’a eu ...

        B. Sorel

        • Pondération

          18 octobre 2005

          Bonjour , je parcours le site sur lequel vous expliquez votre navrante histoire , illustrant bien ce que moult chercheurs ou/étudiants ont pu dire déjà sur le sujet, vous vous exprimez dans un français très agréable à lire , quelle drôle d’idée vous prend malgré tout de dire " je candidate" ou " candidater" en lieu et place du verbe "postuler" , qui a l’avantage d’exister pour de bon ? Ce serait encore mieux....
          Cordialement,
          C.Bartnig