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réactions à l'article «La grande patouille des Labex (mise à jour 22-03-11)»

  • La grande patouille des Labex (mise à jour 22-03-11)

    3 avril 2011, par François Bonhomme

    Je suis assez d’accord avec le thème repris dans l’article de Bertrand Monthubert mentionné ci-dessus : le leitmotiv de l’excellence, décliné dans tous les Labex, Idex, Equipex et autres primes d’excellence, claironné partout jusqu’à la nausée, est le faux-nez ultra-libéral du poujadisme d’état qui règne dans ce pays pour tout ce qui à trait à la science et à la culture, pour ne citer qu’elles.
    Personne ne peut être contre l’excellence, bien entendu. Au café du commerce, on entend souvent rabâcher la phrase « des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent on en cherche », et M. Tout-le-Monde désire, à juste titre, que ses impôts servent « à quelque chose » et se demande régulièrement si c’est bien le cas. Surtout s’il lit les médias qui reprennent en chœur les déclarations alarmistes du gouvernement sur la place beaucoup trop modeste qu’occuperaient les universités françaises dans le classement dit de Shangaï et que par ailleurs il y a trop de fonctionnaires dans notre beau pays. Donc allons-y pour l’excellence, prenons un gros bâton avec une carotte au bout, la carotte pour attirer les « excellents » et le bâton pour repousser les autres dans leur médiocrité. Que les meilleurs gagnent donc, et au bout de l’exercice il ne restera plus qu’à attendre que les médiocres s’en aillent d’eux-mêmes, dégoutés, ou au moins qu’ils partent vite à la retraite mais de toutes façons on ne remplacera pas leurs postes… Si on rajoute dans tout ça une louche de plus en plus grande d’intéressement personnel pour ceux qui auraient accédé au statut d’excellence (primes du même non, possibilité d’augmenter son salaire sur les montants des contrats de recherche, etc…) alors on est assuré d’avoir les meilleurs ! Après-tout, ça marche bien pour les équipes de foot avec le célèbre Mercato, n’est-ce pas ? Alors pourquoi pas également pour la recherche et l’enseignement supérieur ?
    Le problème est que même pour le foot, qui est pourtant quelque chose dont les objectifs sont évidents et simplissimes par rapport à ceux de la recherche, ça ne marche pas très fort. Merci à l’équipe de Chambéry de nous l’avoir rappelé, côté clair, et côté sombre merci à la sélection française de nous avoir démontré qu’il ne suffisait pas de bien payer les joueurs pour gagner un mondial…
    Si l’on oublie donc les finalités ultimes et si on pense que l’excellence est quelque chose d’univoque, alors effectivement tartinons en une couche sur tout ce qui passe, et demandons à un jury international de distribuer les prix de cette course à l’échalote. Nous sommes sûrs comme ça de ne mécontenter que les râleurs, par exemple ceux qui pensent que la science est aussi une affaire citoyenne et qu’elle ne produit pas forcément que de « l’avantage compétitif » au sens du protocole de Lisbonne, et que même si on n’a que cet objectif en vue, le meilleur moyen pour y arriver n’est pas forcément celui qui consiste à exacerber la concurrence de tout le monde avec tout le monde à tout instant, comme c’est le cas actuellement. Nous vivons une époque formidable, et les fabricants de bulles économiques et technologiques ont la mémoire courte et le triomphe compétitif pas très modeste. Madoff et Tepco ne seraient-ils pas là pour nous le rappeler ? Alors pourquoi vouloir à tout prix engloutir la science française dans ce creuset ultralibéral dont même les parois risquent de fondre ?
    Ah, au fait, pour oiseaux de mauvais augure, un site qu’il faut voir en ce moment : http://www.natureasia.com/en/publis.... La médiocrité bat son plein…

    François Bonhomme,
    « dé »primé d’excellence.