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réactions à l'article «Pétition "Qui veut la mort des sciences humaines et sociales ?"»

  • > Pétition "Qui veut la mort des sciences humaines et sociales ?"

    3 février 2004

    Bordignon Thomas étudiant Licence de philosophie Paris 1
    Bordignon Marie étudiante 1ere année de psychologie Grenoble 2
    Bordignon Michèle psychologue clinicienne demandeur d’emploi
    En soutien à la pétition nous souhaitons y associer nos noms.

    • > Pétition "Qui veut la mort des sciences humaines et sociales ?"

      4 février 2004

      merci de votre soutien. j’ai transmis vos noms pour signature à la pétition.
      pour plus d’info, vous pouvez consulter le site de l’association nationale des candidats aux métiers de la science politique, qui en a pris l’initiative : ancmsp.org ou vous inscrire sur sa liste de diffusion : ancmsp@yahoo.com
      Amicalement,
      Magdaléna Hadjiisky

  • > Pétition "Qui veut la mort des sciences humaines et sociales ?"

    15 janvier 2004, par G. Herlédan, psychologue clinicien et curieux de science(s)

    Voici une contribution en témoignage de soutien à votre engagement. Elle peut-être un peu surprenante par son contenu…

    Le Gouvernement français a décidé de mener une politique de restriction des moyens publics de la recherche. On ne saurait s’en réjouir, mais — après tout, on pourrait l’admettre — s’il ne s’agissait que de répondre à la pression d’une urgence circonstancielle ou de permettre la réalisation d’un objectif incontestablement utile à la Nation. Il serait possible, pour un temps, et sur la foi d’arguments objectifs de souscrire à de tels impératifs. Ce serait affaire de raison.

    Hélas, il nous faut bien constater que ce n’est plus de cela dont il s’agit aujourd’hui. Nous sommes dans le domaine de la passion. Eh ! oui, nos froids calculateurs sont des passionnés, des passionnés de l’ignorance, de la nescience. Ils mettent leur pouvoir au service de leur jouissance.

    Drôle d’idée, dira-t-on. Elle appelle quelques éclaircissements.

    Je ne suis pas chercheur en sciences « dures » ou appliquées, mais praticien de la psychologie clinique que je pratique en me référant aux concepts de la psychanalyse. Ainsi, la question du savoir, de la vérité et donc de l’ignorance passionnée me soucie-telle, puisque de nombreux patients viennent m’en entretenir dans les consultations. Que savent-ils de la vérité de ce qui dirige leurs vies ? Le refoulement freudien manifeste qu’il y a du savoir à ignorer. La méconnaissance de son désir conduit le sujet à la méprise dans ses décisions au moment même où il croit être le plus assuré de ses choix. Ce tableau est des plus familier pour le clinicien, même si chaque sujet le vit avec toute sa singularité.

    La psychanalyse nous apprend que le savoir — paradoxalement — doit en partie rester ignoré, insu, car il concerne une vérité assez insupportable qu’il ne peut que frôler asymptotiquement. Sans entrer dans des développements théoriques assez longs qui n’ont pas leur place ici, j’indiquerais que cela se réalise pour chacun dans l’épreuve du désir — qui ne s’épuise pas par la satisfaction des besoins — et dans celle de la mort dont aucun désir ne dispense. Ce n’est nullement agréable de le savoir. Savoir (ça) n’a rien d’agréable en son principe ultime, même si le mouvement de recherche peut être porteur de plaisir, parfois. Encore que toute connaissance ouvre un horizon plus large d’ignorance, manifestation de l’incomplétude même des démarches humaines.

    Il faut cependant « faire avec » ce savoir, qui selon Jacques Lacan, se trouve toujours en jeu — enjeu — dans les échanges institués, le lien social, en somme les dispositifs de la civilisation. Diverses possibilités sont offertes aux humains dans ce que Lacan appelle les « discours ». Certains s’avancent ainsi en disant « je sais » — éventuellement mieux que toi !— , ce qu’il te faut, ce que tu désires, ce qui est bon pour tous, ou même ce qu’est La Vérité au nom de laquelle je te maîtrise. D’autres en appellent à un Maître qui les délivrerait de toute question, de toute incertitude. Qu’ils viennent à le rencontrer, ce Maître, on imagine ce que peut être une telle relation, individuelle ou collective. Il semble bien que cela a été le canevas de notre Histoire jusqu’à des temps peu anciens, des formes douces aux plus atroces.

    Mais voilà que vient à se mettre en avant un discours jusque là tenu en peu de considération dans les sociétés modernes : celui qui revendique ne rien vouloir savoir du savoir, ne pas tenter la démarche éthique d’approcher quelque indice de vérité.

    Le nouveau maître s’avance dans la société consumériste comme celui qui refoule tout savoir pour mener à bien son entreprise de « mise au travail » de la faille humaine, celle du désir et de l’incapacité de tout objet à le satisfaire. Il lui faut en effet ne pas savoir ce qu’il fait — toute connaissance l’anéantirait de honte — quand il applique son fer là où l’homme souffre, en effet, de manière inexorable. Il s’agit de pousser le sujet à désirer sans cesse en se méprenant. D’où la kyrielle des objets proposés, convoités, frustrants l’envie si on en manque, et finalement décevants si on les possède, et enfin réduits en déchets. N’est-ce pas le spectacle de nos débauches modernes à quoi le « tri sélectif des ordures » est une réponse citoyenne de bien petite envergure.

    Les nouveaux Maîtres avancent avec la fameuse « bêtise au front de taureau » en armes sur leur blason. C’est par l’ignorance qu’ils se reconnaissent, c’est par elle qu’ils agissent, c’est elle qu’il leur faut faire croître à tout prix. Question vitale. L’argument économique est un cache misère, un leurre.

    Cependant il en impose. C’est quand même vrai qu’on ne peut pas tout se payer ! S’en prendre aux recherches — fondamentales, si possible —, à la source du savoir, flatte aussi en chacun de nous cette part obscure qui appelle à l’ignorance, à cette voix maligne qui suggère de rester loin de la connaissance dont il est si facile de trouver qu’elle coûte toujours plus qu’elle ne donne.

    Et c’est bien là une difficulté majeure pour s’opposer à ceux qui promeuvent la bêtise et l’ignorance en moyen de gouvernement : ils peuvent compter sur notre complicité passive, ignorée de nous-mêmes. Le réveil du point de vérité qui peut être touché dans ces luttes nécessite, en effet, un dépassement de notre complaisance au sommeil de la raison, plus exactement encore au renoncement à soutenir toujours quelque chose de notre désir — y compris de vérité — quand bien même nous la savons inaccessible comme telle. Ça ne sert à rien, mais cela doit être.

    G. Herlédan
    Psychologue
    35830 BETTON