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Accueil / Les archives / Archives 2002-2003 / Propositions ! / Pour une recherche publique indépendante

réactions à l'article «Pour une recherche publique indépendante»

  • Quelques raisons d’être fière d’être chercheur

    15 décembre 2003, par Catherine Villard

    Pour faire également écho au texte de JL Barrat, je suis lasse de certains concepts repris dans cette pétition. La liberté du chercheur dont il est question me semble plutôt une manière de repousser une confrontation avec le monde extérieur aux grands organismes de recherche : l’industrie ou la dite "société civile". De même, l’indépendance intellectuelle vis à vis de certains enjeux de sociétés relève plus à mon sens de courage, et surtout de recul, que de l’obtention d’un poste permanent.
    Est-ce faire preuve de recul lorsque oeuvrer pour la recherche devient encore et toujours synonyme d’une demande d’autant de crédits et de postes ? Sommes-nous chercheurs pour brandir des notions qui se confinent justement à "autant" ou "comme avant" ? Le CNRS est-il devenu un milieu si corporatiste et si figé dans ses valeurs que tout changement est assimilé à une menace ?

    Je partage l’étonnement de d’Ashod André Aradian sur l’état d’ébullition si doux qui règne au CNRS. L’absence d’une tourmente interne de plus grande ampleur est inquiétante, alors que nous arrivons à un point où une remise en question du fonctionnement et des priorités de l’organisme paraît inévitable. Les projets de réforme venus d’en haut qui secouent le CNRS, et la recherche publique en général, ne me semblent pas seulement associée à l’équipe politique actuelle, mais à un niveau de maturité des organismes qui appelle à un certain renouveau.

    Un renouveau dans le mode de recrutement par exemple, reflet de notre fonctionnement interne. La question si cruelle, et si politiquement incorrecte dans le monde de la recherche, "a quoi ça sert" devrait être au centre de la défense d’un projet. Ce qui revient à dire qu’elle devrait au centre des préoccupations des individus qui jugent le candidat porteur de ce projet...

    J’ai conscience qu’en écrivant cela j’ai l’air de brandir bien haut le drapeau honni de l’utilitarisme. Rien n’est plus faux. Simplement, cette question existe, elle est même au coeur du débat actuel. Et il nous faut y répondre. Que l’on ait les yeux tournés vers les étoiles, la génétique ou la philosophie, il est urgent de se positionner, individuellement et collectivement, même si c’est douloureux. La fierté de faire de la recherche et la capacité de défendre ce métier, non pas pour notre confort personnel en essayant de maintenir ce qui existe en fermant les yeux, mais bel et bien pour son sens et son importance dans nos sociétés humaines, est à ce prix.

    Merci aux auteurs de ce site d’ouvrir et de permettre le débat ...

  • Aux chercheurs de faire des propositions !

    12 décembre 2003, par Ashod André Aradian (Post-Doc, Univeristy of Edinburgh)

    Ce message vient en écho à l’intervention de Jean-Louis Barrat ("Quelques raisons de ne pas signer"). Je comprends tout à fait ses arguments pour ne pas signer "l’appel pour une recherche indépendante". J’ai personnellement signé cet appel parce que, malgré certaines des imprécisions et imperfections soulignées (inhérentes, en partie, au format d’un appel rédigé en deux pages), je me sens complètement en accord avec ses grandes lignes.

    Jean-Louis pose cependant des questions essentielles, et je voulais le remercier d’affirmer ses idées en "mettant les pieds dans le plat" dans ce forum. Pour vraiment avancer, et débloquer la situation actuelle de la recherche française (qui n’est pas nouvelle, même si elle a empiré sous la politique des deux dernières années), il faut pouvoir poser et débattre toutes les questions, et surtout celles qui remettent en cause la base de notre système (évaluation de la recherche et des chercheurs, financement public/privé, dynamisme des thématiques de recherche, recherche "à vie" vs. enseignement-recherche, ...). Comme JL le souligne, les institutions de recherche - comme tout corps social - doivent pouvoir justifier du bon usage fait de l’argent public qui leur est confié, et pour cela, ces institutions doivent avoir (je cite JL) "le courage de faire, en interne, les évolutions nécessaires pour disposer d’arguments convaincants vis-à-vis des gouvernements".

    Pour réaliser ces évolutions nécessaires, je crois que les solutions doivent néanmoins venir des CHERCHEURS EUX-MEMES et ne doivent pas être parachutées d’en haut. Le Ministère étant prisonnier de préoccupations et arbitrages politiques (voire partisans), toute réforme qui en provient est accueillie, à tort ou à raison, avec suspicion par les chercheurs. Les syndicats ne représentent qu’une toute petite minorité des chercheurs. Les hautes instances des organismes de recherche (CNRS et autres) ne peuvent pas - et ne doivent pas - rechercher les solutions toutes seules (et elles aussi ont leurs propres contraintes).

    Les propositions doivent, à mon sens, venir de ceux qui font et vivent la recherche au jour le jour, c’est-à-dire ceux concernés au premier chef par toute réforme. Seulement ainsi celles-ci pourront-elles être acceptées sans méfiance et soutenues par la communauté. Il suffit d’ailleurs de discuter un peu avec des chercheurs pour se rendre compte qu’indifféremment de leur âge et de leur grade, ils sont en général très conscients des problèmes structurels de la recherche française, pour les vivre quotidiennement, et que loin de tout immobilisme, ils sont largement ouverts à des idées de réforme et sont parfois les premiers à prôner des solutions radicales.

    J’avoue que dès lors, je ne comprends pas du tout pourquoi ces positions et idées individuelles ne donnent finalement naissance à aucune action au niveau collectif, proposant une vraie réflexion partagée et novatrice venant "de la base". La communauté de la recherche publique est suffisamment petite et interconnectée pour pouvoir s’organiser et réfléchir ensemble aux problèmes qui la plombent, et faire des propositions ! Evidemment, ce n’est pas un mince travail, et nécessiterait qu’un certain "noyau dur" de personnes décide de donner une partie significative de son temps pour organiser et animer le mouvement, mais c’est certainement possible et la situation est grave ! Je suis convaincu que vues les circonstances de crise actuelles, le mouvement prendrait très rapidement de l’ampleur et que des choses positives en sortiraient.

    Je ne sais pas quelle forme tout cela devrait prendre (assemblées générales, réunions et débats au sein des laboratoire, etc.), mais ce qui est certain sous les coups de boutoir donnés à la recherche par le gouvernement actuel, la communauté toute entière devrait être dans un état d’ébullition ABSOLUE. Honnêtement, aujourd’hui on assiste tout au plus à de l’ébullition douce, des frémissements ! ... C’est même étonnant : quelle autre communauté dans le service public accepterait de voir ses crédits coupés de 20 à 30%, ses recrutements permanents baisser de moitié en deux ans, sans broncher, ou à peine ? Je ne dis pas que les chercheurs doivent agir selon les mêmes schémas, mais enfin imagine-t-on la situation dans les écoles et les lycées si ceux-ci devaient (fin 2003) être en train de mendier pour que la moitié des crédits (de 2002 !) leur soient versés ?

    Dans un sens, malheureusement, je crains qu’aussi peu de mobilisation, ou du moins une mobilisation aussi "feutrée", ne conforte a posteriori le gouvernement dans sa politique à courte vue... et augure très mal des années à venir.

    Ashod André Aradian (Post-Doc, Univeristy of Edinburgh)

  • > Dépasser le corporatisme...

    12 décembre 2003, par Alain Dutech - LORIA / INRIA - Nancy

    Si je suis bien évidemment d’accord avec cette pétition, je pense en fait qu’il faut aller plus loin. Au delà de la recherche publique, c’est tout le service publique qui est actuellement mis à mal. Et je pense que cela découle d’une volonté "politique" (si on peut dire que ces gens là font encore de la politique) et néo-libérale caractérisée...

    Dès lors, s’il faut se battre pour la recherche, il faut aussi se battre pour tout le reste (éducation, santé, transport, énergie, ...). Et se battre, cela ne veut pas dire freiner des deux pieds et refuser toutes les réformes, cela veut dire se battre pour qu’on prennet le temps de réfléchir à la société dans laquelle on nous impose de vivre, trouver ce vers quoi nous voulons aller, et se donner les moyens de faire des réformes dans le sens qui NOUS plaît. Parce que je ne crois pas que l’immobilisme est une solution non plus...

    Je ne vais pas en rajouter trop, mais si vous aimez les pétitions, il y en a une autre pour vous (pour commencer) : http://nancy-luttes.net/appel-sup-r...

    J’aurais encore moult à dire, mais l’essentiel est "ne restez pas passifs, informez vous en étant critiques !"

    Bonne(s) lutte(s),
    Alain

    PS : pour accéder directement à une autre pétition :

  • quelques raisons de ne pas signer

    12 décembre 2003, par Jean-Louis Barrat

    Je suis loin d’approuver tous les éléments de la politique actuelle en matière
    de recherche. En particulier la création des contrats temporaires me parait un
    essai maladroit d’imiter le fonctionnement américain, sans réflexion sur les
    différences structurelles qui existent entre pays. Toutefois, je ne signerai certainement pas
    un appel tel que celui ci, et je tiens à expliquer pourquoi.

    Si on réclame une augmentation significative des crédits des instituts de recherche,
    il faut réfléchir sérieusement à la façon dont ils doivent être utilisés
    et distribués. S’il s’agit uniquement de maintenir un status quo, comme le
    fait souvent le CNRS, on comprend la réticence des politiques.
    L’action du ministère (dont les crédits sont je crois à la hausse) me semble plus
    efficace et nous rapproche progressivement du standard de ce qui se fait
    dans d’autres pays européens.

    De manière générale, je pense que l’expression "recherche indépendante" est jolie,
    mais ne veut rien dire. De quoi est on supposé être indépendant ? Doit on
    comprendre que les instituts de recherche n’ont de compte à rendre à personne d’autre
    qu’à eux mêmes ? C’est la signification de l’indépendance pour la justice ou la presse,
    comparaison qu’utilisent certains mais qui ne paraît guère pertinente.
    Finalement, il me semble que les conservatismes au sein des organismes
    de recherche créent souvent une "dépendance" bien plus forte que par exemple un lien avec un partenaire industriel. Pour être bien évalué, il vaut souvent mieux rester dans le cadre de sa section, continuer à rester gentiment
    le spécialiste de ce qu’on a fait pendant sa thèse... N’est on
    pas en train de confondre confort intellectuel et indépendance ?

    La notion de "qualité scientifique" brandie dans l’appel doit aussi être discutée.
    Tous les chercheurs savent qu’on peut faire des choses de très grande
    "qualité scientifique" sur un sujet qui intéresse trois personnes dans le monde,
    et publier cela dans de très bonnes revues, puisque les deux autres interessés seront
    rapporteurs. Il s’agit bien sur d’un débat complexe, mais il est certain que
    la capacité pour un laboratoire public, à créer et maintenir un brevet
    - susceptible d’ailleurs de rapporter des sommes
    importantes à l’établissement - est un critère de
    "qualité scientifique" au moins aussi intéressant que beaucoup de publications.

    Je suis très convaincu de la nécessité de maintenir une recherche publique de
    qualité, mais pour cela il faudrait que les organismes de recherche, et en particulier le CNRS,
    aient eu le courage de faire, en interne, les évolutions nécessaires pour disposer
    d’arguments convaincants vis à vis des gouvernements.


    Jean-Louis Barrat
    Laboratoire de Physique de la Matière Condensée et Nanostructures Ph : +33 4 72 44 85 65 Fax : +33 4 72 43 26 48
    Universite Claude Bernard - Lyon I barrat@lpmcn.univ-lyon1.fr
    Campus de La Doua http://lpmcn.univ-lyon1.fr/ barrat
    69622 Villeurbanne Cedex

  • > Pour une recherche publique indépendante

    11 décembre 2003, par SIMON

    La recherche publique en France a très certainement besoin de réformes structurelles pour certains organismes et de réorientations thématiques pour d’autres. Néanmoins, celle-ci est parfaitement compétitive au niveau international. La Recherche industrielle est en passe d’être dévastée. Les groupes industriels multinationaux, les seuls qui auront les moyens de contribuer aux "fondations" envisagées, n’ont pas pour vocation de maintenir un tissu social cohérent au sein d’une Nation:ils agiront donc selon leurs intérêts propres.

    Deux problèmes se posent donc :
    - comment sauvegarder une Recherche industrielle en France
    - comment concilier la vocation d’un Service Public, aux services de tous, avec des intérêts particuliers ?

    • Quelques remarques et réflexions

      16 décembre 2003, par Didier Chatenay

      Ayant signé cet appel et lu les quelques messages apparus sur ce site, j’aimerais partager avec les auteurs de ces messages quelques remarques et réflexions.

      En ce qui me concerne je ne suis pas ébloui par l’efficacité de la politique actuelle du Ministère et je n’arrive pas à voire en quoi cette politique nous rapproche du standard de ce qui se fait dans d’autres pays européens. D’ailleurs la comparaison va être rapide car à l’heure actuelle les 2 seuls pays européens avec lesquels il serait justifié de comparer sont la Grande-Bretage (et on sait les ravages que la politique tatchérienne a causé dans le système universitaire britannique, bien sur si on excepte Oxford et Cambridge...) et l’Allemagne. Il me semble qu’il s’agit d’une affirmation un peu gratuite et peu argumentée. Par contre il serait bon de réaliser qu’une partie de cette politique du Ministère (la mise en place des ACI) n’a pu être mise en place de manière efficace qu’avec le concours du CNRS.

      Par contre je suis profondément persuadé que la politique actuellement mise en place a de sérieux effets pervers.

      Tout d’abord cela fait perdre de vue au Ministère son rôle essentiel qui devrait être d’arbitrer entre les grands organismes de recherche, d’inciter à une plus grande rationalité du partage des rôles entre les organismes (pourquoi relancer l’informatique au CNRS quand l’INRIA existe ? comment partager les rôles entre le CNRS, l’INSERM, le CEA dans le domaine des Sciences du Vivant ?), d’inciter les organismes à se doter d’une réelle politique scientifique (charge au Ministère d’évaluer ces politiques et de donner aux organismes les moyens de la mettre en oeuvre), tout en le mobilisant dans des tâches plus microscopiques de gestion de programmes de recherches ponctuels, tâches qui devraient sans aucun doute être du ressort des établissements publics de recherche.

      Cette politique a également pour conséquence un émiettement conséquent des moyens mis à la disposition des laboratoires et conduit surtout à une absence de pérennisation des ressources. Elle a ainsi une conséquence néfaste sur le développement de nouveaux thèmes de recherche dans la mesure où cet éparpillement des ressources ne permet plus aux laboratoires de démarrer de nouvelles activités sur leurs ressources récurrentes et où, dans le même temps, il est extrêmement difficile d’obtenir des ressources conséquentes sur des appels d’offre si il s’agit d’une thématique totalement nouvelle pour les équipes qui les proposent. Sans compter que de toute façon il est bien rare que l’obtention d’une seule ACI suffise à financer complètement un programme de recherche.

      Cette politique ignore totalement le formidable outil d’évaluation tant des structures collectives (les laboratoires) que des individus (et tout particulièrement les chercheurs du CNRS) constitué par le Comité National de la Recherche Scientifique. L’énergie considérable qui y est déployée pour alimenter tant le CNRS que le Ministère en évaluation de qualité (et là je peux certifier que les évolutions des dernières années vont vers une évaluation de plus en plus critique et constructive), en réflexion prospective et conjoncturelle, ne sert quasiment plus à rien. Or cette évaluation, à chaque création ou renouvellement d’un laboratoire, devrait pouvoir véritablement servir à l’établissement d’un contrat d’association, remis en question à intervalles réguliers, pour définir les moyens à mettre en place pour servir une politique scientifique évaluée a posteriori. Dans une telle vision le Comité National n’est qu’un outil mis à la disposition du CNRS et du Ministère pour les guider dans leurs choix et leurs réflexions stratégiques et dans les opérations scientifiques qu’ils mettent en place au niveau des laboratoires. A l’heure actuelle les attributions de fonds sur appels d’offres constituent un étage supplémentaire d’évaluation qui se superpose à celui du Comité National sans en avoir ni la profondeur ni la pérennité.

      Plus grave encore selon moi cette politique est déstructurante pour les laboratoires car justement elle ne prend absolument pas en compte cette réalité qui est la nôtre à l’heure actuelle:en France la recherche s’effectue dans des lieux -les laboratoires- qui sont (et devraient l’être encore plus) de véritables lieux d’élaboration de la connaissance envisagée sous un angle collectif. Il me semble important de souligner que c’est justement cette structuration en laboratoires et la création du CNRS qui ont permis à une certaine époque à la recherche française d’exister au plus haut niveau international. Il me semble totalement illusoire d’imaginer qu’un système essentiellement basé sur l’individualisme des chercheurs puisse (dans les conditions qui sont les nôtres en France à l’heure actuelle) maintenir la recherche dans notre pays à un niveau raisonnable. C’est justement en créant ce système collectif que nous avons pu compenser la faiblesse relative de nos effectifs en étudiants et post-doctorants. Il est illusoire de penser que chaque chercheur, enseignant-chercheur puisse en France à l’heure actuelle développer une recherche totalement autonome ; c’est à partir de notre capacité à nous regrouper autour de projets scientifiques au sein de laboratoires disposant de moyens raisonnables que nous pourrons continuer à exister.

      Ayant été évaluateur moi-même ces dernières années il me semble totalement exagéré d’affirmer que nous avons fait preuve au sein du Comité National dans son ensemble d’un conservatisme privilégiant l’absence de prise de risque et l’immobilisme. Non il ne suffit pas de publier dans des revues prestigieuses un article qui n’intéresse que 2 autre personnes sur la planète pour obtenir une reconnaissance par les sections (et d’ailleurs par le reste de la communauté scientifique). Non nous n’avons pas systématiquement favorisé l’immobilisme des chercheurs tant dans leurs thématiques de recherche que dans leur appartenance à des sections. Oui nous avons pris sérieusement en considération des activités ayant conduit à la prise de brevets (ce qui a permis à certains chercheurs d’être promus à ce titre).

      En ce qui concerne les relations du monde de la recherche académique avec le monde industriel il y a belle lurette que ce débat est réglé ; même parmi les tenants les plus purs et durs de la recherche académique ces contacts sont pratique courrante tant pour financer des travaux de recherche que (dans certains domaines) pour découvrir de nouvelles problématiques. Nous sommes bien loin du refus systématique, pratiqué à une certaine époque, de toute collaboration avec le "Grand Capital".

      Il ne s’agit pas ici de prétendre que notre système est parfait ; je suis le premier à admettre que bien des aspects de nos modes de fonctionnement sont critiquables, que de nombreuses réflexions sont nécessaires pour augmenter son efficacité. Oui il serait par exemple grand temps de se poser des questions sur la notion de laboratoire, de directeur de laboratoire, d’équipes, de responsables d’équipes ! Oui il serait nécessaire de repenser les carrières des chercheurs qui sont basées sur une évaluation individuelle dans un cadre collectif, ce qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes ! Oui il faut se donner les moyens réels d’une évaluation qui doit être menée sans concession avec une réelle exigence sur la qualité intellectuelle des projets scientifiques ! Et encore oui il faut réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour que les laboratoires puissent périodiquement se renouveler de manière conséquente, qu’ils puissent être encore plus réactifs vis-à-vis des évolutions rapides de certains domaines de recherche ! Toutes ces questions ne justifient en rien que notre système soit condamné et elles valent la peine d’être posées pour envisager de nécessaires évolutions et éviter de se lancer dans une politique qui n’arrive pas à expliciter ses objectifs et le modèle qu’elle adopte. Cette totale absence de réflexion globale sur l’organisation de la science et la politique menée à l’heure actuelle conduiront inévitablement à un échec qui transformera le système français de recherche en monstre hybride à mi-chemin entre le rêve américain de certains et notre actuel système ; je parle de monstre hybride car bien évidemment il sera indispensable d’injecter dans ce nouveau système à l’américaine toutes les adaptations inévitablement nécessaires pour ajuster ce modèle américain au contexte français. Il y a ainsi fort à parier que nous aboutirons à un système qui combinera à peu près toutes les tares des 2 systèmes pris séparément.

      Je ne crois pas qu’à l’heure actuelle le milieu scientifique soit profondément conservateur ; nous somme nombreux à penser que des réformes sont nécessaires. Encore faudrait-il, pour entamer une réelle réflexion en profondeur, que le milieu ait le sentiment que la recherche demeure une réelle priorité nationale. Encore faudrait il qu’une certaine forme de recherche académique et fondamentale ne soit pas sans arrêt mise sur la sellette, ses acteurs soumis à une intolérable pression au sujet de leur utilité sociale (ou sociétale ? je ne sais même plus comment dire !). Il n’y a que dans des conditions de réelle confiance entre les scientifiques et ceux qui nous gouvernent qu’une telle réflexion peut s’engager. C’est bien pour celà que cet appel est important même si on peut en discuter à l’infini les formulations sur divers points. Au-delà d’un sauvetage budgétaire à court terme il s’agit de créer une situation où nous pourrons aborder sereinement l’ensemble des problèmes structuraux de notre système de recherche depuis le recrutement des jeunes chercheurs et enseignant-chercheurs jusqu’aux modes de financement et d’évaluation. La tâche va être rude car au cas où certains auraient la mémoire courte il est bon de rappeller que les éléments essentiels de l’actuelle politique ont été mis en place par un certain Claude Allègre, ministre d’un gouvernement socialiste ! Mais en réfléchissant aux enjeux je demeure persuadé que s’atteller à cette tâche devrait être une priorité pour nous tous.