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réactions à l'article «Scientifiques, ouvrez les yeux !»

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    27 mai 2008

    Chères et chers collègues,
    De l’Université comme du CNRS ou des autres EPST, la Recherche Française est bien en danger, et conjointement l’Enseignement.

    Refondre un pilier comme le CNRS n’a pour but que de diviser, d’éclater devrais-je dire, pour mieux régner, voire détruire.
    La refonte du CNRS est le premier pas vers l’ablation des organes de la Recherche Fondamentale. Le second sera-t-il d’exploser le CEA, même s’il demeure historiquement encore un peu protégé ?
    Restera alors un seul gros pilier, l’INSERM, mais dont la vocation initiale est plutôt une Recherche Appliquée et centrée sur la Médecine (même si la Recherche Fondamentale y existe). Et exit donc les domaines d’interface qui sont une des forces du CNRS, mondialement reconnue. Avec un "département" SDV rattaché à l’INSERM et des crédits qui seront probablement constants, il sera alors aisé de pulvériser ce dernier pilier. Les autres EPST, dont le travail et les recherches sont tout aussi honorables, mais dont la masse est moins critique, n’auront alors plus aucun moyen d’exister...

    On nous dira que la Recherche reviendra à l’Université. C’est bien, oui, mais quelles garanties avons-nous que les moyens financiers de la Recherche, Fondamentale et Appliquée, seront accordés à l’Université ?
    L’autonomie obligatoire de celle-ci est un risque supplémentaire. Il y aura peu être bien quelques universités d’excellence, mais à terme, quel sera leur poids : leur masse salariale et leur impacte sur la Recherche et les progrès techniques ?
    Quand bien même le flux de jeunes bacheliers diminuerait (mais à vouloir 80% de la population titulaire du bac, le nombre de bachelier suit donc celui des classes démographiques), ces quelques universités et leurs personnels seront débordés par l’Enseignement, qui forcément ne sera plus de qualité. Dans ces conditions, on ne parlera même plus de dégager du personnel pour la Recherche...

    Mes propos sont peut-être plus ou moins justes, plus ou moins complets, mais je pense que les risques essentiels y sont présentés.
    Ces risques dépassent de loin les querelles entre EPST et universitaires, entre chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA et BIATOS...

    Scientifiques, ouvrez les yeux !
    Certes, il reste des yeux de Scientifiques à ouvrir, et certains pensent (encore), en toute honnêteté, qu’ils défendront leur université, puisque bientôt ce sera le lieu unique où la Recherche restera théoriquement possible...

    Mais l’élément décisif n’est peut-être pas celui-ci. En effet, interrogez vos concitoyens, voisins, passants, commerçants de quartier... et vous constaterez qu’ILS pensent que tout va bien dans la Recherche Française, depuis qu’on nous a promis des crédits et des postes, pour l’Enseignement et la Recherche, en 2004.

    Je propose que nous ayons une action de sensibilisation et d’information de l’opinion publique sur les risques à moyen et long terme de l’éclatement de la Recherche. Signifions leurs les effets sur les progrès techniques et la qualité de vie, les risques sanitaires (lutte contre les pathogènes, les maladies nosocomiales, les maladies neurodégénératives, les risques en cas d’attaques chimiques ou biologiques...), sur les sources d’énergie (alternatives en particulier), etc, etc... et les conséquences sur l’économie de notre pays.

    Listons, domaine scientifique par domaine scientifique et également au niveau de l’Enseignement, les risques à court, moyen et long terme pour la vie des Français. Ce pourrait être une mission confiée aux sections du Comité National de la Recherche, en association avec des représentants de l’Université. Et arborons, au quotidien et pas seulement au cours d’une Académic Pride, ces listes (pancartes et tracts à la population) !

    Il est une chose que nous prenions conscience des dangers de la disparition programmée de la Recherche Française et de la perte de qualité de notre Enseignement, mais il est de notre devoir de Scientifiques d’alerter ceux pour qui nous oeuvrons, nos concitoyens.
    Chacun prendra ensuite position, en connaissance de cause.

    • Scientifiques, ouvrez les yeux !

      21 juin 2008, par TEXEROLAS

      Tout mon respect Mr Trautman pour votre engagement sincère...

      Pardon aussi pour notre versatilité mais nous devons terminer "les papiers" que signerons nos chefs.

      Voici un texte que m’a inspiré l’action au siège du CNRS...

      Sauvons la recherche nous appelle à la rescousse demain jeudi à 8h 30 pour sauver le CNRS
      et "pour un monde meilleur"


tant qu’à faire...

      Que puis-je faire pour défendre l’enseignement et la recherche le 19 juin ?

      SLR propose les actions suivantes, j’expose mon point de vue.

      Venir (dès 8h) participer au blocage du CA du CNRS à Paris.

      Je vais y aller, et demander aux présents combien sont titulaires, combien sont précaires, ha non ! Demain matin je surveille des examens pour l’éducation nationale (il faut bien vivre).

      Inciter le directeur de mon laboratoire ou/et de mon UFR à organiser une réunion pour discuter et préparer le 19 juin : les conditions posées et la portée de la grève administrative ;

      (rire) Je suis suspect pour le moins depuis mes sorties sur SLR, il y a 4 ans. à l’époque mon directeur de labo à démissionné, puis réintégré son poste, tranquille. Quant à moi et mes co-disciples nous sommes toujours aussi précaires. Ah oui, ce directeur fait indéniablement partie des mandarins…

      Afficher l’appel sur la porte de mon bureau ;

      C’est une bonne idée, mais au fait il est où ? Pourtant c’est ma cinquième année d’enseignement à l’université je devrais le savoir où qu’il est ce bureau…

      Diffuser l’appel dans mes réseaux ;

      Hi Hi, tiens je vais l’envoyer à ma mailing-list de chercheurs précaires et autres travailleurs du savoir et artistes… pourquoi pas chez Kalai ?

      Diffuser l’appel des médaillés CNRS et en contacter de nouveaux


      Oula... pas beaucoup de médaillés CNRS dans mon carnet d’adresses, c’est donc pour ça que je n’y suis pas recruté… Je me refuse à y croire.

      M’informer sur l’ANR ;

      Quant je propose un projet de recherche à l’ANR c’est pour croûter pas pour acheter une maison secondaire, je les connais bien…

      ou le financement de la recherche :

      Je sais bien, je travaille dans des locaux où les plafonds risquent de tomber…

      le budget de la recherche (4 pages + annexes) ;

      Faible ou élevé je reste un esclave intermittent, j’ai pas vraiment le temps de lire ça 

le crédit impôt-recherche (2 pages) ;
Moins d’impôts, plus de fondations et de mécénat, il faudra pleurer auprès d’un prince pour avoir quelques miettes, c’est déjà le cas, mais en plus il faut cirer des pompes mandarinales, pas le temps de lire non plus et je dois finir cet article, il faut soumettre (nos articles) avant les départs en vacances car nos "pairs" qui nous expertisent en toute indépendance et qui partent en vacances eux...

pardon pour l’accent populiste...

      Bon j’y retourne,

Pour que cela soit clair, je suis totalement opposé à ces
      « réformes ». Mais je suis trop précaire pour lutter avec SLR demain matin…



      Si SLR organise un rdv de précaires sans titulaires, j’y serais...

      TEXEROLAS

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    27 mai 2008, par renaud

    si le gouvernement de la france ne veut plus vous donner des conditions de travail décentes ( je ne dis pas mirifiques) allez à l’étranger. Bon sang nous ne sommes que sur une petite planète soyez les premiers à créer la planétarité ( et non la mondialisation fric). Votre recherche est humaine, humaniste et révolutionnaire. Tant pis pour les imbéciles qui ne comprendront jamais rien à Paris et à Roscoff.
    Nous temporisons quand même pour voir de visu la participation tout à l’heure.
    Renaud, roscovite et citoyen de Gaia

  • Appel des invisibles : nous demandons la solidarité des statutaires

    26 mai 2008, par Eliane Daphy

    Appel des invisibles

    Nous sommes la recherche et l’université

    Nous sommes la partie d’un tout

    Nous sommes fiers de nos métiers

    Nous sommes fiers de nos disciplines, de nos savoirs et de nos savoir-faire

    Nous sommes les petits, les clandestins, les précaires

    Nous sommes invisibles

    Nous sommes en danger. Nous sommes en colère

    Nous ne nous laisserons pas faire

    Nous sommes la partie d’un tout. Nous sommes la recherche et l’université

    Nous avons bien constaté que certains des privilégiés nous ont déjà laissés tomber

    Ces mandarins trop occupés à protéger leur notoriété

    Nous les petits, les clandestins, les précaires

    Nous les CDD les sans-statuts les sans-droits

    Nous appelons à la solidarité des statutaires

    Nous demandons la fin du travail gratuit, des CDD

    Nous demandons la fin des concours bidons

    Nous demandons de travailler dans la dignité

    Nous demandons la fin des DU et chefs de service méprisants exploiteurs

    Nous sommes la recherche et l’université

    Nous sommes la partie d’un tout

    Nous sommes des milliers

    Des masques blancs derrière nos visages

    Pour bien monter notre existence

    Nous nous donnons rendez-vous

    Le 27 mai dans la rue

    A l’Academic Pride - Marche de tous les savoirs

    Texte écrit par Eliane Daphy, ingénieure d’études CNRS 2e classe, intégrée au CNRS à 50 ans en 2002, après 20 années de bons et loyaux service comme chercheure hors-statut précaire dans l’enseignement supérieur et la recherche, et comme bonne à tout faire bénévole dans un labo CNRS.

    • Appel des invisibles : nous demandons la solidarité des statutaires

      27 mai 2008, par renaud

      Merci
      vraiment sincèrement
      En plus l’émotion.. les larmes au bord des yeux
      Le combat continue
      Sinon canada, singapour etc ... Quand déborde la coupe

      • Appel des invisibles : nous demandons la solidarité des statutaires

        27 mai 2008, par Clelia Conti

        Merci pour ce message et pour évoquer la situation des précaires et des invisibles de l’université, qui y prennent pourtant une grande part. Je ne pourrai pas défiler cet après-midi, aucune manifestation n’étant prévue dans ma ville. Mais je soutiens de tout coeur cette initiative. Pour ma part, j’en ai assez de ma situation de docteur précaire, et je m’apprête à renoncer à la recherche : si je trouve un emploi correct, à peu près en rapport avec mes compétences, je décrocherai. Assez des charges de cours, des remplacements dans le secondaire, des multiples employeurs que je dois avoir pour arriver à un salaire à peu près décent (à peine le Smic) Vu la rareté des postes, le système est saturé et je m’aperçois à quel point tout est fait, en tout cas en sciences humaines, domaine que je connais, pour favoriser la reproduction endogame. Sans agrégation, pas de poste, vous pouvez bien publier, courir les colloques (souvent à vos frais !), vous faire féliciter pour votre travail, avoir un excellent rapport de thèse, rien n’y fait. Je vais donc décrocher (si je le peux, car les possibles sont bien maigres !) mais je suis tout à fait solidaire pour demander la solidarité des statutaires avec tous les invisibles qui sacrifient conditions de vie et avenir par passion et pour poursuivre leur recherche dans des conditions difficiles.

    • Appel des invisibles : merci de vos mails et appel à témoignage

      28 mai 2008, par Eliane Daphy

      Salut à vous collègues camarades invisibles

      Vous avez été nombreux à m’envoyer des mails perso pour me remercier pour ce texte, souvent avec des mots fort émouvants. Je vous en remercie. Je n’ai pas répondu à vos messages, je n’y répondrai pas, et je vous explique franchement pourquoi, sans prendre le prétexte "trop occupée par l’organisation de l’Academic Pride".

      Contrairement à ce que pensent certains, je vous affirme que SLR n’est pas un mouvement de mandarins soucieux de conserver leurs privilèges, et qui s’en "foutent complètement des précaires et des personnels des laboratoires Cnrs". Contrairement à ce que pensent certains, ce n’est pas vrai que les syndicats sont "depuis longtemps indifférents à la situation catastrophique des précaires". Contrairement à ce que pensent certains, ce n’est pas vrai que "SLR, SLR et les syndicats protègent les maffieux responsables des concours bidons dans certaines disciplines". Non, tout cela n’est pas vrai.

      Ce n’est pas en m’écrivant votre rage, en me racontant les humiliations que vous vivez au jour le jour dans vos laboratoires, en me racontant le désespoir des précaires, la violence des rapports hiérarchiques dans vos laboratoires, situations que je connais bien pour les avoir vécues pendant des années, que nous ferons changer les choses. Ce n’est pas en dénonçant publiquement sur des blogs persos les dérives et le fonctionnement archaïque de certaines disciplines que vous arriverez à faire changer les choses, vous n’arriverez qu’à vous griller du métier personnellement.

      Camarades petits personnels, ce n’est pas en me disant que vous n’en avez rien à foutre si le CNRS crève, et que bien mieux, vous en seriez contentes si enfin vos DU sans parole et sans honneur pouvaient vivre eux aussi à leurs tours quelques galères, que cela changera. Vous savez bien que nos notoriétés arriveront à s’en sortir, et que nous serons encore une fois les perdantes.

      Ce n’est pas en me racontant que ce sont là les raisons pour lesquelles vous ne participerez pas à l’Academic Pride, pour ne pas soutenir les mandarins et les DU dictateurs, que nous arriverons à vous aider.

      Ce n’est pas en pensant qu’en jouant les cartes individuelles du féodalisme et la protection par un mandarin au pouvoir, parce que vous êtes sinon le meilleur du moins vraiment très malin, que vous allez pouvoir vous en sortir. C’est en hurlant ensemble que nous voulons des créations de postes statutaires, un plan pluriannuel pour l’emploi dans la recherche et l’université.

      Camarades précaires, c’est en vous mobilisant, en vous organisant, en passant du stade du désespoir individuel à celui du collectif de lutte, unis et solidaires, que nous pourrons essayer de changer vos situations.

      Précaires, petits personnels et statutaires, unis et solidaires

      C’est en écrivant publiquement ce que vous m’avez écrit en perso, sur les forums des articles où nous texte a été publié pour faire savoir ce que vous vivez au jour le jour (y compris en utilisant des pseudos pour vous protéger), que votre colère et votre désespoir seront entendus. Ces messages seront publiés. Ici, sur le forum du magnifique texte d’[Alain Trautman Scientifiques, ouvrez les yeux !, ou/et sur la suite de mon message sur le site de l’Academic Pride

      A bientôt j’espère tous ensemble dans la lutte

      Eliane Daphy http://elianedaphy.org

    • Appel des invisibles : nous demandons la solidarité des statutaires

      29 mai 2008, par Olivier Gandrillon

      Le succès de SLR s’est construit grâce à son incroyable capacité à fédérer depuis les DU jusqu’aux étudiants stagiaires. Clairement depuis notre victoire sur les trois revendications que nous avions à l’époque, les choses sont devenues plus compliquées. SLR a toujours été fortement critiqué sur son flanc gauche par de tenants d’une position plus "radicale" sur la question de la précarité. Je suis de ceux qui ont toujours activement milité pour que, dès lors que l’Union Sacrée était rompue, nous devions clairement nous positionner du coté des forces vives, c’est à dire des plus jeunes et des plus faibles, c’est à dire de l’armée des non-statutaires. Au delà de la nécessaire solidarité avec ceux que nous cotoyons journalièrement dans nos labos, qui sont la force vive sans laquelle notre système de recherche s’écroulerait, il faut aussi y voir une forme d’égoisme bien compris. Le détricotage des statuts, c’est notre avenir commun. Si nous commençons à céder là dessus, c’est tout le système dément, piloté par une poignée de statutaires, où tous les statuts "intermédiaires" (des techniciens aux CR) seront pulvérisés et leur fonction remplis par des CDD, qui se mettra inexorablement en place. Sans rentrer dans de longues dissertations, c’est A LA FOIS humainement dégueulasse et scientifiquement contre productif.

      Olivier Gandrillon, CR1 CNRS, chef de Groupe, membre du bureau du comité Lyonnais SLR.

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    23 mai 2008

    La recherche coule et le CNRS avec,
    en faisant appel à tout ceux qu’il a pu mépriser par le passé.

    Où était le CNRS quand l’Université se débat depuis des années avec des budgets de misère ?
    pas dans la rue avec elle.

    Que pensait le CNRS quand il conseillait a ses chercheurs les moins productifs de postuler sur des postes de Prof ? que l’Université était une poubelle ?

    Que faisaient les services juridiques du CNRS quand ils bloquaient le moindre contrat pour justifier leur existence et faisait passer les chercheurs (y compris de l’Université, vive les UMR) pour des idiots quand le paiement des projets Européens étaient bloqués ?

    Bien sur nous serons tous dans la merde quand toutes les reformes seront terminées, mais il y en a (Université) qui y sont arrivés avant les autres (CNRS). Mais l’Université a comme dans l’idée que si, par miracle, le CNRS en ressort, ce sera seul et sans se retourner.

    On récolte toujours ce que l’on sème !

    Bienvenue chez nous.

    • Réponse à un amer anonyme

      24 mai 2008, par Alain Trautmann

      Ce type de propos manque de hauteur et de cohérence. Si on croit à l’importance et à l’efficacité de la solidarité, et on ne dit pas ça. Il faut en réalité s’en moquer, pour préférer la vengeance et dire : tu n’as pas été solidaire, donc maintenant, tant pis pour toi, chacun sa merde. Au moment où seul un comportement solidaire peut permettre de résister, on peut poser la question : à qui profite ce type de discours ?

      • Réponse à un amer anonyme

        29 mai 2008

        Cher Monsieur Trautmann,

        Voici ma réaction à chaud en lisant votre propre réaction : avant d’en arriver à demander à qui profite le discours tenu par cet anonyme, il faut à mon humble avis se demander à qui a vraiment profité toutes les dérives que l’on constate depuis de longues années dans le système de recherche français et qui sont le fait même des mandarins en place et surpuissants car indéboulonables et influents, et de leurs sbires qui rêvent d’être calife à la place du calife le moment venu. A court terme cela profite aux dits manadarins et à leurs mignons ; à long terme cela profite à la droite dure aveuglée par son idéologie et l’ignorance de ses dirigeants en matière de recherche scientifique.

        Le ver était déjà dans la pomme depuis longtemps : la passivité des chercheurs, le laisser-faire face à des situations déjà inacceptables il y a 15 ans etc... le mouvement de 2004 aurait probablement dû débuter 10 ans avant (sous une autre forme probablement). Pourquoi ne s’est-on pas, par exemple, battu becs et ongles pour une reconnaissance professionnelle du doctorat dès les années 70/80 afin que les docteurs français puissent trouver un travail à la hauteur de leurs compétences dans le secteur privé français, complètement noyauté par la caste des ingénieurs ? Pourquoi a t-on favorisé les pratiques de recrutement endogames qui discréditent la notion de concours, sans les dénoncer avec force depuis 20 ans ?... Le système de recherche publique français est mis à mal car il a donné les armes nécessaires à ceux qui veulent le détruire.

        Vous allez me dire que les dérives ne sont pas légion ; je ne vous croirai pas. Vous allez me dire que ces dérives sont dûes à des travers humains inévitables ; je vous répondrai qu’un des travers humains est justement que l’on ne saurait montrer de solidarité avec des représentants d’un système qui utilise des gens comme de simples commodités de circonstances (le temps d’une thèse, d’un postdoc) en les pressant comme des citrons, en leur faisant miroiter un poste etc... avant de les laisser tomber en parlant de fatalité.

        Personnellement, à force d’encaisser les coups venant de l’intérieur même du système de recherche français, i.e. des chercheurs mêmes, j’ai du mal à me sentir solidaire de mouvements de protestation somme toute très mous face à la machinerie idéologique sans pitié des ignorants qui nous servent de gouvernants. Car, en fait, chaque fois que je passe devant une commission, en croisant le regard de certains membres, je ne peux m’empêcher de penser à ses vers écrits par Lucrèce commençant par : "suave, mari magno..." car cela doit bien traduire le sentiment de certains qui voient les candidats qu’ils savent d’avance malheureux, se battre désespérement pour l’obtention d’un poste.

        Si l’ensemble de la communauté des chercheurs était vraiment prête à aller jusqu’au bout pour défendre le service public, elle menacerait avec plus qu’une simple démission administrative de directeurs : elle boycotterait l’ANR (soumission et évaluation de projet), refuserait d’organiser les examens et les corriger, arrêterait net son travail administratif à tous les niveaux etc...

        Cordialement,

        Henni, physicien précaire et témoin/"victime" d’un tas d’abus.

        ps : dans un des paragraphes je commence des phrases avec "Vous allez me dire ...". C’est une figure de style bien sûr.

      • Réponse à la réponse à un amer anonyme

        7 juin 2008

        Je ne vois aucun manque de hauteur ni de cohérence dans les propos de cet amer anonyme.
        Il ou elle exprime sans doute ce que beaucoup d’autres ont ou ont eu sur le coeur depuis de nombreuses années sans pouvoir le dire ouvertement. En cela l’internet a du bon, n’en déplaise à ceux qui recoivent ce genre de message comme des attaques revanchardes.

        Pour répondre à la question : à qui profite ce type de discours ? je ne sais pas s’il profite mais il soulage certainement d’un lourd poids celui qui le tient.

        La solidarité, mot fétiche de la gauche française ! comment être solidaires de ceux qui vous ont craché dessus et dénigré pendant toute une carrière.
        Sur le site SLR depuis qu’il existe on a vu s’affronter verbalement les nantis et les laissés pour compte, les premiers ne comprenant pas les revendications des seconds qu’ils qualifiaient la plupart du temps d’aigris et d’irresponsables. Mais quand on n’a pas vécu la vraie merde de l’Université, qu’on a toujours été protégé, quand on a piétiné la solidarité qu’on devait à l’Université, grâce à laquelle on récupérait des éléments bien formés, en oubliant de la remercier, de la citer pour s’enfermer dans la tour d’ivoire du CNRS, on ne devrait décemment pas lui demander de l’aide pour se tirer de sa merde encore toute fraîche.

        Je trouve à ce propos une certaine valeur et une position déterminée dans le sens vertical. Il est aussi tout à fait cohérent, toutes les idées s’accordant à faire comprendre au lecteur que le CNRS n’a pas toujours été à la hauteur et qu’au niveau solidarité il a encore beaucoup à apprendre.
        Je trouve, par contre, que Mr Trautman répond lui, avec une certaine hauteur, ce qui n’a pas dû encourager l’amer anonyme à revenir sur sa position.

    • Scientifiques, ouvrez les yeux !

      7 juin 2008, par Emmanuel Saint-James

      En effet, l’université a commencé à sombrer avant le CNRS qui ne s’en est pas assez ému. Mais le secondaire a sombré avant l’université, est-ce qu’elle s’en est émue ? Et pourtant elle avait des moyens d’action. Les jurys de bacs sont normalement présidés par des professeurs d’universités censés maintenir une exigence de niveau, mais il est notoire qu’ils ne s’y déplacent même plus. Et que dire de la qualité d’IUFM où on dispense une formation déconnectée des réalités du terrain ?

      Lorsqu’on invoque un manque de solidarité passé pour refuser une solidarité présente, on est déjà dans le camp de ceux pour qui le sens de l’intérêt général est une chimère à laquelle il faut toujours préférer la main invisible de l’intérêt particulier.

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    23 mai 2008, par denis, directeur de recherche

    En effet, il serait grand temps d’ouvrir les yeux ! Ayant fait partie des directeurs d’UMR démissionnaires et motivés en 2003, je n’ai toujours pas compris pourquoi, alors que les propositions sérieuses et consensuelles des Etats généraux de la recherche n’étaient pas prises en compte par le pouvoir, nous n’avons pas profité de notre énorme et populaire mobilisation pour menacer de démission, et le faire, dès que l’ANR a été créee. Ensuite, le pouvoir a pu dérouler sa politique désatreuse. Tant mieux si ce nouvel appel d’Alain Trautmann nous réveille, mais pourquoi aussi peu de réactions à la LRU et au découpage de l’INSERM qui a eu lieu récemment ?
    Bien d’accord, tous les personnels sont concernés, sauf quelques jeunes loups qui comptent s’en sortir seuls et mieux que les autres.
    Je ne vois pas en effet d’autre moyen fort que d’exiger du pouvoir autiste une concertation sérieuse avec tous les personnels de la recherche pour un nouveau ESR, avec comme moyen d’action, une menace de démission de toutes les responsabilités fin Septembre et de blocage du sytème.
    A organiser par SLR, avec les syndicats des ESR.

    note ; ayant participé comme expert étranger au bilan sur 10 ans d’une thématique du BBSRC britanique, le constat a été que 50% des projets sur contrat n’ont pas été réalisés de façon satisfaisante par manque de personnel stable et/ou compétent. Un super modèle efficace, non ?

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    22 mai 2008

    Bonjour,

    Effectivement, le paragraphe clé de l’article d’alain est le suivant :

    "Vous les responsables de projet, d’équipe, de laboratoire, dans un contexte extrêmement difficile, vous vous êtes concentrés sur votre responsabilité première consistant à trouver des fonds pour pouvoir continuer à travailler. Vous avez donc tâché d’identifier les réseaux où se prennent les décisions, vous avez essayé de savoir avant les autres si un appel d’offre allait être lancé, et cela vous a beaucoup occupés. Et le sort des post-docs ou la découpe du CNRS vous sont apparus secondaires, d’autant plus que vous n’aviez pas de moyens évidents d’agir dessus. Certains d’entre vous ont même eu la naïveté politique étonnante d’écrire que le découpage du CNRS en instituts indépendants, ce pourrait être une bonne chose, pourvu que cela renforce la cohésion du CNRS, alors même qu’il n’était guère difficile de voir que l’objectif de ce découpage était sa destruction."

    Cela fait longtemps que à tous les niveaux, les scientifiques les plus en pointe (selon les critéres actuels d’évaluation et d’appartenance à des réseaux comme le dit joliment Alain)ont joué leur jeu personnel, non sans une bose dose de fausse naiveté et de fausse conscience. Précariser la recherche par des post-docs ne leur jamais posé de problèmes au contraire les jeunes meilleures équipes sont celles pour lesquelles le ratio chef/post-doc est très petit...au nom bien sûr d’un peu de souplesse (d’échine) et de réactivité...
    Ceux-là même seront peut-être à la tête de la révolte de chercheurs de demain, ce qui n’est même pas sûr, et il faudra alors ou enfin s’en inquieter.
    C’est d’ailleurs un des problèmes de SLR dès le départ comme je l’ai déjà souligné. Je ne vise personne en particulier à SLR national (et j’apprécie le ton de trautmann même si le reveil est tardif) mais quand les grandes manifs etaient menées la matin en région par les grands et petits pontes qui l’après-midi siégaient au ministére puis à L’ANR ou à l’AERES, cela posait déjà problème...
    La casse du CNRS n’est pas simplement due aux méchants libéraux sarkosystes qui finalement ne font qu’appliquer les politiques européennes (rejetées par les français les moins "éduqués" comme on a pu lire dans le monde ou libé), elle résulte aussi de l’accompagnement servile de notre communauté.

    Alors on bouge ? ou on attende que le voisin disparaisse ?

    Fabien TELL
    élu Co CNRS

    Reste à savoir si la base se reveillera... Nous sommes un peu fatigué de tant de versatilité.

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    22 mai 2008, par Ivan

    Oui, la situation est absolument critique ; oui, il s’agit d’une contre-réforme destructrice, incompétente sur les contenus, et compétente sur la destruction.

    Mais l’analyse d’une telle situation ne doit-elle amener qu’à des protestations finales de l’ordre du sensationnel, de la médiatisation, voire de la guignolisation ?

    Tout (ANR, AERES, LRU et ses applications, découpe des instituts) s’est mis en place, et est en train de se mettre en place grâce la participation proactive d’une hiérarchie intermédiaire jouant la carte du conformisme et du "pro-suivisme" (en assimilant moralement le discours du Prince au point d’aller au devant de ses désirs). Et au moins dans certains campus, une partie de cette hiérarchie intermédiaire contre-réformiste provient des rangs du mouvement SLR de 2003-2004.

    La question centrale est comment faire, dans les conseils de laboratoire, dans les CA, dans le quotidien des laboratoires et des universités, par des actions (arrêt immédiat de toutes les activités gratuites et non-payées, boycotts, non-participation, grèves administratives, ...) au coeur de nos métiers, pour arrêter le suivisme destructeur de cette hiérarchie intermédiaire.

    N’est-ce pas le rôle direct de SLR et des syndicats de lancer des mots d’ordre de telles actions réelles agissant au coeur de nos métiers ?

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    22 mai 2008

    Eh oui ! cloisonner en 8 pour mieux décloisonner... La logique sémantique est sans faille ! Il est évident que l’interdisciplinarité chérie qui ne pouvait semble-t-il se faire au sein d’un même organisme, se fera mieux entre 8 structures.

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    22 mai 2008, par Melusine

    Merci, Alain, d’avoir écrit cet article qui s’adresse à toute la communauté scientifique et qui résume parfaitement les préoccupations spécifiques de chacun de ses groupes. C’est une lettre que chacun d’entre-nous aurait aimé faire mais en reculant devant le temps nécessaire pour réfléchir à ce qu’il fallait dire pour convaincre et pour tenter, peut-être une dernière fois, de clamer que ça va très mal en France et qu’on ne peut pas laisser une oligarchie détruire tout de qui faisait la fierté des Français. C’est une très belle lettre. Bravo. Mélusine

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    21 mai 2008, par Madouc

    UMR, FRE, Unité INSERM, EA, JE, ERT, CNRT, PFT, IFR, GDR, PRC, Carnot, laboratoire mixte, GIP, GIS, PRES, EPCS, RTRA, universités, iut, organismes, écoles, instituts, agences, fondations, filiales etc. La complexité est là. On ne parle que de cela.
    Quel rideau de fumée pour oublier l’essentiel du débat : quelles missions pour la recherche et l’enseignement supérieur ?

    Aujourd’hui... l’arroseur arrosé : des scientifiques qui n’ont daigné s’intéresser à leur environnement complexe (au lieu de râler) et à son évolution, des milliers de docteurs mis à la poubelle, une administration universitaire qui découvre la recherche et des mandarins du cnrs toujours en place, comme ces vieux soixante-huitards des médias... et qui n’ont de révolutionnaire que leur vieille image, si sûr d’eux qu’ils n’en voient nullement le ridicule. Sauve qui peut et chacun pour soi... voilà l’image, de l’intérieur !

    J’ai honte parfois.

    S’il s’agit bien d’un naufrage, pourquoi ne pas se solidariser ?
    Le modèle britannique, on le connaît bien...non ? Des universités en faillite, une hyper concentration à la Postel Vinay, et une communication (dissemination) efficace... des post-docs non pas ’à bas coût’ (qui reste une spécialité bien française, très attractive !), mais précaires pendant 10 à 20 ans.

    Il y a du bon dans le système français, ses expertises scientifiques et ses formations, quelque soit le domaine et la méthode et avec des bouts de ficelle.

    J’avoue que notre tradition historique de ne pas mélanger grandes écoles et universités est d’une bêtise crasse et destructrice ; moi-même (et je ne suis pas seule), produit des deux systèmes, y voit toute la richesse.
    Faisons fi des ambitions de chacun et construisons une réelle ambition pour la recherche et l’enseignement supérieur : notre modèle vaut autant voire plus que les autres, il reste simplement à bâtir !

    Quant à nos élus et ministres, le jour où ils auront le courage de venir dans les laboratoires ou l’administration de la recherche pour y faire un stage... ils comprendront peut-être quelle richesse unique et fonctionnaires zélés (et sous-payés) ils sont entrain de brader !

    La bataille a déjà commencé : à quand un front commun ?

  • Scientifiques, ouvrez les yeux !

    21 mai 2008, par GND

    Il est en effet plus qu’urgent que la communauté scientifique se mobilise massivement face à l’ampleur de la remise en cause imposée. La question qui se pose est la suivante : face à un gouvernement qui prend ses décisions au mépris de toute concertation et considère les manifestations, si importantes soient-elles, comme négigeables, quels modes d’action pouvons-nous mener avec un espoir d’efficacité ? Je crains fort que seules des actions radicales du type blocage complet des universités, refus de faire passer les examens, grève administrative dure, démission collective des responsables etc ne soient susceptibles d’aboutir...