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Hommage à Marc Bloch

réactions à l'article «L’étrange réforme
Hommage à Marc Bloch»

  • L’étrange réforme
    Hommage à Marc Bloch

    11 novembre 2008, par Emmanuel Saint-James

    En cet anniversaire de l’armistice de 1918,
    il convient de rendre hommage à cette
    collègue philosophe morte tragiquement,
    ébranlée par une commission de spécialistes dont la décision
    sonne rétrospectivement comme celle d’un tribunal militaire.

    J’ai découvert à cette occasion
    l’étrange défaite de la recherche française,
    article de 2001 analysant lui aussi le milieu scientifique français à la lumière de ce texte de Marc Bloch, mais également d’une autre de ses réflexions : A propos d’un livre trop peu connu. Le livre en question, rédigé en 1938, s’intitule Une invasion de la France est-elle toujours possible ?. On peut lire sa préface élogieuse, due à ... l’hyper-maréchal qui dirigera le pays peu de temps après. Ce qui frappe dans ces pages, c’est l’affirmation générale que le front continu (ici la ligne Maginot) a rendu prépondérante la tactique, art de disposer ses forces dans l’espace, par rapport à la stratégie, art du déplacement des forces dans le temps, présentée comme un risque inutile. Marc Bloch trouve ici l’explication de la difficulté à déplacer l’armée qu’il décrit au début de l’Etrange défaite, avec les conséquences désastreuses que l’on sait.

    Comment là encore ne pas être frappé par la ressemblance avec aujourd’hui ?
    On force les universités à se regrouper pour en faire des forteresses du savoir (ironiquement, c’est en Alsace qu’on trouve les premières à avoir accepté), avec un personnel totalement dépendant d’un président autocrate. Parallèlement on affaiblit le CNRS, dont l’une des caractéristiques est que chacun de ses membres peut effectuer sa mission en tout point du territoire, puisqu’il peut demander sa mutation à tout moment. La recherche française, décidément, n’a pas fini de rentrer en résistance.

  • L’étrange réforme
    Hommage à Marc Bloch

    7 février 2008, par François-Olivier Touati

    Permettez-moi de vous remercier chaleureusement pour cette mise en perspective et de vous en féliciter. J’y souscris sans réserve. Le drame est que l’on n’a que le clergé qu’on mérite. Nous avons une "responsabilité collective". Et donc il convient de ne pas démissionner de notre pédagogie active, citoyenne, permanente : nos travaux de recherches et d’enseignement y trouvent leur justification d’autant plus grande et réciproquement. Je suis étonné d’avoir vu à quelle vitesse (en 8 mois... à peine) les esprits basculent, bernés, aveuglés : inquiétant, mais dramatiquement (là encore...) passionnant quand on songe à certains parallèles d’avant-guerre, quel observatoire grandiose ! Grandeur nature !
    J’imprime aussitôt votre texte pour le donner en réflexion "pratique" à mes étudiants. Une façon d’entrer de plein-pied et au présent dans l’oeuvre du grand homme auquel (pub !) je viens de consacrer une petite étude intitulée :
    Marc Bloch et l’Angleterre (Paris, Boutique de l’Histoire, 2007).

    Au plaisir de vous lire

    François-Olivier Touati,
    Professeur d’Histoire du Moyen Age,
    Université de Tours ("parce que mieux vaut de rires que de larmes écrire" F. Rabelais)

  • L’étrange réforme
    Hommage à Marc Bloch

    25 janvier 2008, par annick danjou

    J’aime bien en général ce que vous écrivez Monsieur Saint-James et suis aussi généralement en accord avec vous. Je veux cependant insister sur ce point que vous relevez vous même :

    "Les forums de ce site mettent parfois en cause l’éthique de chercheurs et enseignants-chercheurs. Ces affirmations approximatives et souvent anonymes ne sont évidemment pas à prendre pour argent comptant ; personne ne nie néanmoins qu’il existe des comportements peu défendables, qui ne sont jamais sanctionnés. La nouvelle loi, au lieu d’organiser les contre-pouvoirs permettant de sévir ou, mieux, d’anticiper, prône l’autoritarisme de quelques uns. Est-ce raisonnable, même pour eux ? Pensons aussi à une autre absence de sanctions. La pénurie de locaux à l’université fait que la fraude à l’examen est beaucoup plus facile et tentante aujourd’hui qu’hier, décrédibilisant la valeur des diplômes. Combien de fois les universités ont osé exclure un étudiant pour fraude avérée ? Sur ce point, il y a tout à craindre d’une loi qui peine à séparer la préparation d’un diplôme, qui est un droit, à son obtention, qui est un devoir."

    Vous avez souvent tendance à vouloir minimiser cet état de fait en rappelant à ceux qui le soulèvent que là n’est pas l’essentiel. Certes ! Mais vous êtes-vous demandé pourquoi tant de personnes ont dénoncé et dénoncent encore ce manque d’éthique et d’intégrité scientifique de chercheurs ou enseignants- chercheurs ? Vous êtes- vous demandé pourquoi dans la plupart des cas, elles le font de manière anonyme ? Vous parlez d’affirmations approximatives à ne pas prendre pour argent comptant, je pense que votre jeunesse ou votre discipline vous ont mis à l’abri de ces mauvaises actions. Moi je peux vous affirmer que l’on pourrait en écrire un livre (à venir peut-être un jour) et que je pourrais personnellement vous citer des noms de gens brillants et installés qui en ont fait les frais. Ne parlons donc pas des jeunes qui n’ont pas droit à la parole, seulement la possibilité de le dénoncer anonymement quand ils en éprouvent encore l’envie ou le besoin. Ce fléau n’a jamais été dénoncé avant, même parmi les collègues qui, à présent, veulent bien éventuellement le reconnaître (ils n’ont plus le choix), même si...., l’internet a permis au moins aux gens de s’exprimer sur ce mal français avant tout, qui a miné certains domaines de recherche, quoiqu’on en dise et qui n’est certainement pas à prendre à la légère.

    Vous écrivez bien et vos propos sont le plus souvent bien argumentés. Je regrette cependant que dans la plupart des cas, vous minimisiez les propos venant de contributions en désaccord avec la ligne de SLR.

    En ce qui concerne la toute puissance des Présidents d’Université, comment n’accepteraient-ils pas un tel pouvoir. Vous pouvez mesurer la réalité de cette avidité de pouvoir en constatant ce qui se passe à Paris V, non ?

    • L’étrange réforme
      Hommage à Marc Bloch

      26 janvier 2008, par Emmanuel Saint-James

      Merci de vos encouragements et plus généralement de votre intervention.

      Quelques réponses, par volume croissant.

      Ne travaillant pas à Paris V, je ne sais pas exactement ce qui s’y passe, mais je crois que mes propos laissent clairement entendre qu’il est dangereux de donner encore plus de pouvoir à ceux qui en ont déjà trop le goût. Je ne suis donc pas sûr d’avoir bien compris le sens de votre dernier paragraphe.

      Cela fait plusieurs années déjà que j’essaye de faire passer certaines idées quant au problème général de la promotion de l’esprit scientifique. Il se trouve que seul SLR a bien voulu les publier, bien que chacun de ses membres ne partage que telle ou telle partie de mes opinions. Je ne crois donc pas qu’il l y ait une unique ligne SLR, en revanche c’est le seul endroit que je connaisse où des débats contradictoires et raisonnés sur ces questions ont lieu.

      Sur votre point central à présent. Je suis évidemment de ceux qui pensent que toute vérité est bonne à dire. Seulement il y en a beaucoup. La patience humaine ayant des limites, on a le temps de n’en dire que certaines, autrement dit de pratiquer qu’on le veuille ou non du mensonge par omission (toute la tromperie des grands médias est fondée là-dessus). Et c’est là qu’il faut rappeler que l’accumulation d’exemples ne vaut pas démonstration, et qu’il y a des remèdes qui sont pires que le mal.

      En l’occurrence, je n’ai aucune illusion sur l’existence
      du clientélisme et de ses variantes dans le milieu scientifique. Mais pourquoi laisser entendre que ces pratiques ne sont pas l’exception mais la règle, pourquoi affirmer que c’est spécifiquement français, pourquoi oublier de dire que cela existe dans toutes les professions ?

      La psychologie mortifère évoquée par Marc Bloch, c’est celle qui dit : même les scientifiques n’arrivent pas à être 100% objectifs, alors renonçons complètement et tant pis si l’université est soumise à la seule subjectivité d’un poignée d’hommes de pouvoir. Parler des manquements à l’éthique du milieu scientifique est sain. Ne parler que de cela est malsain, car il va dans le sens de cette psychologie suicidaire.

      Je crois donc moins utile de rabacher des problèmes connus, que d’essayer de montrer que les prétendues solutions que l’on nous impose aujourd’hui ne feront que les aggraver.

      Bien à vous.

      esj