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réactions à l'article « Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique »

  • Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique

    20 janvier 2010

    Bonjour,

    Voici la lettre que je viens d’adresser au délégué régional et mes collègues DU (avec copie aux chercheurs de mon labo) en réponse à la demande de faire circuler l’information (voire la faire remonter dans certaines délégations) à propos des PES. Les délais semblent varier d’une délégation à l’autre (à Paris A par exemple, c’est le 15 février). Je sais que je ne suis pas la seule à réagir, mais il semble aussi que certains (combien ?) DU se contentent de demander des précisions techniques. Le mouvement des DU l’an dernier avait voté à une écrasante majorité une motion contre les PES, j’espère que ce n’est pas qu’un feu de paille.

    Monsieur le Délégué régional, Chers collègues,

    J’ai bien reçu hier votre demande de "rappeler aux chercheurs relevant de mon unité la nécessité de se faire connaître auprès du service des ressources humaines de la délégation Ile de France Est [...] avant le vendredi 22 janvier 2010 (dernier délai)" car "malgré le soin apporté au recensement, il est possible que certains chercheurs n’aient pas été identifiés."

    J’ignore comment la Délégation régionale a pu procéder au recensement initial, mais je tiens à porter à votre connaissance mon opposition entière et déterminée à la PES pour de nombreuses raisons. En voici quelques-unes :

    - L’enveloppe attribuée aux organismes (y compris aux Universités) étant fixe, on ne vise pas l’excellence, on fait de l’élitisme. D’ailleurs, pour les Universités, les consignes du ministère sont de donner la prime à 20% des candidats (quelque soit leur nombre).

    - L’excellence doit être reconnue. Le seul moyen de le faire, le meilleur, ce sont les promotions (passant de plus par le comité national). Au CNRS, il faut plus de supports de postes DR2 et DR1.

    - Attribuer des primes, même mirobolantes, c’est pour le gouvernement une façon de faire des économies, en ne s’engageant pas dans une véritable politique de revalorisation des salaires et des carrières

    - On a aujourd’hui en France un transfert progressif du salariat vers un système de rémunération au résultat (supposé). C’est le système des traders qui commence à s’étendre à la santé (médecine hospitalière) et petit à petit à nous. Lorsqu’une prime commence à atteindre le niveau d’un salaire annuel, et pour une période relativement longue, on entre carrément dans ce système. C’est une logique destructrice. Le salariat doit être la règle, sinon, nous sommes soumis au fait du Prince.

    - Comme d’habitude maintenant, on nous demande de nous tirer nous-mêmes une balle dans le pied (peut-être même, nous ce qui concerne le CNRS, directement dans la tête). L’évaluation qui est à l’oeuvre n’en est pas une. L’accumulation de critères "objectifs" et surtout quantifiables permet de formater nos travaux et notre façon de travailler. C’est un instrument puissant, au même titre que l’ANR, de pilotage de la recherche. Identifier les "excellents", c’est contribuer nous-mêmes à la mise en place et au développement de ce système.

    - Enfin, nous le savons tous, un chercheur n’est pas un esprit isolé, assis à sa table avec son crayon, et avançant seul vers la lumière. Un chercheur est un élément d’un dispositif collectif dont la brique de base est le laboratoire. Un chercheur n’est rien s’il est seul.

    - Je rappelle également que les comités nationaux des sections du CNRS ont dans leur grande majorité refusé de participer au recensement des chercheurs (via l’attribution de médailles notamment) susceptibles de recevoir cette prime. http://www.sauvonslarecherche.fr/sp...
    Le CN de la section 34 auquel j’appartiens a voté à l’unanimité une motion dans ce sens. Il serait incohérent que je cautionne en tant que DU ce que j’ai refusé de faire en tant que membre du CN.

    - Je me permets également de vous signaler que certaines délégations sont allées au-delà de ce que la DR3 nous demande de faire. La DR Paris A par exemple a demandé, tableaux à l’appui, aux DU de faire le recensement eux-mêmes des chercheurs susceptibles de recevoir la prime. Certains collègues DU s’en sont émus et refusent cette démarche, je cite ci-après, des passages de la réponse de l’un d’entre eux :

    "Par ailleurs, je pense que ce recensement ne peut pas se concevoir comme vous semblez le présenter : c’est à dire une démarche purement administrative consistant à renvoyer à la délégation un tableau avec des informations concernant la carrière des chercheurs CNRS de l’unité dont j’ai la responsabilité (par exemple, jours de vacances, RTT etc). Elle implique une expertise scientifique qui serait menée là hors de tout cadre institutionnel et donne au DU un pouvoir discrétionnaire sur la carrière des chercheurs et une prise de décision sur la rémunération des chercheurs CNRS qui d’après ce que j’en sais ne relève pas des missions d’un DU (cf. contrat quadriennal).

    Enfin, cette question de l’attribution de PES est un sujet problématique. Beaucoup de chercheurs, y compris des chercheurs renommés, des lauréats de titres et médailles prestigieux la refusent plus ou moins spectaculairement. Il ne m’appartient pas en tant que PR et universitaire de prendre parti contre ce mouvement en recensant des lauréats et je ne le souhaite pas.
    Les chercheurs CNRS sont mes collègues et mes partenaires de travail et non mes employés dont j’aurais à réguler les rémunérations.
    http://www.sauvonslarecherche.fr/sp..."

    Fin de citation.

    Je pense qu’il est grand temps qu’on arrête un système indécent qui court à sa propre perte et que nous, chercheurs au CNRS, devons lancer un mouvement collectif de refus de la PES. Encore plus à un moment où les primes de nos collègues ITA sous-payés semblent vouloir être remises en cause.

    Je mets ma réponse en copie à tous les chercheurs de mon laboratoire et j’autorise mes collègues DU à en faire le même usage dans leur laboratoire s’ils le souhaitent.

    Pour finir je précise que pour ce qui concerne l’Université, je crois que nous pouvons avoir une position un peu plus nuancée : les PEDR existaient et n’étaient pas toujours attribuées dans la plus grande transparence. Les PES, si elles reposent sur une démarche transparente, une évaluation collective, si elles ne font pas de distinction entre rangs A et rangs B, et si leur montant reste "raisonnable", peuvent constituer une léger progrès par rapport aux PEDR. Mais le principe est le même et il faudrait se diriger là aussi vers une amélioration des promotions.

    Bien cordialement à tous

    Martine Vanhove
    Directrice du LLACAN
    UMR 8135

    > Mesdames et Messieurs les directeurs d’unités
    >
    > A la suite de nombreuses interrogations concernant la prime d’excellence scientifique, je vous précise que la demande de recensement concerne uniquement :
    >
    > - les personnels lauréats d’une distinction scientifique de niveau national ou international (exemple : prix Nobel, médaille d’or, etc...)
    >
    > - les personnels apportant une contribution exceptionnelle à la recherche : l’obtention par le chercheur au cours de sa carrière d’un prix significatif dans sa discipline constituera le critère de la contribution exceptionnelle. Les médailles du CNRS en sont un exemple. D’autres prix ont été identifiés par les Instituts.
    > *Pour plus de détails, l’information est disponible à l’adresse suivante : http://www.sg.cnrs.fr/drh/carriere/... *
    > De plus, les membres de certaines académies ainsi que les lauréats des ERC seniors et juniors sont aussi concernés par cette attribution.
    >
    > Les chercheurs demandant l’attribution de la prime d’excellence scientifique (PES) au titre d’un prix mentionné dans la liste, d’une appartenance à une académie doivent justifier l’obtention de ce prix ou de leur nomination. Ces pièces doivent être transmises par mèl à :
    > [...] avant le vendredi 22 janvier 2010 (délai de rigueur).*
    >
    >
    > /Ne sont pas concernés pour l’instant, les chercheurs dont l’activité est jugée d’un niveau élevé par les instances d’évaluation dont ils relèvent et satisfaisant à la condition d’effectuer un enseignement. Les modalités d’attribution sont en cours de définition./
    >
    > Cordialement
    >

  • Bravo Didier !

    27 octobre 2009, par Vincent Feuillet

    Bravo Didier ! Content de voir que parmi nous quelques uns ont encore un tel cran et font passer l’intérêt général avant leur propre intérêt. Espérons que d’autres médaillés suivront ton exemple... 

    Sur le fond, après les contrats d’interface, voici venu le temps des primes… stratégie simple mais apparement terriblement efficace… donner de l’argent pour faire taire. Tellement loin de l’esprit de notre métier, l’individu maintenant « prime » sur l’équipe.
    En ces temps de restriction, combien de postes pourraient être créés avec ces contrats et primes ? 
    Ceci dit, à ce rythme, l’état va vraiment finir par faire des économies, parce que dans quelques années, les jeunes medaillés faudra aller les chercher en dehors de l’hexagone... Décidément nos dirigeants pensent à tout.

  • Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique

    26 octobre 2009, par Claire Lemercier

    Merci Didier pour cette initiative !
    Malheureusement, le poisson est si bien noyé avec cette mesure adoptée en urgence, suivant des critères flous, que rares seront sans doute ceux qui refuseront ainsi la prime a priori. Il faut dire aussi que lorsqu’on vit à Paris avec 3 enfants sur un salaire CNRS [ce n’est pas mon cas], tout argent est bon à prendre, et je ne jetterai pas la pierre à ceux et celles qui le prendront. Mais on en verra très vite les conséquences sur le travail collectif, on se prépare de belles ambiances... A noter que les spécialistes sérieux de "RH" critiquent les systèmes de prime qui fixent au préalable un pourcentage d’"excellents". Mais sans doute est-ce assez bon pour des fonctionnaires...

  • Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique

    23 octobre 2009, par denis

    Bravo, il est en effet temps de réactiver la resitance individuelle, mais mieux collective, à ces dérives nullissimes. J’ai toujours refusé de demander à l’INSERM une prime pour les collaborations cliniques, ce que j’avais fait sans attendre une prime ! Le boycot national de tout ça, il serait temps de le lancer vite et fort, on attend quoi ? (si on avait lancé celui de l’ANR en temps utile, on ne serait pas ou on en est aujourdhui pour les financements et le reste. Denis

  • Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique

    22 octobre 2009, par Marianne Mangeney

    Chapeau Bas !
    Merci pour cette lettre qui, en cette période plus que morose pour ceux qui défendent encore une certaine idée de la recherche, redonne de sa fierté au monde académique.

  • Pourquoi je refuserai la prime d’excellence scientifique

    21 octobre 2009, par Gilles Flamant

    Bravo, je trouve cette proposition de prime révoltante, voire insultante et destructrice des valeurs de la recherche que nous promouvons. je suis un modeste médaillé de bronze 1986, et je pense que rien n’aurait été possible sans le laboratoire et ses membres. Seule une prime au labo ou à l’équipe me semble envisageable.