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réactions à l'article «Chercher sans finaliser, c’est fondamental»

  • Quid des sciences humaines ?

    31 mai 2010, par Ann-Gaël Moulinier.

    Très bon article, mais quid des sciences humaines (psychologie, linguistique, sociologie) et de la philosophie ? Il me semble bien pourtant que ces dernières sont l’un des derniers bastions d’une épistémologie et d’une éthique qui, sous les coups de butoir du libéralisme, bat de l’aile d’une éphémère. Normal : elles soutiennent ce que le pouvoir mercantile cherche à arracher à l’humain, id est le sujet - c’est-à-dire, ni plus, ni moins, son humanité. Certains, qui se parent de la redoutable morale des scientistes du XIXe siècle, les taxent mêmes de pseudosciences, alors même que la plupart de ces certains n’ont d’ailleurs aucune formation scientifique. Leur credo : on ne peut pas faire des expériences en labo comme avec les sciences dites dures, donc ce ne sont pas des sciences, puisqu’elles ne démontrent rien. Je vous laisse admirer la phrase, qui ferait frémir tout épistémologiste qui se respecte.

    Bref, les sciences humaines, disais-je, qu’apportent-elles à la recherche ? Outre des futilités dont on se passe de plus en plus comme un peu d’histoire des sciences, d’épistémologie et d’éthique (un collègue en biologie me disait lors d’un colloque qu’il n’avait pas eu ces matières dans son cursus), ainsi que d’autres dont je ne parle même pas puisque des illusionnistes (héhé ! le Cercle de Zététique ! Que voilà des gens qui en savent long sur la science ! C’est à pleurer) et des histrions médiatiques qui ne font guère parler que les journalistes officiels et ceux qui s’en abreuvent, la théorie, considérée de plus en plus comme délirante par nos ministres de l’inculte, que l’homme ne fonctionne pas comme une machine, et encore moins comme une machine à jouir. Invendable ! Tout le système économique dans lequel nous vivons est basé sur cela que nous, chercheurs en sciences humaines, si nous sommes un poil sérieux, récusons.

    Chercher sans finaliser, d’accord, à fond. Mais ne serait-ce pas utile de se demander, à côté de ce que défend votre article, s’il n’y a pas lieu, par la même occasion, de réaffirmer ce qui théoriquement définit l’humain, à savoir le sujet libre de ses choix, c’est-à-dire doté d’une éthique, et par cela même responsable de ses mêmes choix et de leurs conséquences éventuellement néfastes, ce qui est une question dont même (et surtout pas) les sciences dites dures ne sauraient se passer. Ce que, en démantelant la recherche fondamentale en tant qu’elle est aussi source de réflexion puisqu’elle n’est pas, a priori, inféodée entièrement aux exigences économiques du libéralisme, le pouvoir actuel tente de détruire, car cela dessert ses intérêts économiques.

    Alors, ultime question : nous voyons bien que le système économique actuel ne veut pas de la recherche fondamentale, parce que ce n’est pas rentable dans l’immédiat - le libéral a toujours ceci de curieux qu’il ne pense qu’à l’immédiat, qu’il ne vit que dans l’immédiat, c’est un être sans histoire. Et si nous, chercheurs fondamentaux, prenions la décision politique qui s’impose à notre survie en tant que chercheurs, c’est-à-dire rejeter le système économique actuel, ou tout au moins le repenser de fond en comble (attention, je ne parle pas de le repeindre en vert à la glycéro, mais bien de le repenser) ? Certes, on va me dire qu’il ne faut surtout pas politiser l’affaire... Mais la question est politique ! Le gouvernement l’a bien compris, qui cherche non seulement à se débarrasser de nous - pardon : du moins à nous rendre dociles à coups de financements privés - mais aussi de tout ce qui peut contribuer, de près ou de loin, à faire penser le citoyen comme un citoyen, et non pas comme un consommateur.

    Sur ce, je m’arrête là, car ça finirait par être un peu long, pour un simple commentaire. Quoi qu’il en soit, bonne continuation, cordialement,

    Ann-Gaël Moulinier, thésarde en psychopathologie clinique et analytique, lacanienne de surcroît.